"Les séparatistes pro-russes pourraient très bien avoir tiré le missile"

"Les séparatistes pro-russes pourraient très bien avoir tiré le missile"
"Les séparatistes pro-russes pourraient très bien avoir tiré le missile" - © BAY ISMOYO - BELGAIMAGE

Que s'est-il passé avec le Boeing 777 de la compagnie aérienne Malaysia Airlines qui s'est écrasé ce jeudi avec à son bord 298 personnes ? Si l'avion de ligne a probablement été abattu par un missile, reste à savoir par qui ? Les trois parties impliquées dans le conflit ukrainien se rejettent la responsabilité. Et si, dans un premier temps, certains ont tenté d'exclure la responsabilité des pro-russes, dans les faits, ce n'est pas aussi simple que ça.

C'est du moins l'avis de Joseph Henrotin, politologue spécialisé dans les questions de défense, invité de Matin Première ce vendredi. Pour lui, il ne faut exclure personne. Les Russes, les Ukrainiens et les séparatistes russes peuvent tout à fait avoir tiré ce missile.

Mais il s'interroge : "Hier, un communiqué de presse d'une agence russe a parlé d'un missile Buk. C'est un Sam 11 ou Sam 17, un engin capable de frapper au-delà des 10 000 mètres, à l'altitude de croisière présumée de l'appareil. Sachant qu'en parlant de missile Buk, en fait, on exonère les séparatistes pro-russes qui eux disposent d'un engin, d'une capacité similaire, mais plus ancien (le Kub, le sam 6)".

Autrement dit, a-t-on délibérément voulu mettre hors de cause les pro-russes sachant que cette information vient de Russie ? "On verra au niveau de l'enquête d'où est parti le missile. Mais, a priori, les séparatistes pro-russes pourraient très bien avoir tiré le missile, sans doute par erreur et par accident".

"Un des trois sait"

"Un des trois sait", selon lui, "c'est fort probable".

Dans tous les cas, on devrait pouvoir faire la lumière sur ce drame car, dit-il, "il faut savoir que la région est couverte de radars, radars militaires russes et ukrainiens en particulier, en sachant que ces radars ont une visualisation 3D là où les radars civils de la zone peuvent avoir des visualisations 2D. A cela, il faut rajouter les Américains qui, pour l'instant, ont un croiseur doté d'un radar assez puissant, le radar SPY-1 Aegis, qui est actuellement en mer Noire et qui pourrait avoir enregistré le départ missile et donc la localisation du départ missile. De même que l'OTAN qui opère actuellement des AWACS au-dessus de la Roumanie, sont des appareils de détection aérienne avancée. Ce sont des radars volants en fait. Ils pourraient, eux-aussi, avoir enregistré la zone de départ missile".

Une erreur ou provocation ?

Joseph Henrotin pense davantage à une erreur qu'à une provocation d'autant qu'"on peut facilement se tromper de cible, surtout et en particulier s'il s'agit du plus vieux missile".

"Ça l'est d'autant plus que les personnes qui opèrent ces batteries, relativement complexes, ne sont pas nécessairement des gens extrêmement bien formés", ajoute-t-il.

Et de préciser : "On peut tout à fait réaliser un exercice en utilisant toutes les modalités du tir de la batterie, sauf qu'à un moment donné il faut enclencher le mode exercice de manière à ce que le missile ne parte pas. Il est tout à fait plausible que quelqu'un n'ait pas enclenché le mode exercice finalement, qu'on se soit servi de l'appareil (l'avion de ligne de la Malaysia Airlines, ndlr) comme un plastron, comme une cible d’exercice, et que, in fine, le missile soit parti".

Une "porte de sortie honorable pour Moscou" ?

Dans le cas où on arriverait à identifier l'auteur de ce tir de missile, quelles seront les conséquences ?

Pour le politologue, il n'y aurait pas de "conséquence immédiate". Tout dépend de la gestion politique qui en sera faite, selon lui.

"Cela pourrait tout aussi bien accroître la pression politique contre Vladimir Poutine parce que, in fine, même si c'est l'Ukraine qui a tiré, finalement la situation est tellement devenue tendue à cause des agissements de Vladimir Poutine et de la Russie que finalement elle porte malgré tout une responsabilité. Maintenant, Vladimir Poutine peut profiter de cet évènement pour calmer le jeu. On sait bien que les Ukrainiens sont en train de reprendre du terrain par rapport aux pro-russes. D'une certaine manière, cela pourrait être transformé en espèce de porte de sortie honorable de la part de Moscou, même si évidemment il y a eu, entre-temps, 300 tués".

C. Biourge

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