Lyon: à la rencontre de Philippe et Jérôme, agriculteurs "écrasés par le système"

Lyon
3 images
Lyon - © Tous droits réservés

La France est le premier pays producteur agricole de l’Union européenne. Il y a un peu plus de 500 000 exploitations dans l'Hexagone. 50% en moins qu'il y a 15 ans. L'agriculture va mal, avec un déficit de 4 à 5 milliards en 2016.

Et les producteurs également. Un tiers d'entre eux vit avec 350 euros par mois. Les chiffres du suicide chez les paysans sont 20% plus élevés que la moyenne nationale.

 

Jérôme Guinant a repris il y a quelques années l'exploitation laitière de ses parents, avec son frère, à Mornant, près de Lyon. 

Ils possèdent 45 vaches. Et transforment, à la ferme, leur lait en yaourts qu'ils écoulent dans des magasins de Lyon. "On a repris l’activité uniquement parce qu'il y avait déjà une activité de transformation à la ferme, avec une garantie d’avoir une vie un peu moins secouée. On a un peu de vacances, de week-end et d’un salaire assuré, ce qui n'est pas le cas de tous les collègues", explique-t-il.

La situation, pour certains de ses collègues, est catastrophique. "Un producteur de lait n’a aucune visibilité à long-terme pour se garantir un salaire. Aussi bien à l’issue d’une sécheresse à l’autre bout du monde, que d'une surproduction, son prix du lait peut varier du simple au double. C’est pour ça qu’il y a autant de suicides".

 

Cela nous révolte, on ne nous laisse pas faire notre métier

Pour Jérôme, le circuit court peut être une solution de survie pour les agriculteurs, à condition qu'ils soient près des villes, pour écouler leur marchandise. Cela marche pour lui.

Pour le moment. Car une autoroute devrait se construire au milieu de ses champs. "Les gens des villes veulent des circuits courts. Mais là ils veulent nous faire une autoroute ici à 100 mètres. Ça nous révolte, on ne nous laisse pas faire notre métier".

 

 

Je ne sais pas si je vais pouvoir m’en sortir. Je me bats

Dans le village d'à côté, Philippe Croziers cultive des fruits et des légumes et produit du vin, avec son fils, Antoine. Il vend ses marchandises sur le marché Saint-Antoine, à Lyon.

Il est au bord de la faillite. "Je suis dans une situation grave au niveau économique. Je ne sais pas si je vais pouvoir m’en sortir. Je me bats", nous confie-t-il. "La conjoncture est difficile, les ventes sont difficiles. Les charges sont importantes. Et c'est difficile de faire évoluer les prix sur les marchés. Nous n'avons pas des marges très correctes".

Le producteur souhaite se lancer dans la permaculture, "pour être autonome".

Nous vivons sur deux planètes différentes

Il accuse le "système" et les politiques. "Nous vivons sur deux planètes différentes. C’est lamentable et dérisoire. Je ne m’occupe même pas de ces gens-là, comme eux ne s’occupent pas de nous. Vous avez vu le cinéma qu’ils nous font pour leur carrière et leur fric? J’irai peut-être voter. Mais c’est la dernière fois".

Ils travaillent beaucoup pour pas grand chose

Croisée près de l'étal de Philippe, Sabrina fait toujours ses achats sur les marchés, à des petits producteurs. "Le local, c'est un gage de qualité!". Elle est bien consciente des difficultés qu'ils rencontrent. "Ils travaillent beaucoup pour pas grand-chose".

Pour elle, il faudrait "fermer le pays et privilégier la France" et réduire les charges sociales des entrepreneurs.

Mais que ce soit Philippe, Jérôme ou Sabrina, aucun n'attend grand-chose de ces élections présidentielles...

Suivez-nous sur les routes de France:

Revisionnez le reportage du JT à Lyon

Newsletter info

Recevez chaque jour toutes les infos du moment

Recevoir