Les minijobs, une face plus sombre du modèle économique allemand

Les minijobs, une face plus sombre du modèle économique allemand
Les minijobs, une face plus sombre du modèle économique allemand - © JOHN MACDOUGALL - AFP

L’Allemagne est souvent désignée comme un modèle de réussite économique, ayant réussi, en 15 ans, à faire baisser son chômage à moins de 4%. Mais, du côté des syndicats allemands, ce chiffre cache une réalité moins glorieuse.

"Il y a moins de chômeurs, mais le nombre d’heures de travail est resté le même. Cela veut dire que beaucoup de personnes ne travaillent pas à temps-plein, ont des mini-jobs." commente Doro Zincke, présidente de la confédération allemande des DGB à Berlin Brandebourg.

Un minijob, c’est un travail à temps partiel où le salaire ne peut dépasser 450 euros par mois. Phénomène inquiétant, 70% des minijobs sont occupés par des femmes. Tina, 35 ans, est maman célibataire et recherche un travail stable. "J’ai travaillé dans une entreprise hôtelière comme barmaid. C’était très bien au début, mais après ça n’a plus été. Maintenant je vais bientôt commencer une formation pour devenir employée dans une compagnie aérienne. J’ai déjà eu des offres dans l’horeca, mais les horaires ne me convenaient pas. Je dois avouer que je suis passée par des moments très durs. J’ai été en dépression, j’ai dû suivre une thérapie, prendre des médicaments pour rester motivée. Parce que ce n’est pas évident de voir qu’on a tout sacrifié, et puis rester à la maison tout le temps avec les enfants. Je suis quelqu’un qui aime avancer dans la vie."

Pour Doro Zincke, qu’une mère célibataire trouve un emploi stable, "c’est presque impossible." "Même s’il y a une place dans une crèche, ces crèches ne sont pas si flexible que la volonté du patron du travail de la mère."

Une retraite dérisoire

Un autre problème du aux mini-jobs est soulevé par Doro Zincke"Si une personne travaille beaucoup dans les mini-jobs, sa retraite sera très peu élevée", comme en témoigne ce retraité. "Auparavant, je travaillais dans une société de conseil, je gagnais bien ma vie, j’étais aussi indépendant. Mais le montant de ma pension ne me permet pas d’avoir une retraite décente, elle ne me permet pas de vivre. Le montant de ma pension paye en fait le prêt de mon habitation, et il me reste à peine 100 euros pour le reste du mois"

La présidente de la confédération donne des chiffres plus précis : "Quelqu’un qui entre en retraite maintenant, à Berlin, gagne entre 700 et 900 euros par mois, avant impôt. C’est impossible de vivre avec ça."

"Pour moi, l’Allemagne n’est pas un modèle européen. Il faut regarder des deux côtés, et surtout regarder du côté des salariés." Quand on évoque le fait que ce modèle allemand puisse être exporté dans le reste de l’Europe, la syndicaliste est embarrassée, prenant en exemple la crise dans les pays du sud. "Quand je regarde le rôle des Allemands dans ces pays-là… On a forcé la Grèce à abandonner leur système de négociation collective. Les Allemands se disent, c’est nous qui payons, alors c’est nous qui régnons."

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