Polémique sur le recensement voulu par Matteo Salvini: qui sont ces Roms, principale minorité en Italie?

Les Roms, principale minorité ethnique en Italie et en Europe, comme ici en Roumanie
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Les Roms, principale minorité ethnique en Italie et en Europe, comme ici en Roumanie - © DANIEL MIHAILESCU - AFP

Matteo Salvini, ministre italien de l'Intérieur, veut recenser les Roms qui vivent en Italie. L'homme fort du nouveau gouvernement est abonné aux polémiques.

Expulsions d'illégaux, refus d'accueillir les migrants venus par la mer : ses déclarations sont rarement suivies d'effets, mais il entretient ainsi tensions et peurs.

Le ministre occupe l'agenda politique italien avec les thématiques de son parti, la Ligue, d'extrême-droite. Cette omniprésence du ministre de l'Intérieur semble payer électoralement, selon les derniers sondages qui donnent désormais plus de 25% des intentions de vote à la Ligue, contre les 17% de voix obtenus le 4 mars.

"J'ai demandé un rapport sur la situation des Roms, pour savoir qui et combien ils sont" : cette fois, Matteo Salvini propose un recensement de la communauté Rom pour permettre, entre autres, de faciliter les expulsions de ceux de nationalité étrangère en situation irrégulière, puisque selon lui les "Roms italiens, malheureusement, tu dois te les garder à la maison".

Ces déclarations faites lundi à une télévision du nord de la péninsule ont déclenché une vague de critiques, jusqu'au sein de son gouvernement. 

Une idée qui provoque des remous

L'idée d'un recensement des Roms fait réagir : le point sur cette communauté a déjà été fait l'an dernier par l'Institut national italien de statistique, relève l'Association Nation Rom.

L'association 21 juillet qui s'occupe des droits des Roms et des Sinti estime qu'un recensement sur base ethnique serait illégal en Italie. Elle juge aussi que les rares Roms en situation illégale sont apatrides et de ce fait inexpulsables. Et rappelle que les Roms en Italie sont présents depuis au moins un demi-siècle.

Pour les associations juives, cette nouvelle idée de Matteo Salvini rappelle les lois raciales d'il y a à peine 80 ans.

Dans l'opposition, le PD, le parti démocratique de centre-gauche, critique des "nettoyages ethniques" : pour la sénatrice Simona Malpezzi, ce recensement est "seulement la dernière trouvaille au parfum vaguement fasciste".

Et même au sein de la coalition gouvernementale au pouvoir à Rome, le Mouvement 5 Etoiles juge anticonstitutionnel ce recensement.

La presse italienne rapporte mardi l'irritation du président du Conseil Giuseppe Conte, qui aurait téléphoné à Matteo Salvini pour le lui faire savoir. 

Enfin l'Union européenne s'est, une fois n'est pas coutume, immiscée dans la polémique : par la voix du commissaire européen Pierre Moscovici : "Bien qu'interférer dans les affaires intérieures d'un pays, commenter telle ou telle déclaration choquante ou effrayante, peut être une tentation à laquelle il est extrêmement difficile de résister, je résisterai de toutes mes forces. Je dis que la Commission européenne exercera ses pouvoirs avec les règles à sa disposition. Il y a des règles sur les questions économiques et financières mais aussi sur la primauté du droit. Ce sont nos règles communes et doivent être respectées par tous".

Ce tollé a été suivi d'une courbe rentrante de Matteo Salvini qui a précisé qu'il n'y aura pas de catalogage, ni  de prise d'empreintes digitale. Matteo Salvini dit avoir demandé un "dossier sur la question rom en Italie" au ministère de l'intérieur. 

Mais sur Twitter, le ministre revient à la charge en affirmant qu'il pense à ces "pauvres enfants éduqués au vol et à l'illégalité". 

Qui sont les Roms italiens?

En Europe, les Roms sont 10 à 12 millions, ils représentent la plus importante minorité ethnique. Pareil en Italie, où les estimations vont de 90.000 à 180.000.

Originaire de la péninsule indienne, on les désigne sous différents noms, aux connotations plus ou moins péjoratives, désignant les pays d'où ils sont supposés venir : Tziganes, Gitans, Bohémiens, Manouches ou Romanichels.

Certains vivent dans des camps, des bidonvilles en périphérie des grandes villes. Souvent dans des conditions d'hygiène déplorables. 

Comme partout en Europe, ils vivent en marge de la société, et sont discriminés. Partout en Europe, ces minorités rencontrent d'importantes difficultés d'accès à l’éducation, à l’emploi, au logement et aux soins de santé. La moitié des enfants n'ont jamais été scolarisés. Chez les adultes le taux d'analphabétisme dépasse souvent 50%. L’espérance de vie des Roms est inférieure de 8 à 15 ans à celle des populations majoritaires des pays dans lesquels ils vivent.

En 2011, l'Union européenne a adopté un cadre incitant les Etats membres à mettre en œuvre des mesures pour mieux intégrer les Roms car la proportion de jeunes Roms qui n’étudient pas ou ne travaillent pas est croissante : 63% en 2016 contre 56% en 2011.

L'Italie n'a jamais été une bonne élève en la matière : les fonds européens disponibles pour l'intégration des Roms n'ont guère été demandés ou utilisés. 

Gens du voyage

En Italie, on inclut généralement trois catégories dans l’appellation "Rom": les Roms proprement dits, les Sinti et les "Camminanti", que l'on pourrait traduire par gens du voyage. 

Ces derniers sont aussi appelé Siciliens errants. Nomades ou semi-nomades en Sicile, ils sont aussi sédentarisés dans le reste de l'Italie,surtout à Naples, Rome et Milan. Leurs origines sont incertaines (survivants du tremblement de terre qui a détruit la ville sicilienne de Noto au 17ème siècle, descendants d'esclaves affranchis....) et eux-mêmes ne se définissent pas comme Roms.

Ces "Camminanti" sont de moins en moins nomades. Ils  parlent de moins en moins leur dialecte sicilien et leurs traditionnels gagne-pain, vente ambulante, petits métiers, se perdent. Leurs difficultés d'intégration, professionnelle ou scolaire, sont pareilles à celles des autres Roms.

Roms et Sinti

Avec les Camminanti, les Roms et Sinti, forment la plus grande minorité ethnique d'Italie : jusqu'à 150.000. 

La moitié d'entre eux dispose de la citoyenneté italienne. Certains Roms considérés comme autochtones sont présents en Italie depuis le moyen-âge. Ils sont souvent désigné par leur région de résidence : Roms napoletani, Roms pugliesi, Roms calabresi... D'autres sont arrivés plus récemment de pays européens, principalement d'Europe centrale et orientale. On parle souvent d'eux comme "balkaniques" et vivent plutôt dans le nord de l'Italie. Un groupe qui connait une importante croissance sont les Roms roumains.

La proportion qui vit dans des campements était de 12.000 personnes selon le recensement de 2008.
 
Enfin, les Sinti seraient environ 30.000, résidant surtout dans le nord et le centre de la botte. Ils ne se reconnaissent pas comme Roms même s'ils partagent avec eux une origine indienne et sont appelés Manouches en France.

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