Madagascar: quels enseignements tirer de la victoire de Rajoelina?

Madagascar: quels enseignements tirer de la victoire de Rajoelina?
Madagascar: quels enseignements tirer de la victoire de Rajoelina? - © MAMYRAEL - AFP

Finalement, l’élection présidentielle à Madagascar sera allée à son terme. Les résultats officiels ont été proclamés ce mardi après-midi par la Haute Cour Constitutionnelle. C’est donc Andry Rajoelina qui a été élu à 55,66% des voix contre 44,34% pour son rival Marc Ravalomanana. Une revanche par les urnes entre les deux principaux protagonistes de la crise politique de 2009. Une crise qui s’était soldée par l’éviction de Ravalomanana du fauteuil présidentiel suivi d’une période dite "de transition" qui avait duré 4 ans, avec à sa tête le jeune Rajoelina.

Ce mardi soir, à son QG (sa chaîne de télévision Viva), devant ses partisans et convives triés sur le volet, le vainqueur s’est exprimé pour la première fois depuis l’annonce des résultats. "C’est une nouvelle page qui s’écrit pour Madagascar. Je vais faire mon maximum pour sortir le pays de la pauvreté et rattraper rapidement ces années de retard. Nous allons passer au premier rang des pays africains et cesser d’être derniers !"

Bricolages juridiques

 Toutefois, pour beaucoup, le processus électoral aura été bancal. Le Séfafi, l’Observatoire de la vie publique à Madagascar, dont les membres sont issus de la société civile, estime, dans son communiqué du 5 janvier 2019, que cette année électorale aura été gâchée : "2018 restera dans les annales de l’histoire nationale comme une référence insurpassable d’incompétence et de corruption, de démagogie et de tricheries. Les acteurs en ont été les membres de la société politique, et leur terrain de jeu, l’élection présidentielle."

Bilan sévère, donc, pour les institutions et les acteurs de la vie politique. Durant l’année, la société civile a maintes fois dénoncé la liste électorale, jugée "incomplète et truquée". Les lois électorales, votées dans un climat de tension en avril dernier, n’ont pas permis de mettre en place un système clair et transparent. Qualifiés de "bricolages juridiques", certains articles de ces lois organiques sont restés sujets à la libre interprétation de chacun. Enfin, ces lois n’ont pas permis de servir de garde-fou aux abus en tout genre. Ainsi, faute d’obligation, aucun des grands candidats de l’élection n’a joué le jeu de la transparence et dévoilé les montants faramineux investis pour financer leur campagne ni leurs généreux donateurs et les contreparties négociées …

Résultat contraire à la vérité

Le second tour a aussi révélé une autre vérité crue, rappellent les observateurs nationaux : "l’absence de culture politique sur la Grande Île". Mensonges, diffamations, dénonciations haineuses à l’endroit de l’adversaire ont rythmé les journées précédant le scrutin. Les deux candidats ont même chacun menacé les institutions en cas de résultat "contraire à la vérité".

Enfin, autre enseignement à tirer de ce scrutin, cette élection présidentielle n’a pas motivé les foules. A ce second tour, seuls 48% des Malgaches inscrits sur les listes électorales se sont exprimés dans l’isoloir … Le signe d’un fatalisme et d’un manque de confiance total envers les hommes politiques actuels.

Ce mardi soir, le perdant Marc Ravalomanana ne s’était toujours pas exprimé. Beaucoup espèrent qu’avec l’écart qui le sépare du gagnant (10 points, soit 526 000 voix, quasiment 10% des votants), il ne tentera pas de contester le résultat. Et ainsi permettra d’éviter au pays de retomber dans une énième crise post-électorale dont Madagascar a le secret.

Andry Rajoelina, élu président, dans les rues de Tananarive:

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