Les Rwandais aux urnes: "Le seul suspense est de voir si Kagame aura plus de 95% des voix"

Plus de 6 millions de Rwandais sont appelés aux urnes ce vendredi pour élire leur président. Le président sortant, Paul Kagame, brigue un troisième mandat. Pour la première fois, deux candidats de l’opposition vont tenter de lui faire barrage.

Parmi eux, un candidat indépendant, ancien journaliste qui est revenu d’exil en France ; un autre aussi membre du parti Vert au Rwanda, un parti fondé il y a quelques années seulement.

Peu de doute quant à l’issue de ce scrutin. Tout est déjà joué. Le président Kagame parle lui-même d'une "formalité". "Le seul suspense est de savoir s’il aura au-delà de 95 %, commente Colette Braeckman, journaliste au Soir, spécialiste de la région des Grands Lacs, dans Matin Première. Mais de toute façon, il aura une énorme majorité".

Il a empêché les vengeances individuelles après le génocide des Tutsis

Comment expliquer ce plébiscite? "Depuis 1994, c’est le véritable chef du Rwanda et je pense que beaucoup de Rwandais lui sont reconnaissants à bien des égards. D’abord, les Hutus parce qu’il a rétabli l’ordre, il a rétabli la sécurité individuelle. Après le génocide, il a déclaré " le monopole de la justice revient à l’État". Et il a empêché radicalement les représailles, les vengeances individuelles après le génocide des Tutsis. Il a rétabli la sécurité, il a remis le pays sur les rails et lui a imprimé une croissance économique remarquable de 7 % qui a bénéficié à toute la population, y compris aux plus pauvres qui ont maintenant une couverture sociale d’assurance maladie qui atteint près de 90 % de la population. Il est l’homme fort, et en plus il ne tolère pas de voix dissidentes, donc il occupe tout le terrain politique".

Le FPR présent partout, par ses réalisations... et par le contrôle

Le Rwanda est, il est vrai, souvent cité en exemple au niveau des indicateurs économiques, par rapport aux autres pays africains. Ça a été un thème de campagne... si on peut considérer ça comme une campagne.

C’est plus un vote de plébiscite qu’une élection avec un véritable choix

"C'était de l’adulation, analyse Colette Braeckmann. Dans dans tout le pays, il y avait des banderoles, des photos de Kagame, omniprésent, on ne voyait pas les photos de ses adversaires, ils étaient invisibles. On savait qu’il y avait deux candidats d’opposition, c’était écrit dans la presse, mais la personne de Kagame était partout. C’est plus un vote de plébiscite qu’une élection avec un véritable choix".

Outre sa popularité, les autres candidats ne partent en effet pas à armes égales. "Frank Habineza, du parti des Verts, avait déjà voulu se présenter la fois précédente et il n’avait pas pu le faire. Maintenant, il est en campagne mais la disproportion des moyens est considérable. Le Front patriotique rwandais, donc le parti de Paul Kagame, domine la vie politique du Rwanda depuis 1995. Il ne domine pas seulement la vie politique, il domine l’économie, il est présent dans toutes les cellules du pays.

Sur toutes les collines, il y a des représentants du FPR qui surveillent la population, qui la tiennent sous contrôle étroit. Donc tout qui voudrait exprimer une opinion dissidente, que ce soit pour les deux candidats ou pour d’autres forces, c’est assez difficile de le faire. Le parti de Paul Kagame est omniprésent à travers le pays par ses réalisations sociales, le fait qu’il ait remis de l’ordre, mais aussi par le contrôle qu’il exerce sur tout le monde."

Un poste à l'Union africaine

Paul Kagame a fait modifier la Constitution pour pouvoir briguer ce troisième mandat, et avec les dispositions actuelles, il peut encore se représenter pour un autre mandat de 7 ans, et donc rester président jusqu'en ...2034.

"Je crois qu’il n’est pas sûr qu’il va rester aussi longtemps, tempère cependant Colette Braeckmann. On chuchote qu’il pourrait partir à un moment donné et trouver un poste à l’Union africaine".

La perspective d'une bulle économique

Et ce d'autant que les défis économiques sont importants et risqués: "On craint une bulle immobilière à Kigali. Les succès économiques sont peut-être un peu forcés. Il y a une grosse ambition d’être une capitale économique, un hub aérien pour toutes les liaisons aériennes de l’Afrique et on se demande si, par rapport aux véritables ressources du pays et aux capacités actuelles de la population, les ambitions ne sont pas un peu forcées et si la bulle ne pourrait pas éclater. Déjà maintenant, des bureaux sont vides, des maisons sont inoccupées, alors qu’elles ont été construites d’une façon très spectaculaire. L'économie reste malgré tout fragile et le recours, par exemple, aux intrants chimiques, aux OGM dans l’agriculture, fait que c’est une agriculture très dépendante des produits importés, et donc des produits importés en devise. Là aussi, il y a des fragilités".

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Rassemblement de partisans de Paul Kagame à Bumbogo (centre du Rwanda), ce 03 août

Les Rwandais votent, ce vendredi (Reuters)

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