Les raisons du bras de fer entre les Etats-Unis et le Venezuela

Pour Obama: le Venezuela au menace comme la Syrie
Pour Obama: le Venezuela au menace comme la Syrie - © FEDERICO PARRA - BELGAIMAGE

Les relations se compliquent encore entre les Etats-Unis et le Venezuela. Le président américain Barack Obama a déclaré cette semaine l'urgence nationale face à "la menace que constitue le Venezuela". En réponse, le président Maduro a demandé des pouvoirs spéciaux à l'Assemblée nationale. Pourquoi les tensions se sont-elles renforcées entre les deux pays ? Quatre questions à Frédéric Lévêque du CNCD, le Centre national de Coopération au Développement.

Quelle est l'origine des tensions actuelles?

Frédéric Lévêque: Les Etats-Unis viennent de décider de sanctionner une série de fonctionnaires de l’Etat vénézuélien, essentiellement des personnes issues des services de renseignement et de sécurité. Il leur est interdit d'entrer sur le territoire américain et leurs comptes ont été gelés. Ce que l'administration Obama leur reproche, c'est leur rôle dans la répression des mouvements d’opposition d’il y a un an. Il y a aussi de récentes déclarations du gouvernement américain contre la détention de certains opposants au Venezuela.

Le Venezuela dénonce l'interventionnisme des Etats-Unis et les accuse de fomenter un coup d'état contre le président Maduro. Ce sont des accusations fondées?

Frédéric Lévêque: En 2002, le gouvernement de George W. Bush a clairement appuyé le coup d’état contre le président Chavez. Cela a fonctionné pendant deux jours et puis le petit peuple est venu remettre Chavez au pouvoir. Donc il existe des éléments, notamment différents documents qui montrent que les Etats-Unis, à travers diverses fondations liées au gouvernement, financent en effet en partie l’opposition vénézuélienne. Donc, ce ne sont pas des accusations en l’air. Et puis on sait que les Etats-Unis aimeraient bien se débarrasser de ce gouvernement gênant; ça c'est un fait. Ceci dit, aujourd'hui, il n'y a pas de preuves claires qu'il y ait une tentative actuelle de coup d'état.

Pourquoi le président Nicolas Maduro agite cette menace maintenant ?

Frédéric Lévêque: Certains opposants pensent que le fait que les Etats-Unis déclarent le Venezuela comme une menace et sanctionnent des fonctionnaires de haut rang, c’est un cadeau à Maduro. A l’approche des élections parlementaires de l’automne et face aux difficultés économiques du pays, il va pouvoir rassembler ses troupes, faire taire les critiques sur sa gestion et désigner un seul ennemi c'est-à-dire les Etats-Unis qui veulent la perte du gouvernement vénézuélien.

Ces relations entre les Etats-Unis et le Venezuela ont toujours été compliquées...

Frédéric Lévêque: Oui, depuis de nombreuses années, il y a des hauts et des bas dans la relation entre le Venezuela et les Etats-Unis. Les présidents Nicolas Maduro et Hugo Chavez avant lui se sont souvent affrontés à la politique des Etats-Unis. Quand Chavez est arrivé au pouvoir en 1999, il a réactivé l’OPEP, l'Organisation des pays exportateurs de pétrole, avec la volonté d’influer sur les prix du pétrole. Ensuite, après les attentats de 2001, le Venezuela a pris clairement position contre la guerre en Afghanistan et puis en Irak. Dans des conflits récents, en Libye, en Syrie, le Venezuela avait une position opposée à celle des Etats-Unis. De plus, dans le cadre du basculement à gauche de l’Amérique latine au début du siècle, le Venezuela a clairement appuyé le processus d’intégration de l’Amérique du Sud. Cela avait pour but de faire contrepoids face aux Etats-Unis qui voulaient imposer une zone de libre échange pour tout le continent.

A.W.

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