Les nominations à la tête de l'UE: le prochain épisode de "Game of Thrones". Charles Michel en pôle?

Les nominations à la tête de l'UE : le prochain épisode de " Game of Thrones ". Charles Michel en pôle?
Les nominations à la tête de l'UE : le prochain épisode de " Game of Thrones ". Charles Michel en pôle? - © JOHN THYS - AFP

Un dîner informel entre chefs d’Etats et de gouvernement, ce soir à 18 heures à Bruxelles. A priori, rien d’extraordinaire. Si ce n’est que deux jours après les élections européennes, des tractations vont commencer pour désigner les nouveaux dirigeants des institutions européennes. Les chefs d’Etat et au Parlement européen sont engagés dans une lutte de pouvoir à l’issue incertaine.

Emmanuel Macron veut bousculer le mode de désignation des cinq grands postes européens, dont celui, primordial, de président de la Commission européenne. Il refuse ainsi le candidat allemand désigné par les partis membres du PPE (droite), l'Allemand Manfred Weber, auquel Angela Merkel a renouvelé aujourd'hui "naturellement" son soutien. 

A son arrivée à Bruxelles, il n'a ainsi pas cité son nom lorsqu'il a évoqué le profil de dirigeants ayant "l'expérience et la crédibilité" pour succéder à Jean-Claude Juncker. Il a en revanche souligné que la Danoise Margrethe Vestager (la commissaire européenne à la Concurrence), le Français Michel Barnier (chargé du Brexit) et le Néerlandais Frans Timmermans (vice-président de la Commission) en avaient la capacité. Et d'après l'hebdomadaire Le Point: "Emmanuel Macron serait le meilleur vendeur de Charles Michel (...). La Belgique est un petit pays, mais il fait partie des fondateurs de l'Europe. Et c'est avec cette carte que Charles Michel peut tenter sa chance soit pour remplacer le Polononais Donald Tusk à la tête du Conseil européen, soit pour succéder à Jean-Claude Juncker à la tête de la Commission". 

Manfred Weber avait été jugé lundi "totalement disqualifié" par le numéro deux de la liste Renaissance, Pascal Canfin, dont les propos ont suscité des réactions en Allemagne. Emmanuel Macron a cependant insisté que le dîner ne porte pas sur "un débat sur les noms mais sur les projets, les priorités et les critères" de nomination. Avec, comme objectif, de s'entendre à 28 d'ici au sommet européen de la fin juin.

Cinq postes et Game of Thrones en vue à l'Europe

« Game of Thrones va commencer pour désigner qui va obtenir telle fonction », a commenté dimanche soir un des prétendants à la présidence de la Commission européenne, le Néerlandais Frans Timmermans, chef de file des Socialistes. La référence est de mauvais augure, car la série télévisée est un récit de trahisons, de complots et de massacres dont le surprenant dénouement a déçu les fans. Les positions affichées avant le sommet pourraient lui donner raison.

La droite pro-européenne du Parti Populaire Européen (PPE) revendique la présidence de l’exécutif bruxellois pour son prétendant, le Bavarois Manfred Weber. « Nous avons gagné les élections et ce sera le 'Spitzenkandidat' (chef de file, ndlr) du PPE, Manfred Weber, (qui sera) président de la Commission », a soutenu dès dimanche soir Joseph Daul, le président du PPE, lors de la soirée électorale.

Le PPE a réuni ses instances et sept des huit chefs d’Etat et de gouvernement de la famille pour afficher son soutien à Weber, avant le sommet extraordinaire. « Manfred Weber est en position de leader et nous l’aiderons à obtenir une majorité au Parlement européen », a annoncé lundi la présidente du parti conservateur allemand CDU, Annegret Kramp-Karrenbauer. Le président du Conseil, le Polonais Donald Tusk, va lancer ces consultations au cours d’un sommet extraordinaire organisé pour tirer les leçons des élections européennes. Il aura moins d’un mois pour trouver un accord avec le Parlement avant le sommet des 20 et 21 juin.

Eviter une crise

Mais le PPE est affaibli. Il a perdu 40 sièges, dont 29 abandonnés par la CDU-CSU, et le chancelier autrichien Sebastian Kurz a été renversé lundi. Suspendu par le parti, le huitième dirigeant, le Hongrois Viktor Orban, est pour sa part hostile à la désignation de Manfred Weber. Plusieurs dirigeants vont tenter de convaincre le PPE de renoncer à son candidat pour éviter une crise. Le Français Emmanuel Macron mène la rébellion, mais il est lui aussi sorti affaibli de l’élection européenne. « Macron a perdu son combat contre Marine Le Pen », ont commenté plusieurs responsables du PPE, interrogés par l’AFP sur cette opposition.

Emmanuel Macron compte sur les soutiens des huit chefs d’Etat et de gouvernement de la famille libérale et il va chercher l’appui des cinq dirigeants socialistes. Leur chef de file est le Premier ministre espagnol Pedro Sanchez. Il a été reçu à dîner lundi soir à Paris par Emmanuel Macron et il s’entretiendra mardi avec Angela Merkel avant le sommet européen. « Un certain nombre de chefs d’Etat vont chercher à torpiller un spitzenkandidat, mais pas le système des spitzenkandidat », a confié un haut responsable européen. Un vote au conseil est en revanche exclu. « Vous n’allez pas faire voter la France contre l’Allemagne. Ce serait un signe de crise », a-t-il expliqué.

376 sièges au moins pour remplacer Juncker

Le Parlement européen se prépare lui aussi à la confrontation. Grands vainqueurs des élections européennes, les Libéraux et les Verts contestent l’automaticité de la désignation du candidat du groupe le plus fort. Mais ils ne veulent pas se faire imposer un candidat choisi par les dirigeants européens.

Pour former une majorité, la nouvelle coalition au Parlement européen doit obtenir au moins 376 sièges. Or, cette majorité est impossible sans le PPE. Les chances de Frans Timmermans et de la candidate des libéraux, la Danoise Margrethe Vestager, sont donc nulles si le PPE maintient Manfred Weber. S’il se retirait, un accord serait nécessaire entre les socialistes et les libéraux pour faire élire un de leurs champions. « Mais aucune alliance n’a été conclue entre libéraux et socialistes », remarquent les dirigeants du PPE.

Cinq changements au sein de l’Union

Cinq institutions de l’UE vont changer de têtes au cours des prochains mois : le Parlement début juillet, la Commission, le Haut Représentant pour la diplomatie et la Banque Centrale Européenne en novembre, le Conseil début décembre. « Une négociation va s’ouvrir pour la répartition des postes et au final, si tout le monde est satisfait, alors l’accord sera fait », a assuré à l’AFP un dirigeant du PPE.

 

 

 

Débat entre les candidats à la présidence de la Commission européenne (15/05/2019)

A la veille des élections européennes, les six candidats se sont affrontés lors d’un débat organisé au Parlement européen. Sur le plateau, on retrouve l’Allemand Manfred Weber, le Néerlandais Frans Timmermans, le Tchèque Jan Zahradil, la Danoise Margrethe Vestager, l’Allemande Ska Keller pour les Verts et le Belge Nico Cué.

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