Madagascar: les bas-quartiers de la capitale les pieds dans l'eau

Un seau d'eau sur les épaules, un enfant d'une dizaine d'année avance tel un funambule sur les étroits ponts de bois, succession hasardeuse de planches inégales, enchevêtrées en longueur ou en largeur, et reliant les îlots d'habitations au milieu de mares le plus souvent recouvertes d'un tapis compact de nénuphars sauvages.

Agée de 78 ans, Razafindramanga a déjà chuté lors d'une de ces périlleuses traversées, se blessant à la tête. Elle ne s'engage plus sur ces structures instables, se retrouvant de fait prisonnière.

Si différents quartiers de la ville sont victimes d'inondations à chaque saison des pluies, de décembre à février, l'eau ne se retire plus jamais de cette zone.

"Même en saison sèche, il n'y a plus de passage où il n'y a pas de l'eau jusqu'aux hanches. Depuis quatre ans, je n'ai pas pu sortir d'ici pour aller à l'église ou rejoindre la route", se plaint Razafindramanga.

Installée ici depuis 1959, la vieille femme pointe "les grosses constructions neuves là-bas et les détritus dans les canalisations" pour expliquer le déficit d'évacuation des eaux de ces dernières années.

Groupées sur des talus, les habitations ne sont pas épargnées

Dans sa maison en briques et en bois où l'on ne tient pas debout, Sahondra Rahantamalala et ses six enfants ne sont pas à l'abri de la pluie: "Les tôles ne servent plus à rien, donc on a renforcé le toit et les murs avec des bâches plastiques."

Même surélevés sur des briquettes qui s'enfoncent dans le sol de terre glaise, les lits sont parfois submergés.

"Ça fait déjà longtemps que j'habite ici, cette maison appartenait à ma mère. Et puis je ne peux pas partir car je n'ai pas d'argent et nulle part où aller", raconte cette lavandière, alors que la structure toute entière menace de s'effondrer.

La vie continue malgré tout

Inondation, mais aussi insalubrité, absence d'électricité ou d'eau courante, Andavamamba est sans doute l'un des pires endroits pour habiter à Antananarivo, où une majorité de la population réside dans des quartiers qualifiés de bidonvilles.

"Nous vivons comme ça. Mais les enfants vont à l'école, les adultes vont travailler", assure Henriette Ravaoharison, bénévole au service social du quartier.

Elle concède que les aides sont modestes: des bâches plastiques données par les autorités locales, et des planchettes de la part de la commune pour certains ponts.

Et comme Razafindramanga, elle impute aux constructions en bordure de la zone l'inefficacité du travail de nettoyage des canalisations et de creusement de tranchées payé par la ville.

Les terrains de jeu de sa jeunesse ont tous été engloutis, et aujourd'hui, "pendant la saison des pluies, la plupart des enfants tombent malades, ils toussent et ils ont la diarrhée, une diarrhée qui persiste longtemps".

Andavamamba est un bidonville débordant d'eau, mais ses habitants ne sont pas pour autant en dehors du système.

"La plupart de ceux qui vivent ici sont inscrits dans le registre du fokontany (quartier), je suis moi-même responsable de l'élaboration des actes de naissance pour ceux qui n'en avaient pas", assure Henriette Ravaoharison.

"Et maintenant, j'incite tout le monde à s'inscrire car on a besoin d'élaborer les listes électorales pour les scrutins à venir", ajoute-t-elle.

AFP
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