Libye : des tribunaux militaires jugent des civils lors de "simulacres de procès", selon Amnesty

Des tribunaux militaires ont condamné, depuis 2018, des centaines de civils à des peines de prison et certains à la peine de mort lors de procès militaires secrets dans l'est de la Libye, a dénoncé lundi Amnesty International. Ces procès visent des opposants réels ou présumés des Forces armées arabes libyennes (LAAF), dirigées par Khalifa Haftar, et des groupes armés qui leur sont alliés, précise l'organisation de défense des droits humains, qui rapporte aussi des actes de torture et des mauvais traitements en détention provisoire.

Enlèvement, détention secrète, aveux forcés

Ces civils sont des journalistes, des manifestants pacifiques, des défenseurs des droits humains ou encore des personnes critiques du régime de l'est libyen, détaille Amnesty, qui s'est entretenu avec d'anciens détenus. Ceux-ci dépeignent des enlèvements et une détention jusqu'à trois ans avant le renvoi devant le parquet militaire, une détention au secret jusqu'à 20 mois dans des circonstances s'apparentant à une disparition forcée, des coups, des menaces et des simulacres de noyade, notamment. Certains affirment également avoir été forcés de signer des aveux pour des infractions qu'ils n'avaient pas commises.

Parmi ces victimes, une femme a par exemple été enlevée à son domicile par un groupe armé en février 2020 pour un message critiquant les LAAF sur les réseaux sociaux. Ni sa famille ni son avocat n'ont été autorisés à lui rendre visite avant qu'elle ne soit libérée à titre provisoire en avril dernier, dans l'attente de son procès. En mai 2020, un tribunal militaire a condamné le journaliste Ismail Bouzreeba Al Zway à 15 ans de réclusion pour soutien au terrorisme. Amnesty International estime qu'il a été puni pour des contenus trouvés dans son téléphone, notamment des messages critiques à l'égard des LAAF et des échanges avec des médias à l'étranger.

Plusieurs centaines de condamnations

De 2018 à 2021, Amnesty recense ainsi plusieurs centaines de condamnés à des peines de prison et au moins 22 peines capitales. Selon des organisations libyennes de défense des droits humains, ce sont au moins 31 exécutions qui ont été menées.

"Ces procès de civils devant la justice militaire se déroulent en secret, parfois en l'absence d'avocats et même des personnes accusées, privant celles-ci de tout semblant de justice. Ce sont de toute évidence des simulacres permettant aux LAAF et aux groupes armés qui leur sont alliés d'exercer leur pouvoir pour punir les personnes qui s'opposent à eux et créer un climat de peur", assène Diana Eltahawy, directrice adjointe pour le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord à Amnesty International.

Cette dernière en appelle au gouvernement d'unité nationale (GNA) pour mettre un terme immédiat à ces procès militaires de civils et ordonner des enquêtes sur les actes de torture et autres crimes de droit international commis par des groupes armés. En vertu du droit international, les tribunaux militaires ne peuvent être utilisés que pour juger le personnel militaire pour des manquements disciplinaires, rappelle Amnesty.

La Libye, pays de quelque sept millions d'habitants, vient de se doter, au terme d'un processus chapeauté par l'ONU, d'un gouvernement unifié chargé de mener la transition jusqu'à des élections nationales fin décembre. Ce gouvernement remplace aussi bien le Gouvernement d'union nationale (GNA) de Fayez al-Sarraj, installé en 2016 dans l'ouest et reconnu par l'ONU, que le cabinet parallèle d'Abdallah al-Theni (non reconnu par la communauté internationale), basé dans la Cyrénaïque, une région contrôlée par les forces du maréchal Khalifa Haftar.

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