Libye : une révolution pour le pire ?

Il y a 10 ans, les habitants de Benghazi, deuxième ville du pays, trouvent le courage de manifester contre le colonel Mouammar Kadhafi. Le colonel – l’un des dictateurs les plus féroces de son époque – est au pouvoir depuis plus de 40 ans.

En Libye, Marwan, alors étudiant en médecine, n’imagine pas une seconde que son pays puisse changer. "La vérité ? Je n’osais même pas y penser. J’étais pris dans ma routine, comme tout le monde. Notre avenir était sans surprise." Tout à coup, Benghazi frémit. Les premières manifestations contre Kadhafi se déroulent dans cette ville sur la côte méditerranéenne, proche de l’Egypte. "Lorsque les protestations ont démarré, j’avais 22 ans et j’ai très vite rejoint les manifestants qui se réunissaient sur la place centrale.

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Benghazi porte encore les stigmates de l'insurrection en Libye © Maurine Mercier

De l’euphorie à la guerre civile

Très vite, il lâche ses études, empoigne une petite caméra, et s’improvise journaliste, il apprend le métier sur le tas. "Ces moments étaient fabuleux. Nous étions optimistes. En 2011 malgré les difficultés, la répression de Kadhafi, tout était tellement joyeux, brillant, plein d’espoirs." Accompagné de plusieurs dizaines de journalistes en herbe, il filme, documente, conscient de la teneur historique de l’événement.


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"Nous ne voulions rien perdre, tout documenter, filmer ces manifestants criant pour réclamer le départ de Kadhafi, tout ! Oui, à ce moment-là, nous étions confiants et pensions que notre pays allait devenir un pays où il fait bon vivre."

Très vite, pour Marwan comme pour l’immense majorité des Libyens, les espoirs se transforment en désespoir.

Profonde dépression

Deux guerres civiles en 10 ans. Comme tous les Libyens, Marwan est marqué au fer rouge par cette décennie interminable. "Dès 2013, j’ai compris que nous étions foutus. La guerre avait lieu partout. C’était atroce, et lorsqu’il n’y avait pas de conflit, nous subissions des attentats terroristes. J’ai alors compris que plus rien ne serait jamais plus comme avant."

Depuis 10 ans, Marwan ne filme plus que souffrances, cadavres et destructions. "J’ai vu trop de morts dans mon travail, dans ma vie. Trop de conflits. Ces choses-là finissent par te rattraper. Je souffre toujours d’une profonde dépression. J’espère qu’un jour, je pourrai redevenir 'normal'".

Quel avenir pour la Libye ?

Aujourd’hui, Benghazi est aux mains du Maréchal Haftar. "Un Kadhafi en pire", selon ses opposants. Pour Marwan, les différents pouvoirs politiques qui s’affrontent actuellement se valent. Haftar, les autorités de Tripoli, ou les islamistes c’est du pareil au même et c’est tout le problème. "En Libye, la seule source de revenus, c’est le pétrole. C’est très dangereux. Toutes les fractions rivales en Libye veulent s’en emparer. Parce que celui qui parvient à mettre la main sur le pétrole peut faire ce qu’il veut."


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Le pétrole et l’importance géostratégique du pays attirent de plus en plus de puissances étrangères : Russie, Turquie, Emirats Arabes Unis, Arabie Saoudite, France, etc. "Malheureusement, les intérêts de tous ces pays passent avant notre survie. Pour ces puissances, nos vies ne comptent pas, tout simplement."

Marwan est lucide, mais il veut rester optimiste. "Je me suis promis de rester en vie le temps qu’il faudra pour voir  la Libye stable et paisible. Un jour les Libyens comprendront qu’ils doivent se pardonner pour tous les crimes commis depuis 2011. Nous comprendrons aussi qu’il nous faut gérer nous-mêmes notre pays. A ce moment-là, le pays avancera."

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