Liban : la contestation prend de l'ampleur, une foule de manifestants dans la rue

Par dizaines de milliers, les Libanais sont descendus dimanche dans la rue pour réclamer le départ d’une classe politique jugée inapte et corrompue. Au quatrième jour d’un mouvement de contestation inédit dans un Liban éprouvé, de plus en plus de villes se soulèvent et paralysent le pays.

Tout a commencé de manière spontanée jeudi par l’annonce d’une taxe sur les appels effectués via WhatsApp. Une décision annulée aussitôt sous la pression de la rue. Mais les manifestations spontanées, rassemblant des ouvriers, des universitaires, des commerçants, des étudiants, des jeunes et des moins jeunes, et de toutes les confessions, n’ont pas cessé depuis, jour et nuit. Les Libanais expriment leur ras-le-bol face à des conditions de vie de plus en plus difficiles alors que la crise économique s’aggrave dans un pays classé 138e sur 180 dans l’indice de perception de la corruption de Transparency International.Plus du quart de la population vit sous le seuil de pauvreté selon la Banque Mondiale, alors que la dette publique culmine à plus de 86 milliards de dollars, soit plus de 150% du PIB.

De Tripoli et Akkar, dans le nord, à Baalbeck dans l’est en passant par de nombreuses localités côtières et jusqu’à Tyr et Saïda dans le Sud et le Chouf dans l’Est, les Libanais ont défilé pour exprimer leur ras-le-bol. Sous une nuée de drapeaux libanais, les manifestants crient "Révolution, révolution" ou "le peuple veut la chute du régime", slogans phares du Printemps arabe.

A Beyrouth, Zalfa Aboukaïs, 27 ans, accroche les noms de députés et ministres sur des barbelés. "Des voleurs", dit-elle. "Je manifeste contre des voyous qui sont au pouvoir depuis 30 ans".

Depuis la fin de la guerre civile (1975-1990), la classe politique, quasi inchangée, est accusée d’affairisme dans un pays aux infrastructures en déliquescence -pénurie chronique d’électricité et d’eau potable- et où la vie est chère.

"Tous veut dire tous"

Ce dimanche est la veille d’un ultimatum fixé par le Premier ministre Saad Hariri pour avoir l’approbation définitive des membres de sa coalition gouvernementale minée par les divisions à un plan de réformes. M. Hariri avait insinué qu’il pourrait démissionner s’il ne réussit pas à faire passer ses réformes. Sa coalition est dominée par le camp du président Michel Aoun et de ses alliés dont le Hezbollah, opposés à une démission de M. Hariri.

Allié de M. Hariri, le parti des Forces Libanaises a lui annoncé samedi la démission de ses quatre ministres, une initiative accueillie dans la liesse par les manifestants. Mais le slogan "Tous veut dire Tous" a été aussitôt crié, pour dire leur exigence d’un départ de toute la classe politique.

Fait aussi rare que marquant, la contestation a gagné des fiefs du Hezbollah et du mouvement Amal, deux poids lourds de la politique libanaise.

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