"Les migrants deviennent des armes diplomatiques" dénonce la députée européenne Saskia Bricmont

A Ceuta en Espagne, l’Europe renvoie des milliers de migrants vers le Maroc. De l’incendie du camp de Moria, sur l’île de Lesbos, aux affrontements à la frontière grecque entre policiers et migrants syriens en passant par les naufrages au large de l’Italie, le dossier demeure l’un des plus sensibles pour l’actuelle Commission européenne. La députée européenne Saskia Bricmont (Ecolo) dénonce une hypocrisie des dirigeants européens entre leurs mots et leurs actes.

"Aujourd’hui les actes de la commission – qui sont appliqués par les Etats membres et notamment les frontaliers – consistent à ériger des murs. Cette Europe forteresse empêche le passage des migrants et sous-traite sa politique migratoire à des pays comme la Turquie, la Libye, le Maroc, via des accords de coopération et des milliards d’euros de financements. Tout cela pour faire en sorte que d’autres états bloquent le passage de migrants." D’après elle, les migrants deviennent alors des "armes diplomatiques", des monnaies d’échange vis-à-vis de l’Union Européenne. "Et cela revient en pleine figure de l’Europe."

Cette agence publique contribue à des refoulements illégaux

A noter que malgré le coronavirus, cette migration n’a pas connu d’arrêt. "Durant la crise, on a lancé une commission d’enquête sur Frontex, c’est-à-dire l’agence de l’Union Européenne qui bénéficie de fonds public et qui doit contrôler les frontières et contrôler les droits des migrants. Mais cette agence publique contribue à des refoulements illégaux."

Selon Saskia Bricmont, Frontex viole le droit international et le droit européen des migrants. Notamment en travaillant avec les autorités libyennes, formées et financées par l’Union européenne pour rapatrier les bateaux. Et vu les conditions des migrants en Lybie, cela revient en "boomerang" vers l’Europe. "Il faut savoir que la Lybie organise la détention de migrants, les torture et les met en esclavage."

Ce sont les ONG qui font le travail que les autorités publiques ne font pas

Saskia Bricmont continue à propos de l’externalisation migratoire. Selon elle, ces milliards d’euros pourraient être investis dans des politiques de relocalisation et d’accueil de personnes migrantes dans l’Union Européenne. "Seulement, l’Union Européenne n’organise pas d’opérations de sauvetage dans la Méditerranée. Ce sont donc les ONG qui font le travail que les autorités publiques ne font pas. Et en plus, elles sont empêchées."

Quid du nouveau pacte de migration européenne ?

La députée européenne précise que le pacte proposé par la Commission n’a pas été applaudi puisqu’il n’apporte pas de nouvelle approche. "La seule chose qui changerait serait d’organiser sur base volontaire une solidarité entre États européens." Certains décideraient d’accueillir une partie des migrants, d’organiser les procédures et d’ensuite de renvoyer chez eux les personnes pas éligibles à l’asile en Europe. A l’inverse, d’autres pays européens pourraient choisir de participer à cette solidarité mais, uniquement d’organiser des retours.

Quant à la position de son parti, la députée explique qu’ériger des murs revient à renforcer le mythe de l’Europe en tant qu’eldorado. "Nous voulons que les 27 organisent l’accueil, que les milliards d’euros utilisés actuellement servent aussi à des politiques de logement, d’intégration. Il ne s’agit pas d’ouvrir les vannes mais d’assurer le droit des personnes migrantes de demander l’asile. Si elles ne sont pas éligibles dans l’Union européenne, elles seront renvoyées dans leur pays d’origine."


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Tests PCR gratuit ?

Autre débat dans l’actualité, la gratuité des tests PCR. "Les tests PCR ne sont pas gratuits et ne le seront sans doute pas." La gratuité était une des balises du Parlement européen puisque le vaccin est gratuit. "On veut empêcher toute discrimination entre personnes vaccinées et celles qui ne le sont pas." Vraisemblablement, les tests seront au moins "accessibles".

Faire payer la relance économique aux entreprises

La Commission européenne avance aussi des réformes fiscales, emboîtant le pas aux USA. "Enfin, la Commission européenne a annoncé hier une communication sur un impôt commun des sociétés, à l’échelle européenne, incluant les multinationales numériques." Tout l’objectif est de lutter contre l’évasion fiscale. Or, comme l’indique Saskia Bricmont, les finances publiques sont actuellement dans le rouge suite à la crise sanitaire. "Il y a un momentum pour renflouer les caisses de l’Etat et faire participer ceux qui bénéficient de la crise, dont les géants du web." Il faudra cependant que les autres Etats acceptent de jouer le jeu.

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