Mali: des militaires mutins ont investi la radio-télévision nationale

Illustration: un soldat malien lors des parades pour le cinquantenaire de l'indépendance
Illustration: un soldat malien lors des parades pour le cinquantenaire de l'indépendance - © AFP

Des militaires maliens en colère ont tiré mercredi des coups de feu à Bamako et étaient en train d'investir l'Office de la radio-télévision malienne (ORTM).

"Nous en avons marre de la situation dans le nord" du pays, en proie à une rébellion Touareg et aux activités de groupes islamistes radicaux, a brièvement affirmé à l'AFP l'un de ces militaires qui étaient plusieurs dizaines dans les rues, tirant des coups de feu en l'air et semant la panique parmi la population.

Quelques heures plus tôt, des soldats avaient manifesté en tirant en l'air dans un camp militaire de Kati, à quinze kilomètres de Bamako, afin de réclamer un armement adapté pour combattre dans le nord.

"Nous voulons des munitions pour aller combattre les rebelles touareg"

"Nous voulons des munitions pour aller combattre les rebelles touareg, trop c'est trop", a déclaré un sous-officier. "Le ministre de la Défense est venu ce matin à Kati, mais il ne nous a pas convaincus".

Il a affirmé que les soldats ne voulaient pas "le départ du président de la République", Amadou Toumani Touré. "C'est notre président, mais il faut qu'il règle les choses".

Le Mali est confronté depuis le 17 janvier à des attaques du MNLA (rebelles touareg du Mouvement national pour la libération de l'Azawad) et d'autres rebelles, dont des hommes lourdement armés qui avaient combattu pour le régime de Mouammar Kadhafi, qui ont pris plusieurs villes du nord du pays.

Les réfugiés maliens, chassés par la guerre, sont privés de tout

Des bénévoles et ONG tentent de porter assistance aux Maliens chassés par les combats dans le nord de leur pays, mais à Chinagodrar, dans l'ouest du Niger proche de la frontière, l'aide est insuffisante. "Nous manquons de tout, vraiment", dit un adulte à l'AFP

Sous des tentes de fortune, faites de bouts de tissus attachés à des morceaux de bois plantés dans le sol sec, plusieurs milliers de réfugiés vivent au jour le jour dans cette bourgade nigérienne située à une dizaine de km de la frontière malienne.

Dans la journée, la chaleur est accablante, mais ce n'est pas ce qui gêne le plus: "Nous (y) sommes un peu habitués, mais ici, il n'y a rien à manger et à boire", affirme Moussa Guindo, originaire du nord malien, qui essaie de venir en aide à ses compatriotes réfugiés.

Guindo a créé une ONG, "Aidons nos frères", au lendemain du déclenchement, mi-janvier, de l'offensive de rebelles touaregs que l'armée malienne tente, depuis, de contenir.

Plus de 172 000 déplacés

Les combats ont été marqués par des interventions au sol, des frappes aériennes et, selon plusieurs témoignages, des exécutions sommaires. Le bilan est difficile à établir de sources indépendantes, même si chaque camp affirme avoir infligé de lourdes pertes à l'adversaire.

Les affrontements ont également poussé plus de 172 000 personnes à fuir leurs maisons pour l'intérieur du Mali ou d'autres pays, essentiellement en Mauritanie, au Burkina Faso et au Niger, d'après les estimations communiquées jeudi par le Bureau des Nations unies pour la coordination des Affaires humanitaires (Ocha).

D'après la même source, Chinagodrar a vu arriver en deux mois plus de 13 000 personnes, des Maliens mais également des Nigériens installés au Mali. Cela fait plus de huit fois la population de ce village, qui comptait auparavant quelque 1600 âmes.

Un détachement de l'armée nigérienne a été dépêché sur les lieux pour assurer la sécurité. La nuit, des militaires en voiture patrouillent dans le village.

Sans grands moyens, Moussa Guindo et son ONG collectent de la viande séchée et des céréales, essentiellement à Gao (nord-est du Mali) auprès de commerçants et fonctionnaires, mais aussi des médicaments et des fûts d'eau, qu'ils apportent aux réfugiés au Niger.

"Quand il fait chaud et c'est le cas actuellement, on boit plus d'eau. Or, ici, l'eau est un luxe", constate Guindo.

Des réfugiés "sous le choc" qui "manquent de tout"

D'autres organisations humanitaires et les autorités nigériennes interviennent sur le terrain, mais cela ne suffit pas.

Ici, une femme console son enfant au vente ballonné qui gémit: il est sous-alimenté et a une forte fièvre. Oumar Seny, l'aide infirmier d'"Aidons nos frères", sort une boîte de médicaments et cherche de quoi soulager sa douleur.

"Pour moi, il n'y a pas de médicament", lui lance Machoud, un quinquagénaire, montrant son pied gauche enflé. Il a marché sur un clou rouillé en fuyant les combats, explique l'interprète.

"Nous manquons de tout ici. Il n'y a pas à manger, il n'y a pas de médicaments. Il n'y a pas à boire. Nous manquons de tout, vraiment", avance un père de famille.

Aklinine Ag Bokny vivait à Andéramboukane, localité malienne proche de la frontière nigérienne qui a été en proie à des combats entre militaires et rebelles maliens. "Nous sommes pressés de rentrer chez nous. Mais quand est-ce que la guerre va se terminer ?", s'interroge-t-il.

"Nous voulons vraiment que ça se termine vite pour pouvoir rentrer chez nous", lâche Abdoulaye Dibaté, un étudiant qui était parti rentre visite à sa famille dans le nord lorsque la rébellion a éclaté.

"Les réfugiés n'ont pas le moral et c'est une autre 'maladie' plus difficile à guérir. Ici, on ne peut pas faire de suivi psychologique" alors que beaucoup sont "toujours sous le choc", regrette l'aide infirmier Oumar Seny.

Ju. Vl. avec agences
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