Les Russes manifestent pour leur pension en pleine coupe du monde: "'Un des derniers héritages de la période soviétique"

Les Russes manifestent pour leur pension en pleine coupe du monde: "'Un des derniers héritages de la période soviétique"
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Les Russes manifestent pour leur pension en pleine coupe du monde: "'Un des derniers héritages de la période soviétique" - © Tous droits réservés

En Russie, le gouvernement souhaite réformer les retraites et pousser les Russes à travailler plus longtemps.

Déjà impopulaire, cette annonce a fait baisser la cote de popularité du président Vladimir Poutine, et hier, en pleine Coupe du monde, quelques milliers de Russes se sont rassemblés à travers le pays pour dénoncer ces changements assez inédits.

La réforme prévoit, comme un peu dans tous les pays, d’augmenter l’âge auquel les hommes et les femmes ont accès à la retraite. C’est fait de façon très phasée, donc ça s’étend pendant plusieurs années. Les femmes avaient accès à la pension à 55 ans et les hommes à 60, ce qui est évidemment insoutenable dans le système actuel et en plus dans le contexte démographique de la Russie.

"Cette histoire de pension est suspendue depuis des années et des années parce que c’est extrêmement impopulaire" commentait dans Matin première Nina Bachkatov, politologue spécialiste de la Russie. "On n’y a pas touché depuis les années 30, si je me souviens bien. C’était difficile à toucher pour deux raisons. Il y a un côté émotionnel puisque c’est finalement un des derniers grands héritages de la période soviétique, mais il y a aussi le fait que les pensions ont toujours été payées à temps, même dans les pires moments de l’écroulement de l’Union soviétique. C’est donc un peu perçu comme ça été le cas en Grèce ou au Portugal, c’est la chose qui reste quand tout le restant tombe. Donc, c’est aussi une question de solidarité familiale".

Mais proposer à une retraite à 65 ans pour les hommes quand on sait que l’espérance de vie est de quasi 66 ans chez les hommes russes , ça ne passe pas facilement. "Mais il y a une augmentation de l’espérance de vie, notamment chez les femmes, et de toute manière c’est une question budgétaire, pas une question affective. Ce n’est pas une question sociale, c’est essentiellement une question budgétaire, comme on le voit d’ailleurs recommandé par les organisations internationales un peu partout".

Quelques milliers de personnes ont manifesté. "Il faut se rappeler que les Russes, que l’on considère comme des gens qui ne se mobilisent pas, se sont mobilisés très régulièrement depuis la fin de l’Union soviétique, et même avant pour des questions qui les touchaient directement. C’était essentiellement l’écologie, la qualité de la vie, la qualité des eaux, la pollution par une entreprise et les questions sociales, et bien entendu les pensions sont une question sociale. C’est un problème politique essentiel et c’est probablement le plus gros défi de Poutine depuis qu’il est président.

Pour Nina Bachkatov, Poutine reçoit comme un boomerang le système que lui-même a créé: "On sait que 80% de la population est contre, donc normalement les députés de la majorité, qui ont été élus par une partie de cette population devraient prendre le relais de leurs électeurs. Or, en Russie, le système est bloqué au niveau parlementaire. Ça veut donc dire qu’il n’y a pas ce qu’on appelle le système qui va prendre le relais, donc ça laisse la place aux organisations non systémiques dans tout ce qui est opposition, puisque ce sont les seules qui peuvent s’opposer de façon précise".

Ce dimanche, grande surprise, la Russie a sorti l’Espagne de la Coupe du monde et s’est qualifiée pour les quarts de finale. On peut dire que la Russie de Vladimir Poutine a d'ores et déjà réussi son Mondial: "Ca aurait été le cas même si la Russie avait perdu, parce que c’était quand même le fait d’avoir la Coupe chez eux. Mais je crois qu’on fait une confusion quand même dans l’importance politique de cette Coupe du monde parce que l’idée est que Poutine veut montrer au monde que son système fonctionne. Je crois qu’il faut quand même ne pas oublier que Poutine ne fait pas de publicité à usage externe. Ce qui est très important, et là ça fonctionne très bien, c’est de donner aux Russes l’impression que leur pays est capable d’organiser quelque chose, qu’ils sont capables de le gérer, qu’ils sont capables de bien l’organiser et d’en profiter. Donc, dans ce sens-là, oui, à moins qu’il y ait un accident absolument épouvantable d’ici la fin de la Coupe du monde. Mais je le répète, l’intérêt pour Poutine était de montrer à la population : " Vous voyez, depuis je suis président, nous pouvons faire des choses de ce type-là ".
 

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