Les Tchèques élisent leur premier président, pour la 1ère fois au suffrage direct

Le président Vaclav Klaus le 1er janvier 2013 à Prague
Le président Vaclav Klaus le 1er janvier 2013 à Prague - © Michal Cizek

Les Tchèques las de la récession votent vendredi et samedi au 1er tour de l'élection présidentielle, tenue pour la première fois au suffrage universel direct, pour choisir le successeur de Vaclav Klaus parmi neuf candidats dont deux anciens Premiers ministres et un artiste non-conformiste entièrement tatoué.

Un second tour, prévu les 25 et 26 janvier si aucun des candidats n'obtient samedi la majorité absolue, devrait départager les deux favoris, Milos Zeman, Premier ministre de gauche en 1998-2002, et le centriste Jan Fischer qui dirigeait en 2009-2010 un cabinet provisoire.

Les derniers sondages les créditaient de 20% à 25% des intentions de vote, avec un léger avantage pour Zeman. Derrière eux, trois représentants des partis politiques rêvent aussi à la présidence.

Mais les jeunes Tchèques préfèreraient voir au Château de Prague Vladimir Franz, un compositeur et peintre au corps tatoué.

Selon eux, l'"Avatar" ou encore "Franz Joseph II" défie avec succès les politiciens officiels. "Je veux mobiliser la société civile, pour que les gens réfléchissent davantage et lisent entre les lignes", affirme l'artiste qui oscille entre la troisième et la sixième place dans les sondages.

"Je ne suis pas sûr que les sondages soient absolument crédibles pour cette première élection présidentielle au suffrage universel direct", indique à l'AFP le politologue Tomas Lebeda de l'Université Charles à Prague.

"Aux élections législatives, les électeurs décident de manière rationnelle, selon le programme économique des partis. Mais tout porte à croire que ces facteurs auront un rôle moins important lors de cette présidentielle", analyse-t-il.

Les partis politiques sont représentés par le vice-président des sociaux-démocrates (CSSD) Jiri Dientsbier, le chef de la diplomatie Karel Schwarzenberg du parti de droite TOP 09 et le vice-président d'une autre formation de droite ODS, Premysl Sobotka.

Trois femmes briguent la magistrature suprême: la présidente du mouvement eurosceptique "Souveraineté" Jana Bobosikova, l'actrice et ancienne députée Tatana Fischerova et l'euro-députée chrétienne-démocrate Zuzana Roithova. Leurs chances sont toutefois minimes.

Sauf imprévu, MM. Fischer et Zeman s'affronteront au second tour, alors qu'un débat fait actuellement rage à travers le pays sur leur appartenance au parti communiste (KSC) avant la "Révolution de velours" de 1989.

M. Zeman a adhéré au KSC pendant la période de dégel du "Printemps de Prague" en 1968 pour en être exclu deux ans plus tard, lors des purges ayant suivi l'occupation du pays par les troupes soviétiques. M. Fischer est de son côté dénoncé comme "carriériste" pour avoir été communiste de 1980 à 1989.

"Je ne veux pas que le président de ma patrie bien-aimée soit ex-membre d'un parti criminel", s'indigne l'ancienne gymnaste Vera Caslavska, septuple championne olympique en 1964 et 1968, persécutée dans les années 1970 et 1980.

"Je me rends parfaitement compte qu'un grand nombre de gens honnêtes ont adhéré au parti sous le poids des circonstances et qu'ils le regrettent aujourd'hui. Mais ils ne se portent pas candidats à la présidence", lance-t-elle.

M. Fischer fait aujourd'hui son mea culpa. "J'ai fait une erreur, j'en ai tiré une leçon", assure-t-il.

Le nouveau président sera le troisième depuis l'indépendance de la République tchèque en 1993, après l'ancien dissident Vaclav Havel décédé en 2011 et l'eurosceptique Vaclav Klaus. Le second mandat quinquennal de ce dernier expire le 7 mars.

Ils ont tous deux été élus par le Parlement, dans une procédure critiquée pour sa complexité. Les députés ont décidé en février 2012 d’élire désormais le chef de l'Etat au suffrage universel direct.

S'il ne dispose pas de prérogatives aussi étendues qu’aux Etats-Unis ou en France, le président tchèque nomme ou destitue le Premier ministre et les autres membres du gouvernement, entérine les lois adoptées par le Parlement ou y oppose un veto que le Parlement peut contourner en revotant le texte.


AFP

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