Mafia marocaine: ce que l'on sait sur son implantation en Belgique

Un avocat néerlandais abattu hier matin devant son domicile d'Amsterdam. Derk Wiersum défendait un repenti de la mafia marocaine.
Un avocat néerlandais abattu hier matin devant son domicile d'Amsterdam. Derk Wiersum défendait un repenti de la mafia marocaine. - © MICHEL VAN BERGEN - AFP

Nabil B. est un "repenti" de la mafia marocaine néerlandaise. L'individu s'apprêtait à témoigner contre des barons de l'organisation criminelle. Son avocat a été tué, hier matin, dans un quartier résidentiel d'Amsterdam, alors qu'il sortait de chez lui. Plus qu'un fait-divers, l'assassinat de Derk Wiersum, en plus de susciter une vague d'émotion sans précédent, met en lumière la malfaisance d'un système mafieux, particulièrement actif aux Pays-Bas, dont les ramifications sont connues depuis bien longtemps en Belgique. 

"Mocromaffia"

C'est dans les médias néerlandais, il y a une dizaine d'années, que le terme fait son apparition pour la première fois. "Mocromaffia". Entendez : "mocro", une contraction pas très respectueuse faisant référence à la communauté marocaine ; "maffia", le mot générique désignant la criminalité organisée. On parle à l'époque d'une nouvelle génération de criminels, qui s'adonne au trafic de drogue, en particulier de cocaïne. Pour faire simple : la cocaïne en provenance d'Amérique du Sud passe par Anvers pour cheminer vers les Pays-Bas. Il y a donc bien des ramifications entre deux "mocromaffia", belges et néerlandaises. 

Implantation durable en Belgique 

L'implantation d'une mafia marocaine en Belgique remonterait à 2012. En mars de cette année-là, Najib Bouhbouh débarque à Anvers en provenance d'Amsterdam. Il est envoyé dans la ville flamande pour jouer les médiateurs. Un conflit entre gangs rivaux a éclaté à propos du vol de 200 kilos de cocaïne dans le port d'Anvers, qui concentre à lui seul plus de la moitié de l'importation de cocaïne à travers l'Europe. Bouhbouh n'ira pas plus loin dans le rôle qu'il s'est vu confier: son corps finira criblé de balles aux portes du Crowne Plaza où le rendez-vous avait été fixé. Après cet événement, et durant les trois années qui vont suivre, un nombre important de bandes commencent à émerger. Dans le quartier de Borgerhout, de jeunes anversois scellent des alliances avec les réseaux néerlandais. 

Plus récemment, nous avions également fait état de cette recrudescence d'attaques à la grenade dans certains quartiers d'Anvers. Que ces munitions aient explosés ou pas, question : ces tentatives d'intimidation peuvent être reliées à la "mocromaffia" ?  Si elles ne sont pas clairement avérées, les hypothèses sont bien réelles. Ces grenades sont censées véhiculer un message, présence menaçante pour l'entourage d'une famille active dans le trafic de cocaïne qui, visiblement, ne s'est pas fait que des amis.


>>> À lire aussi : Les grenades continuent d'exploser à Anvers, la faute à la mafia de la drogue?


 

Menaces, intimidations sont le lot des structures mafieuses. Et on l'a vu, Anvers n'échappe pas à leurs emprises. Le crime est organisé autour de membres d'une même famille ou d'individus originaires de la même région. Une règle d'or : la loi du silence. En cela, la "mocromaffia" en Belgique fonctionne comme ses cousines corses ou siciliennes. "Tous ceux qui parlent, mourront" est la devise reprise en chœur dans le milieu. Jusqu'à présent, les rivalités auront menés une trentaine de personnes à la mort, des victimes qui étaient "actives" au sein de l'organisation. Jusqu'à ce que le frère de Nabil B., le "repenti", meurt assassiné en octobre dernier. Ajoutons que dans les premières années, des hommes de main, des "professionnels" étaient engagés pour faire la basse besogne, c'est de moins en moins le cas aujourd'hui. Les règlements de compte sont désormais confiés à de jeunes désoeuvrés, appâtés par le gain. 

Une lutte inégale ?

Reste à analyser les moyens mis en place, destinés à prendre cette mafia à la gorge. En raison du caractère très discret de ce type d'organisation, il faut pouvoir l'infiltrer. Pour cette raison, la police belge travaille régulièrement avec des "repentis", des criminels qui collaborent et qui donnent des informations en faveur de récompenses, dont la plus enviée est la remise de peine. Mais le "repenti" voit son rôle de plus en plus menacé. C'est pourquoi il bénéfice en principe d'une protection. Mais les candidats, par peur des représailles, ne se bousculent pas. La police perd donc un moyen efficace dans sa lutte contre de telles organisations. Cela dit, le business reste le business et certaines familles souhaitent le protéger, en évitant une escalade de la violence. Se protéger, protéger ses "affaires", c'est aussi être plus encline à parler, quitte à dénoncer les bandes ennemies. 

La protection des avocats était l'objet d'un reportage de notre JT 19h30

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