Les réfugiés ne sont pas accueillis de la même façon partout en Europe

Des milliers de réfugiés aux portes de l'Europe, ou parfois à l'intérieur de l'Union, comme ici à la gare de l'Est de Budapest en septembre 2015.
Des milliers de réfugiés aux portes de l'Europe, ou parfois à l'intérieur de l'Union, comme ici à la gare de l'Est de Budapest en septembre 2015. - © ATTILA KISBENEDEK - AFP

Les mesures de confiscation des biens des réfugiés envisagées au Danemark et la fermeture de certaines frontières aux migrants relancent le débat sur l'accueil des réfugiés en Europe.

Depuis le début de la vague migratoire, les réfugiés du Proche et du Moyen Orient ou encore d'Afrique sont accueillis de façon contrastée, généreuse en Allemagne, dissuasive en France, plutôt hostile en Europe de l’est et du nord, créant des dissensions dans l'Union et mettant à mal l'espace de libre circulation Schengen. 

Petit tour de cette Europe de l'accueil des réfugiés à deux vitesses.

Frontières fermées et confiscations au Danemark

Une loi autorisant la confiscation des bijoux de valeur et l'argent liquide en possession des réfugiés qui arrivent au Danemark pour couvrir les dépenses liées à leur arrivée pourrait être votée la semaine prochaine au Folketing, le parlement monocaméral du royaume scandinave.

On a parlé de sommes dépassant 400 euros dans une première mouture, puis de 1330 euros, mais aussi de diamants de plus d'un carat ou les bijoux dépassant 1330 euros, à l'exception des biens "de valeur affective particulière" comme les bijoux, médailles ou portraits de famille. Les nationalistes populistes du Dansk Folkeparti (parti populaire danois) qui souhaitaient fixer la limite plus bas ont porté ces mesures avec leurs alliés au gouvernement: Venstre (libéraux), l'Alliance libérale et le Parti populaire conservateur mais aussi avec le principal parti d'opposition, les sociaux-démocrates. 

Cette mesure si elle est votée n'aurait guère d'impact financier mais jouerait un rôle de dissuasion dans le choix du Danemark comme destination d'accueil. 

Elle n'a pas manqué d'attirer les critiques au Danemark, mais aussi en Europe, notamment au Parlement européen qui devrait se pencher dessus lundi prochain, chez Amnesty International qui y voit une "discrimination" aux dépens d'une catégorie de migrants particulièrement fragiles, ayant fui des zones de guerre ou encore au Haut-commissariat des Nations unies aux réfugiés (HCR) qui dénonce une réforme "susceptible d'alimenter la peur et la xénophobie" dans l'ensemble des pays d'accueil des migrants.

Le Danemark compte parmi les Etats de l'Union européenne qui ont reçu en 2015 le plus grand nombre de migrants par habitant. Copenhague estime ne plus être en mesure de financer leur séjour, ni de les intégrer. La presse nationale se fait l'écho de crispations croissantes entre la population et les migrants, à Copenhague comme en province.

Sur fond de plaintes de jeunes femmes rapportant des comportements inopportuns, le Buddy Holly, une discothèque de Sønderborg, près de la frontière allemande, refuse désormais strictement l'entrée aux personnes ne parlant ni anglais, ni danois ni allemand.

Enfin, à Randers, commune de 60 000 habitants, le conseil municipal a rendu obligatoire au menu des cantines la viande de porc, interdite dans l'islam mais très répandue dans la gastronomie locale et dont le Danemark est un producteur de rang mondial.

Hongrie: barbelés et répression armée

La Hongrie du Premier ministre Viktor Orban mène quant à elle une politique ouvertement hostile à l'accueil des migrants depuis le début de la vague migratoire en Europe. Le pays a surtout vu transiter des réfugiés en 2015, quelques centaines de milliers qui n'avaient sans doute aucune envie de rester sur le territoire magyar à moins d'y être forcés.

Au cours de l'été, les autorités de Budapest ont entrepris d'ériger une clôture munie de barbelés à leur frontière sud avec la Serbie, point de passage de la "route des Balkans" reliant le Proche-Orient aux pays d'Europe occidentale.

A l'automne, ces 175 km de grillages ont été complétés le long de la Croatie et Budapest a renforcé son arsenal anti-migrants par une loi pénalisant l'entrée en Hongrie et même la possibilité pour l'armée d'employer des armes à balles en caoutchouc non létales contre les migrants tentant d'entrer illégalement dans le pays.

Des incidents à la frontière serbe ont donné lieu à l'usage par la police anti-émeute hongroise de gaz lacrymogènes et de canons à eau face à des réfugiés tentant d'entrer en Hongrie à Roszke.

Au nom de la lutte contre l"'"impérialisme moral", Viktor Orban a aussi mené la fronde contre l'idée de quotas d'accueil de réfugiés en Europe faisant capoter tout le projet et entraînant avec lui ses partenaires du groupe de Visegrad, Pologne, Slovaquie et République tchèque.

Au delà de la politique d'un gouvernement, on observe que des citoyens prennent souvent l'initiative de venir à l'aide des réfugiés comme on l'a vu pendant les journées de septembre où des milliers de personnes ont été forcées d'attendre un passage vers l'Autriche et l'Allemagne devant la gare de l'Est à Budapest. De simples citoyens ou des organisations non gouvernementales prenaient alors en charge le ravitaillement ou l'encadrement de ces personnes. Chose qu'on a aussi pu voir dans notre pays au parc Maximilien.

Des "red doors" pour les réfugiés en Angleterre?

Mais le Danemark et la Hongrie ne sont pas les seuls pays européens à s'illustrer par ces mesures "dissuasives" contre les migrants. Ainsi au Royaume-uni, à Middlesbrough, dans le nord est de l'Angleterre, des demandeurs d'asile se sont plaints d'être systématiquement logés dans des maisons aux portes rouges. Ce qui les rendraient identifiables et feraient d'eux la cible d'attaques racistes, jets d’œufs et de pierres, dépôts d'excréments et autres graffitis.

Le ministère de l'Intérieur a ordonné une enquête. La société de logement dément toute discrimination liée à la couleur des portes...

Des pressions sur les femmes réfugiées

Les femmes réfugiées sont aussi les cibles de harcèlement sexuel pendant leur exode, selon Amnesty international, qui a recueilli des témoignage d'agression et d'exploitation sexuelles de femmes en Allemagne et en Norvège.

Certaines des femmes interrogées se sont senties "particulièrement menacées dans les zones et camps de transit en Hongrie, en Croatie et en Grèce".

Schengen suspendu

Le problème du retour des contrôles aux frontières à l'intérieur de l'Union européenne menace l'espace Schengen. C'est en tout cas l'avis de l'Allemagne après que la Suède a réinstauré ces contrôles le 4 janvier pour les voyageurs en provenance du Danemark, suivi par ce dernier à ses confins avec l'Allemagne. La Norvège, signataire de Schengen, a aussi suspendu l'accord.

On peut redouter un effet domino, de frontières en frontières sur les routes suivies par les réfugiés, l'Allemagne elle-même commençant à renvoyer quotidiennement des centaines de migrants sur la route les menant en gros de la Méditerranée à la Scandinavie et passant par les Balkans.

Ainsi, l'Autriche a également suspendu temporairement l'ouverture de ses frontières prévu dans l'accord de Schengen ce 20 janvier, en réaction au débat qui agite l'Union sur la répartition de la charge des réfugiés. Ceux arrivant de Slovénie sans avoir droit à l'asile, ceux souhaitant se rendre en Scandinavie ou ceux déjà rejetés par l'Allemagne se voient refuser l'accès en Autriche. On imagine que si les frontières allemandes se fermaient tout à fait, l'effet se fera sentir en Slovénie et en amont.

De l'avis de Donald Tusk, président du Conseil européen, si l'Union ne résout "maîtrise pas" cette crise migratoire dans les deux mois, d'ici mars, c'en est fait de l'espace Schengen.

Pays hors Union européenne, la Macédoine a aussi pris la décision de fermer temporairement ce mercredi sa frontière avec la Grèce, y bloquant plusieurs centaines de migrants. Quelque 600 migrants syriens, afghans et irakiens sont hébergés dans un centre d'accueil côté grec de la frontière macédonienne. Skopje a assuré que cette décision était "temporaire" en raison d'une "panne" sur la voie ferrée.

République tchèque, Slovaquie, Bulgarie: le choc des religions

En septembre, la Bulgarie a aussi déployé des militaires le long de sa frontière de 259 km avec la Turquie dont 30 km sont protégés par une clôture en barbelés qui doit être prolongée.

Dans ce pays, l'Église orthodoxe à laquelle appartient plus de 80% de la population du pays (aux côtés de 13% de musulmans), a aussi appelé le gouvernement à ne plus laisser entrer de migrants musulmans.

Cette prise de position basée sur la religion des nouveaux arrivants se retrouve ailleurs en Europe. Le Premier ministre slovaque, Robert Fico, a déclaré qu'il n'autoriserait pas les musulmans a créer une "communauté compacte" en Slovaquie, avant d'ajouter que l'intégration des réfugiés était "tout simplement impossible". Il a aussi fait "un lien clair" entre les réfugiés rejoignant l'Europe et les attentats de Paris, ainsi que les agressions sexuelles de femmes lors des célébrations du Nouvel An à Cologne, une thématique également exploitée par son voisin et homologue hongrois Viktor Orban et par le président tchèque Milos Zeman.

Ce dernier connu pour ses positions anti-immigrants et ses déclarations sur une "invasion organisée" a encore déclaré dimanche dernier que l'intégration de musulmans dans la société en Europe était "pratiquement impossible". "L'expérience des pays de l'Europe occidentale où il y a des ghettos et des villages exclus prouve que l'intégration de la communauté musulmane est pratiquement impossible". 

"Laissons les vivre leur propre culture dans leur pays et ne l'introduisons pas en Europe, sinon cela va se terminer comme à Cologne". "L'intégration est possible avec des cultures similaires et les similarités peuvent varier", a-t-il ajouté, soulignant que la communauté ukrainienne ou vietnamienne ont pu s'intégrer dans la société tchèque.

Jungle de Calais

Ailleurs en Europe des frontières étanches ou quasiment étanches existent : c'est le cas de liaison sous la Manche entre France et Grande-Bretagne. Résultat, les migrants candidats à l'immigration au Royaume-Uni sont coincés à Calais et à Grande-Synthe à côté de Dunkerque, les pieds dans la boue.

Le camp de la "jungle" de Calais a commencé à être en partie démantelé. C'est le plus grand bidonville d'Europe avec 4000 personnes y attendant l'occasion de passer en Angleterre. Entre 500 et 1200 personnes vivaient dans la zone évacuée. Ces derniers jours, certains se sont repliés sur d'autres secteurs de la jungle, d'autres ont rejoint un nouveau camp de conteneurs chauffés.

A Grande-Synthe, un camp ouvert sur un terrain assaini va être installé, avec 500 tentes chauffées. Il accueillera 2500 personnes.

Plafonner ou pas?

Plus globalement, l'afflux de réfugiés en Europe fait réagir les politiques, comme en France où le Premier ministre Manuel Valls juge que l'arrivée en Europe de plus d'un million de réfugiés est un "choc" : "Bien sûr que c'est un choc. Comment croit-on qu'on puisse absorber plus d'un million de personnes en quelques mois?", déclarait-il à la chaîne suisse RTS.

Face à ce constat, la chancelière allemande Angela Merkel refuse toujours de plafonner le nombre des réfugiés ou de fermer les frontières allemandes, des revendications des alliés bavarois CSU de la chancelière : ils revendiquent de 200 000 migrants par an en Allemagne, où 1,1 million de demandes d'asile ont été enregistrées en 2015. 

L'exemple vient d'ailleurs du voisin autrichien qui veut limiter drastiquement le nombre de réfugiés sur son sol : à 37 500 en 2016, plus de deux fois moins que les 90 000 de l'année dernière.

Cette cacophonie ne fait que s'amplifier avec l'absence de résultat pour l'accord de répartition des réfugiés malgré tous les efforts déployés par les 28 au cours de l'automne 2015. Selon Guy Verhofstadt, président du groupe libéral et démocrate au Parlement, il n'y a eu que "290 réfugiés relocalisés sur 160 000 prévus et 3000 nouveaux migrants arrivant chaque jour aux frontières de la Grèce".

A un point tel que fin septembre, la Commission européenne pointait du doigt pas moins de 19 Etats-membres dont la Belgique, mais aussi la France et l'Allemagne, pour non application ou application incorrecte du système d'asile européen. Cela dit en conclusion, notre pays est loin d'être le pire élève de la classe : 30 000 réfugiés ont été reconnus en 2015. 

Pour en savoir plus sur les réfugiés en Belgique, nous vous proposons le dossier que nous avions réalisé fin septembre 2015 avec la réponse aux questions les plus courantes.

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