Les moments marquants du débat entre Emmanuel Macron et Marine Le Pen

Pendant deux heures et demi, les deux candidats au deuxième tour de l'élection présidentielle française ont pu défendre leur programme pour la France. Le débat a été mouvementé, parfois brutal. Voici une sélection des moments les plus marquants de cet affrontement.

Des attaques dès le début

Le débat a démarré sur les chapeaux de roue tant Marine Le Pen a été rapide pour lancer sa première pique à son adversaire Emmanuel Macron.

En effet, alors que les journalistes demandaient aux candidats d'expliquer en préambule leur état d'esprit avant le second tour, Marine Le Pen n'a pas hésité à s'en prendre directement à Emmanuel Macron. "Le choix politique que les français vont devoir faire s’éclaire!, s'est réjouie la candidate FN. Monsieur Macron est le candidat de la mondialisation sauvage, de l’ubérisation, de la précarité, de la brutalité sociale, du saccage économique de nos grands groupes, du communautarisme… Face à cela, je suis la candidate du peuple, de la France telle que nous l’aimons, de sa culture, de la nation qui protège nos emplois, nos frontières…"

La candidate estime que les Français ont pu "découvrir le vrai Macron" lors de cette campagne du second tour. "La bienveillance a fait place à la médisance, la stratégie marketing a été reprise en main par le PS, et le sourire étudié se transforme en rictus au fur et à mesure des meetings, enchaîne Marine Le Pen. L’enfant chéri du système et des élites a tombé le masque, c’est bien! On a vu les choix cyniques que vous avez faits lors de ce second tour qui révèlent la froideur du banquier d’affaire que vous n’avez probablement jamais cessé d’être. Cette période de clarification a été profondément utile aux Français". 

Emmanuel Macron a réagi aux propos de son adversaire en disant ne pas vouloir entrer dans ce jeu d'invectives "car cela ne m'intéresse pas".

"Ce que vous portez c'est l’esprit de défaite quand vous dites aux français que c’est trop dur la mondialisation, l’Europe, et donc qu’on va fermer les frontières et sortir de l’Europe et de l’euro, répond Emmanuel Macron. C’est l’esprit de défaite dans la lutte contre le terrorisme. Cette lutte, toutes les démocraties doivent la mener. Vous dites non, on va fermer les frontières, comme si ça réglait le problème. Face à cet esprit de défaire, je porte l’esprit de conquête français. Parce que la France a toujours réussi : sa langue est parlée dans plusieurs continents, son histoire, sa civilisation, ce qui fait sa force, c’est le fait qu’elle rayonne partout. Il y a énormément de changements à faire, et c’est ceux-là que je veux conduire pour que cet esprit de conquête triomphe. C’est ça la France que je veux, la France qui nous ressemble, pas la votre". 

Cette stratégie d'attaque, Marine Le Pen l'a adoptée durant l'ensemble du débat face à un Emmanuel Macron plus concentré sur son propre programme. Elle a d'ailleurs utilisé les trois minutes qui lui étaient accordées en guise de conclusion à attaquer Emmanuel Macron et son programme, ce que ce dernier n'a pas hésité à relever.

Bras de fer au sujet du chômage

Les deux candidats sont d'accord pour dire que le chômage en augmentation est un des gros problèmes de la France. "Le problème de la France depuis 30 ans, c’est le taux de chômage", déclarait d'ailleurs Emmanuel Macron. Commet y remédier? C'est là que les versions divergent.

"Nous sommes dans le chômage de masse depuis 30 ans, nous sommes le seul pays d’Europe qui n’a pas réussi à changer cela, explique le candidat de "En Marche!". Face à cela, il faut donner, en particulier à nos PME, des possibilités de créer d’avantage d’emplois". Emmanuel Macron propose notamment un "droit à l’erreur" pour tous les acteurs économiques "dès cet été".

"Quand l’administration contrôle, elle ne doit pas sanctionner directement. Elle doit expliquer pour corriger, explique-t-il. Ensuite, je voudrais supprimer le RSI pour les commerçants et les artisans, c’est fondamental pour pouvoir croître et embaucher".

Le candidat réclame "un droit du travail qui n’est pas déterminé pour tout, dans tous les secteurs, dans une loi qui est devenue trop rigide".

"Il faut pouvoir se référer à des accords majoritaires d’entreprises ou de branches. Cela veut dire qu’une entreprise qui peut négocier un accord majoritaire qui permet de s’organiser différemment pourra faire beaucoup mieux face au risque économique et la concurrence qu'aujourd’hui. A cette réforme, j'accole une réforme de l’assurance chômage et de la formation professionnelle pour qu’on protège les gens au milieu de ces changements".

Face à cette série de propositions, Marine Le Pen rappelle qu’Emmanuel Macron a été membre du gouvernement de François Hollande et qu’il a été son conseiller financier.

"Pourquoi n’avez-vous pas fait profiter Monsieur Hollande de vos recettes?, demande-t-elle. Vous avez eu les mains libres pour mettre en œuvre cette politique qui a été catastrophique".

La candidate en profite alors pour attaquer son adversaire sur sa proximité avec "les grands groupes". "Tout ce qui vise à donner un avantage dans la commande publique à nos entreprises françaises, vous êtes contre parce qu’il faut se soumettre aux exigences de l’UE, à la concurrence internationale déloyale. Vous défendez des intérêts privés, mais le problème c’est que derrière il y a de la casse", explique Marine Le Pen en faisant allusion aux ouvriers de Whirlpool à Amiens qui voient leur usine être délocalisée en Pologne.

Le dossier Whirlpool a d'ailleurs donné lieu à une passe d'armes entre les deux candidats lors du débat. Alors qu'elle lui reproche d'être "aux mains de l'Europe" et de faire le jeu des grands groupes face aux PME, Emmanuel Macron a mis en évidence "le manque de connaissance" des dossiers industriels de Marine Le Pen alors qu'elle confondait SFR et General Electrics.

"Vous n’avez pas de stratégie pour lutter contre le chômage en France, lui répond Emmanuel Macron. Votre stratégie, c’est de dire beaucoup de mensonges, et de dire tout ce qui ne va pas dans le pays, mais vous ne proposez rien".

Macron accusé de "complaisance" vis-à-vis du fondamentalisme islamique

Face à l'assurance de son adversaire sur les questions économique, Marine Le Pen a tenté de reprendre la main sur la sécurité et le terrorisme. "Vous n'avez pas de projet sur le sujet. Mais en plus, vous affichez une complaisance vis-à-vis du fondamentalisme islamique", a-t-elle déclaré à Emmanuel Macron.

"Il faut s'attaquer à la racine du mal : il faut expulser les prêcheurs de haine, s'attaquer aux associations qui vous soutiennent et arrêter les financements étrangers. Il faut éradiquer l'idéologie du fondamentalisme islamiste dans notre pays et vous ne le ferez pas car vous êtes soumis à eux", a ajouté Marine Le Pen.

"Le terrorisme, c'est la priorité des prochaines années, ce qui suppose de renforcer la police et d'agir avant que les attentats ne se produisent. Mais ce que vous proposez, comme la fermeture des frontières, c'est de la poudre de perlimpinpin. Les terroristes ne passent pas les frontières en se signalant", a rétorqué le candidat d'En marche! selon qui la candidate du FN "ne cesse de raconter des grosses bêtises".

L'euro au cœur du débat

La question de la sortie de la France de la zone euro a donné lieu à une virulente passe d'arme entre les deux candidats, s'accusant mutuellement de jouer avec "les peurs".

"L'euro, c'est la monnaie des banquiers, ce n'est pas la monnaie du peuple", et "c'est la raison pour laquelle il faut que l'on arrive à s'arracher à cette monnaie", a affirmé la candidate du Front national, défendant son projet "essentiel" de passage d'une monnaie unique à une monnaie nationale mais assurant qu'elle ne voulait "pas créer le chaos".

Affirmant que "ce que les Français doivent comprendre, à la limite, ça ne les regarde même pas, cet euro monnaie commune sera une facilité entre les Etats", l'eurodéputée a déclaré que "les Français auront une monnaie dans leur portefeuille, une monnaie qui permettra de retrouver un niveau adapté de notre économie et de partir à la conquête du monde".

"Une grande entreprise ne pourra pas payer en euros d'un côté et payer ses salariés de l'autre en francs. Ça n'a jamais existé, Madame Le Pen. C'est du grand n'importe quoi", a rétorqué le candidat d'En Marche!

Marine Le Pen a accusé son adversaire d'agiter un "projet peur" comme pour le Brexit alors que selon elle, "l'économie britannique ne s'est jamais aussi bien portée que depuis que les Britanniques ont décidé de reprendre leur liberté" en sortant de l'Union européenne.

Emmanuel Macron lui a aussitôt riposté: "La grande peur, qui la manipule depuis le début? C’est vous. Qui joue sur les peurs? C’est vous. La grande prêtresse de la peur, elle est en face de moi".

"La Grande-Bretagne n’a jamais été dans l’euro. Vous proposez d’en sortir, je dis que c’est un projet mortifère et c'est un projet dangereux", a aussi lancé l'ancien ministre de l'Economie.

Il a dénoncé son "bidouillage dans le week-end avec Nicolas Dupont-Aignan", jugeant qu'il "n'a aucun sens" et "manifeste une impréparation crasse", faisant allusion au ralliement de Nicolas Dupont-Aignan, président du parti souverainiste Debout La France (DLF), à Marine Le Pen pour le second tour, qui lui a promis Matignon si elle accède à l'Elysée.

"Ma vision, c'est de construire un euro fort et une politique européenne forte et dans laquelle nous défendrons les intérêts de la France", a ajouté l'ex-conseiller de François Hollande.

Il a enchaîné avec quelques exemples : "l’éleveur du Cantal achète ses produits à l'étranger, donc en euros, mais il paiera ses salariés en France ? S’il est éleveur, il a des broutards qu’il envoie engraisser en Italie. Les Italiens, il les paiera en euro mais ses salariés en francs?" "Oulala, ça va être compliqué", a-t-il ironisé.  

"A Toulouse, Saint-Nazaire ou ailleurs en France, un tiers de la valeur est faite dans d’autres pays européens car nous sommes intégrés. Le jour d’après de la sortie, on sera en francs et vous allez baisser leur compétitivité", a aussi affirmé Emmanuel Macron.

Marine Le Pen a contesté, disant entre autres: "Nous allons gagner de la compétitivité, car le mark va s’apprécier".

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