Les murs de Rabat prennent vie avec le street art, "une manière de voir la ville autrement"

Fresque d'Iramo Samir
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Fresque d'Iramo Samir - © Sonia Bouidi

Ils viennent du Pérou de Grèce de France et du Japon pour peindre sur les murs de Rabat. Au Maroc, pour la 4ème année consécutive, le festival Jidar milite pour faire de la capitale l’un des carrefours en matière d’art urbain. Au point qu’aujourd’hui la ville est une référence africaine et internationale en la matière : l’année dernière le Maroc été référencé par le très pointu site Artsy , qui recense les capitales mondiales d’art urbain.

Pour les organisateurs, il s’agit aussi d’offrir aux milieux populaires, un accès à l’art et à la culture au cœur de leur ville. A l’entrée de Rabat, quartier Hay Al Fath, d'inspiration maya aux accents futuristes trône la fresque monumentale du mexicain  David Rocha réalisée il y a un an. Peu à peu la capitale marocaine prend des couleurs.

Rabat compte à ce jour une trentaine de fresques réalisées par des artistes internationaux. C’est le résultat du travail acharné des équipes du festival Jidar, depuis 2015. 

La force du festival : sa programmation pointue et ses artistes mondialement réputés. Non loin du centre-ville, quartier des Orangers à Rabat. L’artiste japonaise Mina Hamada, avec à son actif plus d’une centaine de fresques dans les villes du monde entier signe sa première œuvre au Maroc. Pour la jeune artiste marocaine Ghizlaine Aguzenai, figurer aux cotés de références de l’art urbain international est une opportunité inespérée de percer dans l’univers confiné du street art mondial. Cette année elle a pu réaliser sa première fresque murale sur l’une des façades du Musée Mohamed VI d’Art Moderne de Rabat, en un plein centre-ville de la capitale. "C’est une chance pour nous de pouvoir côtoyer ces grands artistes internationaux. Et cette expérience va me permettre de postuler à d’autres festivals de street art et de me faire connaitre. C’est une super vitrine !"

Des vocations artistiques et repenser l’urbanisme

Foulard vissé sur la tête, Wiam, étudiante de 5ème année à l’école nationale d’architecture est bénévole depuis les débuts du festival. Pour elle le street art permettra de casser les codes de l’urbanisme classique au Maroc. "Avant, ici, on voyait le Street art comme du vandalisme alors que non, c’est une manière de voir la ville autrement, on est les étudiants d’aujourd’hui et les architectes de demain, et on pourra changer les mentalités, vis-à-vis du Street art, vis-à-vis de l’architecture, et de l’espace urbain".

Démocratiser la culture, l’art dans la rue

Faire son entrée dans l’urbanisme moderne mais aussi donner à voir du beau, et pour tous. Hicham Bahou, co-directeur du festival, en a l’intime conviction : la rue est la garantie de l’accès égal à la culture, à l’heure ou le Maroc souffre grandement de son absence de politique culturelle. "Les hommes les femmes, les riches les pauvres, tout le monde peut avoir accès à ces œuvres. C’est pour cela que l’un de nos objectifs est d’aider à l’émergence d’une scène locale que des bédéistes, graphistes, illustrateurs se mettent à l’art urbain".

Le visage ridé peint par l’artiste Samir Rhamo, trône dans le quartier populaire de Moulay Yacoub, depuis quelques semaines. La fresque a effacé les tags injurieux. Hasna, mère de famille l’espère "maintenant, je crois que les gens vont respecter ce mur, ils vont l’aimer, les enfants de ce quartier vont peut-être essayer eux même de faire des dessins, et de respecter leur environnement. C’est vrai, ce qu’on voit, cela fait du bien à l’intérieur des gens". Mettre l’art au cœur du quartier, Jidar et ses " Toiles de Rue " entend amorcer de créer du lien social entre les Marocains.

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