Les satellites Starlink de SpaceX mettent les astronomes en émoi

C’est un train lumineux qui met en émoi les astronomes du monde entier. Un convoi de 60 points brillants naviguant dans la nuit, observable depuis la terre ferme. Chaque point lumineux est en fait un satellite de la "constellation Starlink" envoyée en orbite le 23 mai dernier par SpaceX.

L’idée de Starlink est de fournir un internet haut débit sur l’ensemble du globe. Pour y parvenir, SpaceX ne se contentera pas de 60 satellites. En tout, ce sont 12.000 engins que la firme d’Elon Musk entend envoyer dans l’espace. Chaque satellite pèse 227 kilogrammes, est plat et équipé d’un grand panneau solaire reflétant la lumière. La brillance dépend de l’angle des panneaux, et de celle de l’orbite.

"Il y a un panneau solaire installé sur chacun d'eux et sont à 400-500 kilomètres d’altitude dans l'espace. Ils réfléchissent la lumière du soleil et suivant leur orientation, on peut les voir comme des petits miroirs", explique Francesco Lo Bué, physicien et président du club d'astronomie de Mons. "Cela parait assez irréel puisqu'un petit satellite qui se promène seul, c'est habituel, mais en voir 60 d'affilée, c'est nouveau. En fait, on n'a jamais lancé autant de satellites en même temps".

Progressivement, les différents satellites devraient s’éloigner les uns des autres. La luminosité de ce drôle de train devrait diminuer au fur et à mesure que le convoi prendra de l’altitude mais en attendant des astronomes, amateurs ou professionnels, en épient le passage. Comme ici en Pologne, c’était samedi soir :

Belges et Français pourront à leur tour observer le phénomène ce mercredi 29 mai aux environs de 23h39 si l’on en croit le site heavens-above.com.

De quoi gâcher l’observation des étoiles?

Si certains astronomes prennent bien du plaisir à tenter d’apercevoir Starlink, d’autres, en revanche, craignent l’impact de ce convoi lumineux sur leur observation des astres. Les télescopes ont souvent besoin d’une exposition longue, de l’ordre de 15 minutes, pour obtenir des images de qualité. Un trop-plein de lumière pourrait venir gâcher ces efforts.

"On ne peut pas s'empêcher d'être émerveillé par la prouesse technologique mais ce qui est dérangeant, c'est qu'il y ait une accumulation d'objets brillants dans le ciel, cela risque de cause des difficultés à tout ceux qui observent l'univers. Au total, il y aura plus de satellites que d'étoiles visibles à l’œil nu. Lorsque vous observez le ciel et que vous prenez des mesures, il y a un risque d'avoir un ciel devenu complètement artificiel", concède Francesco Lo Bué.

Les satellites envoyés par SpaceX se situent bien en dessous de leurs cousins en orbite géostationnaire (qui gravitent à 36.000 kilomètres d’altitude). Ils évoluent pour l’instant à quelque 450 kilomètres d’altitude avant de s’élever encore un peu vers leur orbite finale, à 550 kilomètres.

"Au départ, on les lance ensemble et puis ils vont chacun atteindre leur trajectoire grâce à leur petit moteur. Ils vont ensuite tout doucement se positionner à la bonne hauteur et se séparer progressivement", précise Francesco Lo Bué.

De quoi également faire réagir Bill Keel, astronome à l’université d’Alabama : "Dans moins de 20 ans, les gens verront plus de satellites que d’étoiles à l’œil nu pendant une bonne partie de la nuit" si les constellations à venir sont aussi brillantes que Starlink.

Elon Musk a réagi à la polémique :

"Il y a déjà 4900 satellites en orbite, ce que les gens ne voient absolument pas. Starlink ne sera vu par personne sauf ceux qui regardent très précisément, et aura à peu près 0% d’impact sur les progrès de l’astronomie", a tweeté le patron de SpaceX. Elon Musk a par ailleurs avancé que fournir internet à des "milliards de gens économiquement désavantagés" était un "bien supérieur".

Quid d’une éventuelle pollution de l’espace?

Autre point polémique de ce nouveau projet de SpaceX : la pollution.

Il y a pour l’heure quelque 20.000 objets de plus de 10 centimètres de longueur en orbite terrestre aujourd’hui, la plupart étant des débris ainsi que des satellites et fusées usagées. Seuls 2100 satellites sont actifs, selon la Satellite Industry Association.

"Ce qui est inquiétant, c'est surtout l'aspect philosophique derrière tout cela. C'est effrayant qu'un seul homme puisse décider d'envoyer des milliers d'objets dans le ciel", rajoute Francesco Lo Bué.

La "constellation Starlink" n’est pas immédiatement opérationnelle. Une douzaine d’autres lancements seront nécessaires avant la réalisation du projet.

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