Louis Michel: "Les Hongrois aussi ont été des réfugiés et on les a accueillis"

Le député européen MR, Louis Michel, était ce samedi l’invité du Grand Oral RTBF - Le Soir, sur La Première.

Ministre d’Etat, ancien commissaire européen (en charge de l’Aide humanitaire) et ancien ministre des Affaires étrangères, il répondait aux questions de Béatrice Delvaux, éditorialiste en chef au journal Le Soir, d’Olivier Hanrion, journaliste à la cellule Europe de la RTBF, et de Jacques Crémers, chef de rédaction de La Première. L’entretien a porté essentiellement sur la crise de l’accueil des migrants. Morceaux choisis.

Louis Michel, comment vous sentez-vous aujourd’hui en tant qu’européen, au regard de ce qui se passe en Méditerranée ou dans les Balkans, 71 morts dans un camion frigo, le corps d‘un enfant de 3 ans échoué sur une plage ? Quel est votre état d’esprit ?

"Comme humaniste, je me sens évidemment extrêmement mal. Et d’une certaine manière, on se sent coresponsable de cette incurie d’une puissance comme l’Europe à anticiper et à gérer dans le fond une crise humanitaire que l’on a plus vue d’une telle ampleur depuis des décennies. C’est une crise humanitaire, il faut le dire avec force ! C’est donc bien une crise qui vient de flux massif de gens qui fuient la mort, la peur, la tyrannie. C’est de ça qu’il s’agit.

Il y a une confusion aujourd’hui qui est entretenue par des voix puantes telle celle de M. Orban, j’ai du mal à dire son titre !, qui dirige la Hongrie, qui est le contraire absolu des valeurs européennes. Son pays pourtant a adhéré à l’Europe. Je voudrais aussi rappeler à des personnages comme ceux-là que des Hongrois nombreux ont été aussi des réfugiés et qu’on les a accueillis, parfois dans des conditions difficiles mais qu’on l’a fait, simplement parce que nous voulions privilégier l’humain. Donc je suis mal évidemment, nous nous sentons, quand même quelque part, j’espère, co-responsables".

Est-ce qu’une photo peut changer les choses ?

"Oui, cette photo il fallait la mettre, je suis indiscutablement de votre côté. Ce n’est pas possible qu’on s’abstienne de montrer, je dirais presque d’envoyer dans la face de tous ces lâches bien-pensants, il fallait montrer ce qu’est le résultat d’un manque d’humanité, de sensibilité, une sorte d’indifférence scandaleuse vis-à-vis de la situation de ces gens. L’engourdissement moral et de conscience est tellement banalisé aujourd’hui qu’il faut une image qui réveille véritablement la sensibilité même des plus durs pour qu’il y ait une prise de conscience".

Qu’est-ce que l’Europe doit faire ?

"Si l’Europe est tellement impuissante, si elle est dans l’incurie très souvent, ce n’est pas le fait des institutions européennes, c’est le fait de certains Etats membres qui ne prétendent pas dépasser leur nombril national voire nationaliste. Et donc, il faudra nécessairement qu’à un moment donné on modifie les institutions européennes pour avoir plus d’Europe, plus de capacité, pour que la Commission devienne un vrai gouvernement responsable devant le Parlement européen élu. On est dans le consensus mou tout le temps. Il y a un peu de tout dans la Commission. Les trois grandes familles sont représentées. Je ne vais pas être obsédé par Orban pendant toute l’interview mais enfin, quand on pense que la première force politique du parlement européen, qui détient 75 pour-cent du pouvoir (le PPE) dans les institutions européennes, couvre les agissements, les propos de ce personnage qui est tout à fait contraire à ce que l’on devrait être, le PPE accepte ça ! Je vous rappelle qu’à un moment donné M. Haider, qui était du parti libéral autrichien, a été exclu par les libéraux de notre parti parce que pas du tout compatible avec nous".

Bart De Wever a fait la proposition d’un statut particulier pour les réfugiés, ça vous choque ?

"Je suis totalement opposé à ça. Il faut respecter les conventions de Genève. Je ne me permettrais pas de dire que c’est une proposition populiste mais je pense que même des propos qui ne sont pas populistes peuvent parfois encourager le populisme. Il faut être prudent. Nous avons dénoncé avec une très grand force, vous aussi !, la sortie de M. Demotte. Ce sont des propos qui sont dangereux. Ce sont de très mauvais signaux à l’opinion publique. Ce genre de propos, quand on n’est pas prudent, donne le sentiment que ceux qui sont occupés à vomir leur bile raciste ou xénophobe ou pseudo raciste, ou qui sont occupés à crachoter leur peur intérieur, ces gens-là trouvent un écho qui semble leur donner raison".

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