Loi Cesar : les Etats-Unis mettent la pression maximale sur le régime syrien

Dissimulé sous un survêtement bleu, Cesar témoigne, en juillet 2014, devant le Congrès américain. Ex-photographe de la police syrienne, témoin direct des atrocités commises dans les prisons du pays, Cesar donne son nom d'emprunt aux nouvelles sanctions américaines.
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Dissimulé sous un survêtement bleu, Cesar témoigne, en juillet 2014, devant le Congrès américain. Ex-photographe de la police syrienne, témoin direct des atrocités commises dans les prisons du pays, Cesar donne son nom d'emprunt aux nouvelles sanctions américaines. - © BRENDAN SMIALOWSKI - AFP

Les services secrets américains lui ont donné le nom de Cesar. C’était en 2014, lors de son témoignage, devant le congrès américain.

Cesar, c’est l’auteur d’une fuite monumentale qui, trois ans après les débuts officiels du conflit syrien, illustrera les brutalités commises dans les prisons du pays.

Ce photographe – il dit qu’il travaillait à l’époque sur des accidents ou des scènes de crime – est approché au tout début de la révolte syrienne, en mars 2011. La police militaire veut s’adjoindre ses services. Pendant plusieurs mois, l’homme n’utilise ses appareils que pour capter la mort. Il est chargé de documenter, de tirer le portrait de tous ces opposants au régime, réels ou supposés, torturés à mort ou décédés des pires carences. Ce sera son job, son moyen de survie, avant de s’enfuir, non sans avoir emporté les fruits de son travail macabre.

Cesar, en 2013, est en possession de 55.000 images illustrant la brutalité et les abus dans les prisons syriennes. Il est désigné comme "lanceur d’alerte". Sur ses propres photos, exposées devant les sénateurs, des cadavres de prisonniers suppliciés.

Les Américains, Donald Trump en tête, n’ont pas oublié son rôle. Ils ont décidé qu’une loi porterait son nom : une loi dont l’objectif est de précisément mettre la pression maximale sur la Syrie.

Les soutiens du régime pénalisés 

Attention, pression maximale. La loi Cesar, qui n'est autre qu'un catalogue de mesures punitives américaines, entre en vigueur aujourd'hui. Objectif : imposer de nouvelles sanctions au régime syrien. En soi, ce ne sera ni la première ni la dernière de ce type : cette nouvelle loi vient s'ajouter aux mesures anti-Damas qui placent, régulièrement et depuis des décennies, dirigeants politiques, hommes d'affaires, entreprises ou organisations bancaires sur liste noire. 

Ce qui est neuf avec la loi Cesar, c'est que tout qui sera identifié comme "aidant"du régime sera visé. La nouvelle loi élargit l'étendue des sanctions. Pour faire simple, tout soutien significatif d'ordre financier, matériel ou technologique sera pénalisé par le gouvernement américain, peu importe la nationalité de la personne ou de l'entité décriée. On s'attend à ce que les Américains publient sans tarder une nouvelle liste d'individus ou d'entités qui tomberaient sous le coup de cette législation Cesar. Le but des Etats-Unis ? Priver le régime syrien des revenus et des soutiens dont il bénéficié depuis 2011. 

Qui a du souci à se faire ? La Russie ou l'Iran, par principe, puisque l'un comme l'autre sont les deux principaux alliés de Damas, en terme militaire ou diplomatique. Or, ces deux puissances ne devraient pas trop s'en inquiéter. Avec le temps, elles auront appris à contourner les techniques des sanctions américaines. Plus embarrassés : des pays comme le Liban ou l'Egypte qui entretiennent des relations économiques avec la Syrie. 

La guerre doublée d'une crise économique sans précédent 

Le souci, c'est que le conflit syrien n'en fini plus de s'enliser. On parle de 380.000 morts depuis le tout début, quand il éclata en 2011. Un pays ravagé par la guerre, donc, qui traverse une grave crise économique. D'avis d'analystes, la promulgation de la loi devrait encore un peu plus plomber une livre syrienne, déjà moribonde.  Les prix des aliments de base ont explosé. Et le PAM (le programme alimentaire mondial) affirme que ce sont plus de 9 millions de Syriens qui vivent dans une insécurité alimentaire alarmante. 

Les dirigeants de Damas n'ont évidemment pas tardé à réagir, parlant de "terrorisme économique" quand il s'agit d'évoquer la mise en oeuvre de la nouvelle loi. Un loi, promettent les Etats-Unis, dont les mesures seront suspendues, si Damas "cesse ses attaques contre son peuple" et "traduit en justice les auteurs de ces atrocités". Une demande que le régime syrien devrait énergiquement repousser, alors que les Etats-Unis appellent Al Assad à choisir entre ces nouvelles sanctions économiques et une résolution politique du conflit syrien. 

Le chef du Hezbollah a réagit au plan César américain (langue arabe)

Traduction d'Hassan Nasrallah, chef du mouvement libanais du Hezbollah: "La loi César, qui impose un blocus sévère sur l'état et le peuple syrien, est la dernière arme des Etats-Unis." -

"C'est la dernière arme (américaine) pour assiéger la Syrie et faire pression, en lui interdisant d'acheter et de vendre,  d'avoir affaire à la Banque centrale, aux banques syriennes, et aux institutions de l'Etat, et pour affamer le peuple syrien en portant atteinte à sa Lira (la livre syrienne)." -

"Aujourd'hui, je voudrais assurer au peuple syrien et à ceux qui s'intéressent au Liban, à la région et au sort de la Syrie, que les alliés de la Syrie qui se sont tenus à ses côtés durant les guerres militaire, sécuritaire et politique, même si leur situation était difficile, n'abandonneront pas la Syrie face à la guerre économique et n'autoriseront pas sa chute." -

"Pour recevoir du pain, vous devez renoncer à vos armes. Des armes pour le pain, des armes pour la nourriture."

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