Les raids aériens du régime syrien continuent sur la Ghouta orientale, malgré la résolution de trêve

Les raids aériens du régime syrien se poursuivent dimanche dans la Ghouta orientale au lendemain du vote d'une résolution par le Conseil de sécurité de l'ONU réclamant une trêve "sans délai" dans ce fief rebelle assiégé, a indiqué une ONG.

"Les raids ont repris dimanche matin, avec deux frappes contre le secteur de Chifouniya, à la périphérie de Douma", la grande ville de la Ghouta orientale, a précisé l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH).

Depuis dimanche après-midi, de violents combats opposent les forces du régime syrien à des rebelles dans le sud de la Ghouta orientale assiégée, cible depuis une semaine d'une opération militaire meurtrière du régime, a indiqué l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH). 

"De violents combats se déroulent dans le secteur d'Al-Marj, qui est une ligne de front", a précisé le directeur de l'OSDH, Rami Abdel Rahmane. "Ces affrontements sont les plus violents depuis le début du mois", a-t-il souligné.

Mohamed Allouche, un responsable de Jaich al-Islam, a fait état sur son compte Twitter de "tentatives d'assauts" du régime auxquelles les rebelles "résistent".

Les affrontements au sol dans la périphérie de la Ghouta ont tué 13 hommes des forces prorégime, ainsi que six combattants du groupe rebelle Jaich al-Islam, l'un des plus importants du secteur, selon l'OSDH.

Sept jours de frappes aériennes et de tirs d'artillerie dans la Ghouta ont tué 519 civils, dont une centaine d'enfants, selon l'OSDH. Cette zone, dernier bastion rebelle aux portes de Damas, est la cible depuis le 18 février d'une opération militaire d'envergure du régime.

Le Conseil de sécurité a adopté samedi une résolution réclamant "sans délai" un cessez-le-feu humanitaire d'un mois en Syrie pour permettre la livraison d'aide humanitaire et l'évacuation des blessés graves.

Des trêves fragiles qui finissent par voler en éclats

L'aviation et l'artillerie du régime ont pilonné samedi la Ghouta orientale pour le septième jour consécutif, a indiqué l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH), affirmant que l'aviation russe participait aux raids, ce que Moscou a démenti.

Au moins 41 civils dont huit enfants sont morts samedi dans les bombardements, après des frappes nocturnes qui ont provoqué des incendies dans des quartiers résidentiels, a précisé l'ONG.

En sept jours, 519 civils ont été tués, dont 127 enfants, a indiqué à l'AFP le directeur de l'OSDH, Rami Abdel Rahmane.

Par le passé, plusieurs trêves temporaires ont été adoptées en Syrie. Leur entrée en vigueur et leur respect par les belligérants peut parfois prendre du temps, et elles finissent souvent par voler en éclats.

Après l'annonce du Conseil de sécurité, des avions du régime et de son allié russe ont d'ailleurs mené des raids aériens et des tirs d'artillerie sur une localité de la Ghouta, selon l'OSDH.

Deux correspondants de l'AFP dans la Ghouta ont également indiqué que des avions survolaient leur secteur respectif.

Dans cette enclave, l'annonce du Conseil de sécurité laisse de marbre. "On ne peut pas faire confiance ni à la Russie, ni au régime, nous sommes habitués à leur trahison", indique Abou Mazen, un habitant de Douma, grande ville de la Ghouta, réfugié dans un sous-sol.

"Je ne pense pas que cette décision sera appliquée, elle ne sera respectée ni par le régime ni par la Russie", insiste le quinquagénaire. "Plus d'une fois on a entendu ces conditions: l'entrée des aides et l'arrêt des bombardements, car on est une zone de désescalade, mais tous les jours l'aviation frappait et tous les jours il y avait des morts".

Cette nouvelle campagne aérienne dévastatrice a été lancée le 18 février par le régime en prélude à une offensive terrestre pour reprendre ce dernier fief contrôlé par les rebelles aux portes de Damas.

Ces deux dernières semaines, aucun membre du Conseil de sécurité n'avait pris d'initiative pour tenter de mettre un terme à l'"enfer sur Terre", selon les termes du patron de l'ONU, Antonio Guterres.

La pression internationale tardive n'est réellement intervenue que dans les dernières 48 heures.

En représailles aux raids, les rebelles tirent roquettes et obus sur Damas, faisant une vingtaine de morts depuis le 18 février, et six blessés samedi, selon les médias officiels.

Même scénario

Le scénario dans la Ghouta s'était déjà déroulé dans plusieurs fiefs rebelles, dont Alep en 2016, écrasée par des bombardements et un siège pour forcer les insurgés à déposer les armes.

Les principaux groupes rebelles contrôlant la Ghouta orientale, Jaich al-Islam et Faylaq al-Rahmane, ont rejeté toute évacuation de civils et de combattants.

Cette campagne militaire utilisant bombes, barils d'explosifs et obus est d'une rare intensité, même pour un pays ravagé depuis 2011 par une guerre qui a fait plus de 340.000 morts.

Le représentant syrien à l'ONU, Bachar Jaafari, a réitéré jeudi la position du régime, déterminé à reprendre coûte que coûte l'ensemble du pays. "Oui, la Ghouta orientale deviendra un nouvel Alep", a-t-il martelé.

Déclenché en 2011 par la répression de manifestations pacifiques pro-démocratie, le conflit qui a opposé au départ les rebelles au régime, s'est complexifié avec l'implication de groupes jihadistes et de puissances étrangères.

Grâce à l'appui militaire de Moscou, le régime a repris le contrôle de plus de la moitié du territoire.

Visionnez ce reportage de Vews, diffusé juste avant que la trêve ne soit adoptée, dépeignant la situation des civils dans la Ghouta orientale :

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