Rapport du GIEC sur le climat: la fonte de la calotte de l'Antarctique serait catastrophique pour toute la planète

Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, le GIEC, publie aujourd’hui son rapport sur les océans et la glace. Le précédent datait de 2013. Depuis, les données ont évidemment évolué. Ce rapport de 900 pages réactualise les données. Car, confirme Xavier Fettweis, climatologue à l’ULG, le précédent rapport était trop optimiste.

Et le constat est alarmant. "Depuis 2013, les modèles du climat se sont améliorés, on a beaucoup plus d’observations qu’il y a six ou sept ans. Il y aura quasi un facteur deux avec le nouveau rapport. On va vraiment vers une hausse du niveau des mers significative. Tous les modèles du climat qui avaient été utilisés par le GIEC en 2013 sous-estimaient la fonte de la biosphère."

L’un des points importants du rapport de 900 pages concerne l’Antarctique. Lors du dernier rapport en 2013, le continent blanc était plutôt préservé. Aujourd’hui, selon les nouvelles données, ce n’est plus le cas, remarque Xavier Fettweis. Le trou de la couche d’ozone avait renforcé le vortex polaire, et protégé l’Antarctique du réchauffement climatique. "Or on observe depuis quelques années que le trou de la couche d’ozone est en train de se résorber et que l’Antarctique subir de plein fouet le réchauffement climatique, et notamment les eaux chaudes que la circulation océanique empêchait d’atteindre l’Antarctique. Ces eaux chaudes sont maintenant arrivées au niveau de l’Antarctique, qui est en train de fondre par en dessous." Ce qui, selon le scientifique, pourrait générer des grosses catastrophes si une partie de la calotte de l’Antarctique se séparait ou " tombait " dans l’océan.

Un niveau des mers en hausse exponentielle

Un exemple est celui du Glacier Thwaites, qui était "bloqué" et qui n’avançait pas depuis quelques années. Puis ces dernières années, ce glacier s’est fortement accéléré et on a montré que le glacier est en train de fondre en partie par en dessous. "On a également montré qu’il y a de grandes plateformes de glace en Antarctique qui bloquaient les glaciers. Ces plateformes de glace sont en train de se disloquer, et jouent un rôle de bouchon. Si ces plateformes de glace s’enlèvent, les glaciers pourront alors s’écouler beaucoup plus vite vers l’Antarctique. Ce qui mène donc à des hausses du niveau des mers exponentielles par rapport à ce qui avait été prévu il y a une dizaine d’années."

Le risque pour la Belgique

On croit que cette déstabilisation au niveau de l’Antarctique ne concerne que cette région bien lointaine, mais la modification rapide du climat pourrait avoir des impacts sur tout le globe. Des calottes glaciaires aux glaciers, en passant par la banquise et le permafrost, les zones gelées de la planète ne sont pas non plus épargnées par les impacts ravageurs du réchauffement.

La montée des eaux liée au rétrécissement des calottes de l’Antarctique et du Groenland va menacer de nombreuses régions côtières, des petits Etats insulaires aux grandes métropoles comme New York ou Shanghai, en passant par les deltas du Gange ou du Mékong. Avec ou sans mesures d’adaptation (constructions de digues…), le déplacement de certaines communautés pourrait être, à terme, inéluctable, même si le monde parvient à limiter le réchauffement à +2 °C par rapport à l’ère préindustrielle, objectif minimum de l’accord de Paris.

Il y aura aussi un impact sur la Belgique, explique Xavier Fettweis. Car la nouveauté du rapport est précisément d’abord les situations locales : "Lorsque la glace fond, elle ne se répartit pas de manière uniforme sur Terre. Pour une question de gravité terrestre, elle se dirige de l’autre côté du globe. Lorsque les eaux de l’Antarctique fondent, elles se rendent dans l’hémisphère nord, et inversement les eaux du Groenland prennent le chemin de l’hémisphère sud"Ça veut alors dire que chez nous on est beaucoup plus sensible à la fonte de l’Antarctique que du Groenland, et effectivement si l’Antarctique commence à fondre de manière significative, cette eau-là va arriver chez nous".

Un sommet sans impulsion

Malgré le plaidoyer illustré par la colère de la jeune militante suédoise Greta Thunberg, invitée à la tribune des Nations unies, le sommet climat n’a pas suscité l’impulsion recherchée par les défenseurs du climat. "Des millions de personnes dans les rues vendredi ont montré clairement qu’ils n’accepteraient plus l’apathie, les excuses et l’inaction des dirigeants mondiaux, faibles et incapables de résister au pouvoir de l’industrie des énergies fossiles", a commenté Jennifer Morgan, directrice de Greenpeace International.

Certains espèrent malgré tout que le nouveau rapport spécial des experts climat de l’ONU soit un moteur pour agir.

"Les gouvernements doivent savoir que les promesses qu’ils transforment en actions peuvent vraiment faire une différence. Ça peut être un investissement pour l’avenir", a déclaré à l’AFP Stephen Cornelius, de WWF, qui participait comme observateur à la session du Giec à Monaco.

Greta Thunberg arrive à la conférence sur les océans (images Quentin Warlop - RTBF)

Un monde à +3 °C

Aujourd’hui, avec seulement +1 °C de réchauffement, les impacts se font déjà lourdement sentir, des tempêtes aux inondations, en passant par les sécheresses et les canicules meurtrières.

Les engagements actuels des Etats à réduire leurs émissions de CO2, s’ils étaient respectés, conduiraient à un monde à +3 °C. Face à ce dérèglement climatique, les océans peuvent offrir des solutions, notamment par le développement des énergies marines renouvelables.

Selon un rapport publié cette semaine par le Groupe de haut niveau pour une économie marine durable, qui rassemble des Etats comme l’Australie ou le Chili, l’action climatique basée sur l’océan pourrait permettre jusqu’à un cinquième des réductions d’émissions de CO2 nécessaires d’ici 2050 pour limiter le réchauffement à +1,5 °C.

"Associé aux réductions d’émissions liées aux activités sur terre, cela montre que les actions pour le climat basées sur l’océan pourraient fournir une bouée de sauvetage pour les économies, les ressources alimentaires, les communautés côtières et la vie marine en première ligne face aux impacts climatiques", a commenté la Première ministre norvégienne Erna Solberg, coprésidente du Groupe.

Un rapport sombre donc, mais qui laisse place à 'un peu' d’espoir. Si les Etats réagissent à temps. Le rapport du GIEC a été adopté à Monaco par 195 États, sauf l’Arabie saoudite, et il sera présenté aujourd’hui à l’ULB par des scientifiques.

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