Liban: "Il ne suffit pas d'avoir une aide internationale, il faut changer la classe politique"

Liban: " Il ne suffit pas d'avoir une aide internationale, il faut changer la classe politique "
Liban: " Il ne suffit pas d'avoir une aide internationale, il faut changer la classe politique " - © AFP

L’amertume s’ajoute à la tristesse au Liban. Alors que l’aide internationale est proposée au pays, de nombreux Libanais ne veulent pas que ce soient les politiques en place, jugés comme corrompus, qui en aient la gestion.

"La solidarité internationale, c’est toujours quelque chose de bien lors d’une tragédie", témoigne Samar, une militante libanaise. "Mais le problème, c’est que l’aide internationale risque d’être utilisée pour aider le secteur privé. Cela ne peut pas être le fondement d’une bonne économie pour nous."

Formé en janvier 2020, le gouvernement de Hassan Diab, présenté comme un cabinet de technocrates, est accusé par ses détracteurs d'être soumis au parti du président Michel Aoun, le Courant patriotique libre, et son allié indéfectible, le Hezbollah pro-iranien.


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Le gouvernement qui a tardé à enclencher les réformes pour sortir le pays de la crise économique et qui se retrouve aujourd'hui face à cette catastrophe est vivement critiqué par le mouvement de contestation populaire.

La politologue libanaise Jihane Sfeir, professeure à l’ULB, comprend cette colère. "Il ne suffit pas uniquement d’avoir une aide internationale humanitaire ponctuelle, il faut véritablement profiter de ce moment pour changer la classe politique libanaise."

Une métaphore de la faillite de l’Etat

Cette explosion montre à quel point l’Etat libanais est défaillant, selon la politologue. "Le Premier ministre Hassan Diab accuse l’ancien gouvernement car le dépôt de nitrate d’ammonium date de 2013."

Les premiers éléments montrent en effet que le produit vient d’un bateau moldave en partance pour le Mozambique saisi en 2013 au port de Beyrouth. "Ils disent que ce n’est pas de leur responsabilité mais celle du gouvernement précédent", reprend Jihane Sfeir. "Mais le fait même d’être au courant de la présence de ce dépôt le rend responsable à 100% de cette explosion."

Pour elle, cette tragédie doit être l’occasion de changer le système politique. "Il faut dire aux partis, toutes tendances confondues, que ce soient les forces libanaises, le Hezbollah, le parti du futur… qu’ils arrêtent de mobiliser les Libanais les uns contre les autres via une idéologie haineuse. Qu’on réfléchisse à un projet politique qui nous sorte de ce système confessionnel, clientéliste et cleptocrate."

Mais pour le politologue Karim Emile Bitar interrogé par l’AFP, le gouvernement en place ne démissionnera pas tout de suite. "Malgré la colère populaire (..) une démission immédiate me semble encore improbable à ce stade tant qu'il n'existe pas encore d'alternative claire." Surtout que l'opposition traditionnelle est elle aussi discréditée par le mouvement de contestation qui rejette en bloc la classe politique.

La Belgique se dit prête à aider le Liban (JT du 05/08/2020)

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