Libye: plus de 40 morts suite à une manifestation contre les milices

Dans un communiqué lu par le ministre de la justice Salah al-Marghani, le gouvernement a annoncé un nouveau bilan "de plus 40 morts et plus de 400 blessés", précisant qu'il risquait de s'alourdir. Ce nouveau bilan ne fait pas de distinction entre les manifestants tués par la milice de Gharghour et les personnes mortes dans l'attaque de son QG en représailles aux premiers tirs.

En début d'après-midi, des centaines de manifestants se sont approchés du QG d'une milice originaire de Misrata (est), baptisée Gharghour du nom du quartier du sud de Tripoli où elle est basée.

Des membres de cette milice ont alors tiré en l'air pour tenter de les disperser. Mais voyant que les protestataires n'obtempéraient pas, ils ont tiré sur eux, selon un journaliste de l'AFP qui a vu des blessés.

Représailles contre le QG de la milice

Dans la soirée, en guise de représailles, des hommes armés à bord de pick-up munis de canons anti-aériens ont pris d'assaut et incendié le quartier général de cette milice, installé dans d'anciennes villas des cadres du régime Kadhafi, selon des témoins.

"Nous demandons à toutes les factions armées un cessez-le-feu pour que le gouvernement puisse (...) rétablir le calme dans la capitale", a indiqué le gouvernement, appelant la population à éviter Gharghour.

Dans un communiqué, le Premier ministre a affirmé que "la manifestation était pacifique et a essuyé des tirs quand elle est entrée à Gharghour", revenant sur des propos tenus plus tôt dans lesquels il expliquait que ces heurts avaient opposé "des manifestants armés à des hommes armés".

Le président du Conseil local de Tripoli, l'équivalent de la mairie, Sadat al-Badri, soulignant que les manifestants étaient pacifiques, a affirmé que les tirs provenaient du QG de la milice. Un chef de cette milice a affirmé en revanche à la chaîne privée al-Naba que des manifestants avaient tiré en premier.

"Non aux milices", "oui à la police"

"Nous allons annoncer une grève générale et entrer dans la désobéissance civile jusqu'au départ de ces milices", a averti M. Badri.

Les imams de la ville avaient appelé dans leurs prêches du vendredi les Tripolitains à manifester contre les milices, relayant des appels en ce sens du mufti, la plus haute autorité religieuse du pays, ainsi que du Conseil local.

Peu avant de défiler devant le QG de la milice, les manifestants s'étaient rassemblés sur une place du centre-ville, brandissant le drapeau national et des fanions blancs pour souligner le caractère pacifique de leur manifestation, a constaté l'AFP.

"Non aux milices", "Oui à la police et à l'armée", pouvait-on lire sur leurs pancartes, exprimant l'exaspération des habitants de la capitale qui ne supportent plus les exactions et l'impunité des milices.

Le mufti, Sadok al-Ghariani, a appelé les manifestants à rentrer chez eux après les heurts, tandis que le ministère de la Santé à lancé un appel aux dons de sang, selon la chaîne Al-Naba.

 

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Des hommes armés ont tiré sur la foule qui manifestait pacifiquement © MAHMUD TURKIA - IMAGEGLOBE

Les Tripolitains protestent régulièrement contre la présence de factions armées. Venues d'autres localités, elles avaient participé à la libération de Tripoli du régime Kadhafi en août 2011, mais n'ont pas quitté la capitale, alors que le gouvernement peine à mettre sur pied une armée et une police.

Ils accusent ces milices de s'adonner à tous les trafics, et de torturer, kidnapper et tenir des centres de détention secrets.

Selon des témoins, le QG d'une milice à Fernaj, un autre quartier de Tripoli, a été attaqué par des hommes armés et des coups de feu nourris ainsi que des explosions étaient entendus dans ce quartier vendredi soir.

Le Congrès général national (CGN), la plus haute autorité du pays, a décidé l'été dernier d'évacuer de la capitale toutes les milices, une mesure qui n'a jamais été appliquée.

Des manifestations contre des milices avaient eu lieu l'été dernier à Benghazi dans l'est du pays, provoquant aussi des affrontements ayant fait une trentaine de morts parmi les manifestants.

AFP

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