Malgré l'annulation du plan d'expulsion massive, les réfugiés africains en Israël s'inquiètent

Manifestation des migrants africains en Israël.
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Manifestation des migrants africains en Israël. - © Danièle KRIEGEL

À 32 ans, Berhane Negasi est chanceux. Il fait partie de la poignée d’Érythréens et de Soudanais, respectivement 12 et 8, à avoir obtenu le statut de demandeurs d’asile. Aujourd’hui, il a une carte de résident temporaire et espère obtenir une carte d’identité israélienne. Installé depuis 12 ans en Israël, il parle un hébreu parfait et travaille comme chef cuisinier à Jérusalem. En parallèle, il est le porte-parole des demandeurs d’asile africains.

Mais début avril dernier, Berhane avait perdu son sourire. En tête de la centaine de manifestants qui protestait sous les fenêtres de la présidence du conseil, à Jérusalem, il n’avait pas de mot pour exprimer sa colère : "Monsieur le Premier ministre, vous jouez avec nos vies. Comment pouvez-vous nous faire cela ? Arrêtez de zigzaguer. Hier, nous étions soulagés. Aujourd’hui, nous sommes tristes et inquiets…".

Netanyahou accusé de "créer un paradis pour les infiltrés"

La veille, à la télévision, Netanyahou avait annoncé avoir négocié un accord avec les Nations unies sur la réinstallation dans des pays occidentaux de 16.250 demandeurs d’asile africains, le reste, environ 15.550, étant autorisé à rester en Israël avec un statut de résident temporaire et des permis de travail. Mais voilà, moins de 7 heures plus tard, le Premier ministre faisait machine arrière, et annonçait officiellement le gel de l’accord. Le tout sous la pression de sa coalition, notamment la droite religieuse qui l’accusait de "créer un paradis pour les infiltrés".

Depuis, c’est l’impasse. Certes, le plan d’expulsion massif vers un pays tiers est désormais annulé et le centre de détention de Holot, en plein désert du Néguev, dans lequel, en cinq ans, 13.000 Africains sont passés, a été fermé. Mais le quotidien des migrants reste marqué par la pauvreté et les difficultés en tous genres.

20% de leur salaire bloqué

Militante de la cause des migrants, Julie Fisher, l’épouse de l’ancien ambassadeur des États-Unis en Israël, Dan Shapiro, a fondé le "Consortium for Israel and the Asylum Seekers". Récemment interviewée par l’agence de presse JTA, elle expliquait : "Les gens diront : 'Oh, Dieu merci, il n’y a pas d’expulsion, les choses vont très bien !' Et je dis, c’est absolument génial qu’il n’y ait pas de menace en ce moment. Cependant nous avons des volontaires qui se déplacent tous les jours pour nourrir les gens. Et ça, c’est un problème".

De fait, pour elle, les choses ne font qu’empirer. Parmi les mesures des autorités israéliennes pour pousser dehors ceux que, en Israël, on désigne sous le terme d’infiltrés, Julie Fisher évoque entre autres la "loi sur le dépôt". Elle contraint les demandeurs d’asile qui travaillent à déposer 20% de leur salaire sur un compte bloqué. De l’argent qu’ils ne peuvent toucher que s’il quitte Israël.

Malgré tout, Berhane Negasi veut encore y croire, lui qui avant d’arriver en Israël a survécu à 6 ans d’épreuves – de trois jours de dérive en Méditerranée sur une embarcation de fortune partie de Libye, jusqu’à sa détention par des Bédouins du Sinaï ayant fait allégeance à Dahesh.

"C'est vrai, dit-il, il y a ceux qui ne nous aiment pas, par racisme ou parce qu’ils nous accusent de prendre le pain des Israéliens, mais il y a aussi cette partie de la population qui nous a ouvert son cœur." Comme ces 85 kibboutzim (des exploitations agricoles collectives) qui ont décidé d’accueillir les réfugiés les plus en souffrance, afin de leur apporter un minimum de sécurité et leur permettre de se reconstruire.  

Deux tiers des Israéliens en faveur de l'expulsion massive

Le mois dernier, Ma’agan Michael, un kibboutz du nord du pays, a reçu un groupe d’une quinzaine de mères célibataires particulièrement à risque.

"On ne prétend pas offrir une solution globale au problème des 40.000 migrants africains, ni même les transformer en kibboutznik (habitant d'un kibboutz, ndlr), explique Ada Gross, une ingénieure à la retraite, membre du kibboutz. Il s’agit surtout de parer à une terrible crise humanitaire dans la partie la plus vulnérable de cette population, notamment les femmes et les enfants.

De belles initiatives soutenues par une partie de la population. Mais ceux des Israéliens qui sont en faveur de l’expulsion massive restent nombreux : ils étaient plus de deux tiers en février dernier, lors de la publication du plan gouvernemental prévu à cet effet.

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