Libye: poursuite de l'offensive, elle pourrait durer des "semaines"

Un rebelle libyen prêt à l'offensive contre les forces pro-Kadhafi dans le désert près de la ville d'Ajdabiya
Un rebelle libyen prêt à l'offensive contre les forces pro-Kadhafi dans le désert près de la ville d'Ajdabiya - © Aris MESSINIS - AFP

La coalition internationale accentuait vendredi la pression sur le colonel Mouammar Kadhafi, avec de nouvelles frappes aériennes en Libye, Paris tablant sur des "semaines" d'opérations. Dans le même temps, les pays de l'OTAN concluaient tard jeudi soir un compromis laborieux.

Dans la nuit de jeudi à vendredi, des avions de combat Tornado de l'armée britannique ont tiré des missiles sur des véhicules blindés qui "menaçaient" des civils dans la ville d'Ajdabiya, dans l'est de la Libye, a annoncé le ministère britannique de la Défense.

Ajdabiya, située à 160 km au sud de Benghazi, le fief des rebelles, est aux mains des forces pro-Kadhafi. Selon un journaliste de l'AFP jeudi, un grand nombre d'insurgés avançaient rapidement pour reprendre le contrôle de cette ville clé.

Un porte-parole des insurgés à Benghazi, Ahmed Omar Bani, a d'ailleurs affirmé que certains pro-Kadhafi à Ajdabiya étaient "prêts à se rendre".

D'après un bilan provisoire communiqué par un porte-parole du régime libyen, les raids de la coalition ont fait "environ 100 morts" parmi les civils depuis le début de l'offensive le 19 mars.

De son côté, le chef militaire de la coalition, le général Carter Ham, a dit ne pas "être sûr qu'il n'y ait eu aucune victime civile". "Mais nous sommes très, très précis et sélectifs dans nos objectifs", a-t-il affirmé.

Le chef d'état-major français Edouard Guillaud a déclaré à la radio France Info qu'il "pensait" que les opérations alliées en Libye se prolongeraient pendant des "semaines" et "espérait" qu'elles ne dureraient pas des "mois".

La situation dans la capitale libyenne et à Misrata

A Tripoli, des tirs de la défense anti-aérienne et plusieurs fortes détonations ont été entendues jeudi soir, selon un journaliste de l'AFP.

La DCA est entrée en action à partir de 19H00 GMT et au moins une explosion a été entendue depuis le centre de Tripoli. Deux explosions ont été par ailleurs entendues à Tajoura (à 30 km de la capitale), où une colonne de fumée s'échappait d'un site indéterminé.

Jeudi, un avion des forces libyennes avait été détruit au sol par un avion de chasse français à Misrata (200 km à l'est de Tripoli).

La coalition avait par ailleurs visé la région de Tajoura, à une trentaine de km à l'est de Tripoli. La télévision d'Etat avait confirmé que "des sites militaires et civils" de cette région avaient été la cible de raids.

Les combats entre pro et anti-Kadhafi se poursuivaient par ailleurs dans plusieurs villes, notamment à Misrata, troisième ville du pays.

Les forces loyalistes y ont tué 109 personnes et en ont blessé plus de 1300 depuis le 18 mars, a indiqué à l'AFP un médecin.

Cela discute à l'OTAN

Dans le même temps, les pays de l'OTAN concluaient tard jeudi soir un compromis laborieux tard qui va les voir prendre le relais de la coalition pour imposer une zone d'exclusion aérienne, mais pas encore les frappes au sol.

Le rôle exact de l'Alliance atlantique est l'objet d'âpres négociations depuis plusieurs jours, notamment avec la Turquie, opposée aux bombardements.

L'offensive a été lancée à l'initiative de la France, de la Grande-Bretagne et des Etats-Unis, rejoints par une coalition de pays volontaires, y compris arabes.

Mais les Etats-Unis et plusieurs autres pays, Turquie en tête, insistent pour que la responsabilité militaire totale de l'opération passe le plus rapidement possible sous pavillon de l'OTAN, ce que la France voit d'un mauvais oeil de crainte de s'aliéner l'opinion arabe.

Une solution provisoire a été trouvée jeudi soir : la poire sera coupée en deux.

"Nous avons décidé de mettre en oeuvre la zone d'interdiction de survol au-dessus de la Libye", a déclaré le secrétaire général de l'OTAN, Anders Fogh Rasmussen.

"L'OTAN est parvenue à un accord politique pour inclure dans sa mission et son commandement tous les autres aspects" de la résolution 1973 de l'ONU, a cependant assuré une source très haut placée dans l'administration américaine, sous couvert de l'anonymat.

Côté français, on continue à minimiser l'importance de l'Alliance atlantique.

"Chacun doit comprendre que la coordination doit rester éminemment politique, même si elle reposera sur la machinerie de l'OTAN", car des pays arabes non membres de l'Alliance participent à l'intervention, a indiqué le président français Nicolas Sarkozy.

L'action militaire de la coalition a "évité des milliers et des milliers de morts", a-t-il affirmé. "Tant que la population (libyenne) sera sous la menace de tanks, d'avions, nous serons là".

Il a précisé que l'opération pouvait prendre fin "à la minute où les forces de Kadhafi retournent à leurs casernes" et "arrêtent d'assiéger ces villes".

Pour sa part, l'Union européenne a déclaré qu'elle était prête à bloquer tous les revenus pétroliers et gaziers qui pourraient profiter au régime libyen.

L'UA a invité vendredi à Addis Abeba des représentants de Mouammar Kadhafi et de la rébellion pour discuter d'un cessez-le-feu.

Le colonel Kadhafi, au pouvoir depuis 42 ans, fait face depuis le 15 février à une révolte qui a fait des centaines de morts et poussé plus de 300 000 personnes à fuir.

AFP
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