Tchétchènes de Belgique et djihadisme: trois questions à Aude Merlin

1999, les Tchétchènes d'Europe se mobilisent
1999, les Tchétchènes d'Europe se mobilisent - © Herwig VERGULT - BELGA

Après la vague d'arrestations survenues lundi dans le "milieu tchétchène" en Belgique, des questions se posent à propos d'une communauté présente depuis le début des années 2000 dans notre pays. Qui sont-ils? Peut-on parler de radicalisme les concernant? Trois questions à Aude Merlin, chercheuse à l'ULB et spécialiste de la Russie.

Lundi, une vingtaine de perquisitions ont eu lieu dans la communauté tchétchène de Belgique, notamment à Ostende, Louvain ou encore Namur. Plusieurs mandats d'arrêt ont été délivrés. Ces opérations ont eu lieu dans le cadre de deux enquêtes distinctes: l'une concernant l'envoi présumé de djihadistes vers la Syrie, pour l'autre, il y avait suspicion de projet d'attentat.

Franceline Beretti (RTBF): Quelle est l'histoire des Tchétchènes de Belgique? Quand sont-ils arrivés, comment?

Aude Merlin: Ils sont arrivés au début de la deuxième guerre. Il faut noter et se souvenir que, alors que la première guerre avait déjà été très violente entre 94 et 96. Elle n’a pas donné lieu au départ de Tchétchènes vers l’Union Européenne, ou alors de façon très limitée. Tandis que la brutalité de la deuxième guerre, qui a commencé en 99, a jeté sur les routes de l’exil des dizaines de milliers de personnes.

Et aujourd’hui le pouvoir dictatorial de Ramzan Kadyrov en Tchétchénie continue de jeter sur les routes de l’exil des potentiels demandeurs d’asile ou en tout cas des personnes qui ne peuvent pas rester en Tchétchénie, soit parce qu’elles sont menacées, soit parce qu’elles ont été torturées, soit parce qu’elles sont en opposition au pouvoir dictatorial en place.

La Belgique et d’autres pays de l’Union Européenne. On sait qu’en Autriche, en Allemagne, en France, au Danemark, en Scandinavie et en Pologne, évidemment, puisque c’est un point d’entrée dans l’Union Européenne, et que la convention de Dublin fait que le premier pays d’entrée rend officiellement demandeur d’asile des migrants dont les empreintes digitales ont été prises.

Franceline Beretti (RTBF): Ils arrivent sous les projecteurs de l'actualité par le prisme du djihadisme. Est-ce que la radicalisation est un problème chez ces Tchétchènes?

Aude  Merlin: Il faut contextualiser la question, c’est-à-dire qu’il y a eu un projet indépendantiste en Tchétchénie au début des années 90 et ce projet a été très lourdement réprimé par l’Etat russe et a donné lieu, du fait de deux guerres à la formation d’une diaspora, au départ de dizaines de milliers de civils qui ont fui la Tchétchénie.

Dans le même temps, la faillite de ce projet indépendantiste tchétchène a progressivement donné lieu à une transnationalisation du maquis, donc des enjeux de mobilisation dans le nord du Caucase avec une rhétorique islamiste de plus en plus présente dans cette mobilisation.

Franceline Beretti (RTBF): Cela veut dire que la problématique en Tchétchénie, tous les problèmes de relations avec Moscou, ont été importés en Belgique ?

Aude Merlin: Il y a évidemment un reflet, c’est-à-dire que la communauté tchétchène, la diaspora, importe des territorialistes d’une certaine façon, en venant dans des pays de l’Union européenne, un certain nombre de clivages, un certain nombre de problématiques. C’est effectivement le reflet de cette faillite de ce projet indépendantiste et de ce recours à la rhétorique djihadiste. C’est aussi, je pense le signe d’une globalisation et d’un désenclavement de l’ancien espace postsoviétique, puisque ça rentre aussi en résonnance avec les questions internationales d’aujourd’hui sur la question de l’Etat Islamique et de l’engagement, du recrutement de Musulmans radicaux vers l’Etat Islamique, et là pas seulement de Tchétchènes. Il y a une double convergence.

RTBF

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