Les trésors de la bibliothèque des Affaires étrangères déménagent (photos)

La salle de lecture de la bibliothèque des Affaires étrangères va fermer ses portes. Les tiroirs renferment les fiches des 750.000 volumes stockés dans les caves du ministère.
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La salle de lecture de la bibliothèque des Affaires étrangères va fermer ses portes. Les tiroirs renferment les fiches des 750.000 volumes stockés dans les caves du ministère. - © D. Fontaine

La plus ancienne et plus importante bibliothèque ministérielle de Belgique va fermer ses portes. La bibliothèque des Affaires étrangères avait été créée en 1831. Elle contient un patrimoine de 750 000 volumes, dont la bibliothèque personnelle du roi Léopold II. Tout ce fonds sera transféré à la Bibliothèque royale de Belgique.
Ce transfert représente un défi titanesque: ce sont quinze kilomètres de rayonnages qui doivent être installés dans un nouveau bâtiment de l'Albertine. Le processus est prévu pour s'étaler sur une période de 10 ans. "Nous n'avons pas les moyens de continuer à avoir une bibliothèque publique", explique Rudi Veestraeten, directeur de la communication des Affaires étrangères. "C'est le cas de presque tous les départements Affaires étrangères des pays environnants. Cela facilitera aussi l'accès aux ouvrages, puisqu'il y aura un seul catalogue, un seul endroit où doivent se rendre les chercheurs et le public", à savoir l'Albertine, au Mont des Arts, à Bruxelles.

La bibliothèque de Léopold II

La salle de lecture de la rue des Petits Carmes, au siège des Affaires étrangères, va donc fermer. Cet espace de calme et de concentration donne un accès direct à certains répertoires africains fort appréciés par les chercheurs. Surtout, de grands meubles à tiroirs contiennent les fiches papier qui répertorient scrupuleusement les 750 000 volumes. Seuls les ouvrages postérieurs à 1975 sont également encodés dans une base de données électronique. Pour retrouver les publications les plus anciennes, il faut toujours consulter les fiches papier.

La bibliothèque des Affaires étrangères est le produit de la fusions de quatre bibliothèques historiques: africaine, juridique, diplomatique et de la Coopération au développement. La base de la bibliothèque africaine avait été constituée par le roi Léopold II. "Le roi s'est créé un début de bibliothèque dans les années 1870, lorsqu'il rêvait de se construire un empire colonial et cherchait un territoire pour l'établir, raconte l'archiviste Alain Gérard. Elle deviendra une vraie bibliothèque coloniale avec la création de l’État indépendant du Congo en 1885. Elle sera ensuite versée au ministère des Colonies en 1908, puis aux Affaires étrangères en 1962."

Dans le dédale du cinquième sous-sol

Nous avons pu exceptionnellement visiter les magasins de la bibliothèque, cachés dans le cinquième sous-sol du ministère. Dans un dédale de couloirs identiques, nous suivons nos deux guides. "Vous avez tout intérêt à rester avec nous, parce que vous vous perdriez facilement", s'amuse l'archiviste Alain Gérard, qui avoue que lui-même ne s'aventurait pas ici, lors de ses débuts, sans se munir d'un plan.

Derrière des portes métalliques prudemment fermées à clé, des salles climatisées à 16° et 50% d'humidité conservent les ouvrages dans des conditions optimales dans des dizaines de compactus, ces rayonnages mobiles, dotés d'un volant qui permet d'ouvrir un passage pour accéder aux étagères.

Transparence sur les sujets polémiques

Une des caves les plus importantes contient les journaux africains, des quotidiens et périodiques publiés à Léopoldville ou Elisabethville durant l'ère coloniale, comme Le Courrier d'Afrique ou L’Essor du Congo. "Ils sont vraiment vieux, et parfois, ils cassent ou on perd des papiers", avoue la bibliothécaire Gerda Malfrère.

Ces témoignages de l'ère coloniale constituent une mine d'or pour les étudiants et les chercheurs qui s'intéressent à cette époque. Ils peuvent par exemple y trouver des éléments pour éclairer les accusations de crimes commis contre les populations indigènes par les agents coloniaux. "Ces sujets polémiques reviennent régulièrement dans les recherches, reconnaît Alain Gérard. Il y a une transparence totale, que ce soit en archives et en bibliothèque, pour que les chercheurs aient accès aux informations dont ils ont besoin."

La réserve précieuse

Une des caves les mieux préservées est la réserve précieuse. C'est ici que sont conservés les ouvrages les plus anciens, les plus rares et les plus fragiles. Alain Gérard sort d'une armoire métallique un gros volume relié en cuir du XVIIe siècle. "Voyez cette calligraphie magnifique en lettres gothiques. C'est une cosmographie en allemand qui date de 1614."

"On pourrait penser que la bibliothèque des Affaires étrangères ne contient que des ouvrages sur les relations entre la Belgique et les autres pays, poursuit Alain Gérard. Mais elle contient une richesse qui va bien au-delà de la politique et de la diplomatie. Quand tout ceci sera à la Bibliothèque royale, cela sera encore plus facile de faire la recherche à la fois dans leur fonds et dans celle des Affaires étrangères. Elles sont assez complémentaires."

Évidemment, pour le personnel qui connaît ce patrimoine sur le bout des doigts, le déménagement de leurs livres constitue un déchirement. "Moi, cela fait 30 ans que je travaille dans la bibliothèque, dit Gerda Malfrère. Oui, ça fait un peu mal. Mais le temps évolue et il faut l'accompagner..."

Il n'est pas prévu que le personnel suive les livres avec la bibliothèque. Comme le processus de transfert prendra une dizaine d'années, les bibliothécaires seront encore utiles durant cette période, entre autre pour chercher les livres qui seront demandés par des lecteurs à l'Albertine mais toujours stockés aux Petits Carmes. Une navette entre les deux bâtiments est censé permettre une livraison rapide des ouvrages.

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