Les origines de Kamala Harris seront-elles un avantage pour Joe Biden en vue de la présidentielle ?

Kamala Harris pourrait donc bien devenir la première femme vice-présidente des États-Unis. Pour y arriver, elle et Joe Biden, devront battre le duo républicain sortant formé par Donald Trump et Mike Pence. Kamala Harris est en tout cas, la première femme noire colistière dans l’histoire des Etats-Unis.

Or, on connaît toute l’importance de l’origine ethnique ou raciale dans la politique américaine. Des thèmes souvent au cœur des discussions et des questionnements de la société américaine. Aujourd’hui, Joe Biden a donc porté son choix sur une femme noire, ce qui ne sera pas forcément l’argument qui fera pencher la balance en faveur du duo démocrate mais il pourrait y contribuer.

L'importance des origines différentes entre colistiers

Pour comprendre l’importance des origines d’un candidat ou d’une candidate, il faut saisir les raisons qui poussent un candidat à la présidence à choisir tel ou tel profil. "Souvent le choix du candidat à la vice-présidence, doit servir à élargir la base électorale du prétendant à la maison blanche. Le colistier joue en quelque sorte le rôle de rabatteur de votes. Quand le candidat est âgé, il va prendre un ou une jeune. Quand il est blanc, il prendra un ou une personne issue d’une minorité. Quand c’est un homme, ce sera une femme et quand il vient du nord des États-Unis ce sera quelqu’un du sud, même logique avec l’est et l’ouest. Le but est vraiment de s’adresser à un maximum d’électeurs potentiels, même au sein du camp adverse. Pour résumer, les candidats à la présidence élargissent leur électorat avec des vice-présidents très différents de ce qu’ils sont eux-mêmes", explique Jean-Éric Branaa, spécialiste des États-Unis à l’université Paris 2. La probabilité était donc grande pour que Joe Biden fasse le choix d’une candidate aux origines différentes. Restait à savoir lesquelles.


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© Ethan Miller Getty Images

Un choix logique ?

Kamala Harris est la fille d’un immigré jamaïcain, Donald Harris, chercheur et professeur d’économie à la prestigieuse université de Stanford en Californie. Sa mère, Shyamala Gopalan, était pour sa part chercheuse en cancérologie et originaire d’Inde.

Le choix de Joe Biden de faire appel à elle, pourrait et devrait donc attirer le vote des Afro-américains, très importants aux États-Unis. Or, les précédentes élections ont déjà prouvé que le vote afro-américain était en grande majorité acquis à la cause du parti démocrate. "En 2016, les Afro-américains n’ont voté qu’à 8% en faveur de Donald Trump", explique Jean-Eric Branaa.

Mais pour François Durpaire, historien spécialiste des États-Unis, la nécessité de remporter le vote des Afro-américains ne se pose pas en termes de pourcentage des votes acquis mais bien en termes de mobilisation des électeurs : "Il faut que les noirs se déplacent massivement pour faire gagner Joe Biden. Ça avait été le cas en 2008 pour Barack Obama mais pas en 2016 pour Hillary Clinton. D’autant plus que la mobilisation électorale des Afros-américains joue un poids déterminant dans des États stratégiquement importants pour les démocrates". Autre preuve des tentatives de séduction des électeurs afro-américains par Joe Biden, c’est qu’en cas d’élection, le candidat démocrate a promis qu’il nommerait une femme noire comme juge à la Cour suprême s’il en a la possibilité de le faire.

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Les hispaniques oubliés ?

Si le vote des Afros-américains est crucial, celui de la communauté hispanique l’est tout autant. "D’autant plus qu’actuellement, la démographie nous indique que les hispaniques sont la minorité qui est la plus à même de faire pencher cette élection. En effet, ils sont déjà majoritaires dans de grands États comme récemment au Texas, dans l’Arizona et ils sont en passe de l’être dans d’autres comme la Floride. Joe Biden aurait donc pu aussi se tourner vers une candidate hispanique à la vice-présidence", estime Jean-Éric Branaa.


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Malgré son importance croissante aux États-Unis, il semble que la communauté hispanique ne se mobilise pas autant pour aller voter que la communauté afro-américaine. "C’est encore plus le cas dans les grands États importants électoralement. Est-ce que ça veut dire que leur vote a moins d’importance ? Pas du tout. Des efforts seront d’ailleurs probablement réalisés par le duo Biden-Harris pour séduire cette communauté", affirme François Durpaire.

Kamala Harris a donc des origines jamaïcaines de par son père mais elle possède aussi des origines indiennes du côté de sa mère, ce qui peut-être un argument supplémentaire pour attirer les électeurs de toutes les minorités. C’est l’avis de l’historien François Durpaire : "Kamala Harris n’est pas une Afro-Américaine au sens strict du terme. De par les origines de ses parents, elle est issue de cette Amérique que certains sociologues appellent l’Amérique "brown" (traduction : beige) et non pas cette Amérique en noir et blanc. Elle appartient donc à cette Amérique métissée qui séduit aussi beaucoup les latinos ainsi que d’autres communautés".

Ne pas se concentrer que sur les origines

Le vote des minorités est important dans la course à la présidence mais comme l’explique François Durpaire, le candidat qui modifierait son discours ou son dispositif pour plaire à toutes les minorités ne pourrait sans doute pas l’emporter. "Il ne s’agit pas d’additionner les communautés comme on pourrait le penser. Un dispositif électoral qui différencierait les minorités, serait moins efficace qu’un dispositif qui s’adresse à tous les Américains. Un dispositif comme celui-là se donne plus de chance de réussir", estime l’historien.

Au moment de présenter sa colistière, Joe Biden ne tarissait pas d’éloge pour la sénatrice de Californie : "Kamala, comme vous le savez tous, est intelligente, elle est robuste, elle a de l’expérience. Elle est une combattante reconnue. Kamala sait gouverner, elle sait comment faire passer les messages difficiles. Elle est prête à faire ce travail (vice-présidente) dès le premier jour". Des qualités qui, si elles se confirment, restent les meilleurs atouts pour Kamala Harris en vue de mener son duo avec Joe Biden à la victoire en novembre.

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