De la poudre de lait pour dénoncer la volatilité des prix sur le marché

A l'occasion de la réunion du Conseil européen des ministres de l'Agriculture ce 23 janvier ,les producteurs de lait sont une nouvelle fois descendus dans la rue. Ils réitèrent leur demande de la mise en place d'un instrument permanent de gestion de crise dans le secteur laitier et dénonçant revente du lait en poudre stocké par l'UE, entraînant une possible chute des prix du marché.

La menace du lait en poudre

Le secteur laitier doit toujours faire face à des prix trop faibles par rapport aux coûts de production, et est face à un nouveau problème : le stockage du lait en poudre, qui pourrait être revendu lorsque les prix du marché augmentent. Des stocks de lait en poudre subsidiés par la Commission européenne, lors de la précédente crise du lait, qui s'apprêtent à être revendus sur le marché.  Déjà fragilisé par la suppression des quotas laitiers par l'UE en mars 2015, le secteur subit une pression de plus en plus forte.

Erwin Schopges, un des représentants des producteurs laitiers européens, nous explique le noeud du problème au micro de Sébastien Georis: "Il faut savoir que l'Europe, l'année passé, a fait un stockage, une intervention avec de l'argent public, de quatre milliards de litre de lait en poudre. Et le grand danger aujourd'hui que l'on a est qu'ils vont remettre ce lait en poudre sur le marché et ça va avoir une influence sur le prix du lait qui va chuter."

A chaque fois que l'Europe met des mesures en place, elle s'arrête à la moitié du chemin

"On veut que l'Europe mette des mesures de crise en place. A l'automne 2015, les producteurs laitiers ont volontairement diminué leur production de lait d'un milliard de litres, mais là il nous manque une mesure de crise, c'est-à-dire un plafonnement de la production. Parce que ça ne sert à rien qu'on baisse notre production si le voisin, lui, l'augmente. A chaque fois que l'Europe met des mesures en place, elle s'arrête à la moitié du chemin."

Guy Francq, président du MIG, le groupement des producteurs de lait, rajoute: "Les gros producteurs ont encore la possibilité de produire plus. Ce système là va encore nous faire replonger ans des des prix qui ne seront pas corrects. La production laitière doit rester liée à une régulation de la production." Avec un prix au litre d'un peu plus de 32 cents au litre, les coûts de production sont tout juste couverts, mais cela reste insuffisant pour un salaire pour l'agriculteur.

Interpellé par un agriculteur ("Votre solution, c'est la solution de l'Europe de se faire de l'argent sur le dos des agriculteurs"), Willy Borsus, ministre fédéral de l'Agriculture, tente de les rassurer: "Nous allons ramener des stocks sur le marché, très progressivement, et à un prix assez élevé de sorte qu'il n'y ait pas de conséquences qui vont perturber le marché."

De son côté, le ministre wallon de l'AgricultureRené Collin, a rappelé son souhait d'une mise en place d'un "mécanisme structurel de régulation" qui fonctionnerait lorsqu'apparaît "un déficit flagrant entre l'offre et la demande". Il a également regretté "l'aveuglement" de la Commission européenne depuis deux ans "qui, naïvement, a fait confiance au marché".

Le Conseil européen "empoudré"

Une cinquantaine de personnes, avec une dizaine de tracteurs, sont arrivés vers 10h30 ce matin devant le bâtiment du Conseil européen, place Schuman. Ils venaient des quatre coins d'Europe pour cette manifestation organisée par l'European Milk Board et soutenue en Belgique par le MIG, la communauté des producteurs de lait, et la FUGEA, la fédération unie des groupements d'éleveurs et agriculteurs. Ils  étaient accompagnés de membres des ONG SOS Faim et Oxfam qui entendaient dénoncer les exportations de lait en poudre européen vers l'Afrique. Une situation "inacceptable", qualifiée de "véritable dumping", qui fait disparaître de nombreux petits producteurs locaux, notamment en Afrique de l'ouest, ont déploré ces ONG.

Ils ont ainsi envoyé une tonne de poudre de lait vers le bâtiment du Conseil, en signe de protestation. "La poudre de lait, c'est volatile, comme le marché du lait" explique Philippe Duvivier, président de la FUGEA, blanc de la tête au pied.

Nuage de lait en poudre devant le Conseil de l'Union

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