Les Maliens en colère veulent se débarrasser des rebelles islamistes

"Si l'armée ne veut pas faire la guerre, qu'on nous donne les moyens de libérer nos terres!", a lancé Oumar Maïga, un responsable des jeunes du Collectif des ressortissants du Nord (Coren), à l'origine d'un sit-in qui a regroupé sous la pluie environ 2000 personnes autour du monument de l'Indépendance, dans le centre-ville de Bamako.

Le Mali est plongé dans la crise depuis un coup d'Etat qui a renversé le 22 mars le président Amadou Toumani Touré, accusé par les putschistes d'incurie face à des attaques contre l'armée lancées mi-janvier dans le nord par divers groupes armés.

Le putsch a accéléré la chute du nord aux mains de ces groupes, comprenant la rébellion touareg du Mouvement national de libération de l'Azawad (MNLA), et des islamistes puissamment armés: Ansar Dine (Défenseur de l'islam), Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) et le Mouvement pour l'unicité et le jihad en Afrique de l'Ouest (Mujao).

Sept mausolées détruits

Les autorités de transition mises en place après le retrait des putschistes n'ont pu mettre fin à l'occupation des trois régions administratives formant le nord: Kidal, Gao et Tombouctou.

Les islamistes ont renforcé leur emprise sur le terrain en mettant en déroute leur ex-allié du MNLA: la rébellion touareg a été boutée hors de Gao (nord-est) le 27 juin après de violents combats avec le Mujao qui ont fait au moins 35 morts, puis contrainte de se retirer de Tombouctou le lendemain sur ordre d'Ansar Dine, selon plusieurs témoins.

Ces derniers jours, des hommes d'Ansar Dine ont choqué au Mali et dans le monde en démolissant sept des seize mausolées de saints musulmans de Tombouctou (nord-ouest), ainsi qu'une porte inviolable d'une des trois mosquées historiques de cette ville classée comme patrimoine mondial en péril par l'Unesco le 28 juin.

Sauver "le Mali et le tissu social"

Tombouctou était depuis 1988 sur la liste du patrimoine mondial de l'humanité. Les islamistes ont affirmé avoir détruit ces sites historiques et religieux "au nom de Dieu", estimant qu'ils n'étaient pas conformes à la charia (la loi islamique) qu'ils appliquent dans les zones sous leur contrôle.

"Au Mali, les Touareg, les Peuls, les Songhoï (des communautés du nord, ndlr) ne partagent pas les bêtises du MNLA", sécessionniste mais laïc, "du Mujao, et d'Al-Qaïda", jihadistes mais anti-indépendantistes, a déclaré à l'AFP le député touareg Nock Ag Attia, une des personnalités ayant participé au sit-in.

"J'ai 75 ans, je ne connais pas l'Azawad", région naturelle s'étendant du nord-est au nord-ouest du Mali dont le MNLA a auto-proclamé en avril l'indépendance, a ajouté M. Ag Attia.

"Mini-sommet" de la Cédéao samedi

Par ce sit-in, ces Maliens en colère entendent lancer "un message fort aux autorités, pour qu'elles sauvent le Mali et le tissu social qui est fortement entamé. Les discours, les voyages ne vont pas résoudre les problèmes du Mali, il faut des actions concrètes", a dit à l'AFP Fatoumata Maïga, présidente d'une ONG féminine malienne pour la paix.

Le Premier ministre malien de transition Cheick Modibo Diarra et plusieurs membres de son gouvernement ont multiplié les voyages à l'étranger pour plaider la cause du Mali, en l'absence du pays du président Dioncounda Traoré.

Ce dernier séjourne en France depuis le 23 mai, après avoir été violemment frappé et blessé dans son bureau par des manifestants opposés à son maintien au pouvoir pour diriger une transition d'un an.

Face à la suprématie des islamistes et à l'impuissance des autorités de Bamako les pays de la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cédéao) organiseront samedi un "mini-sommet" à Ouagadougou, avec des représentants du Mali, pour arriver à y former un gouvernement fort.

La Cédéao est disposée à envoyer une force militaire au Mali, mais attend pour cela un feu vert des autorités maliennes et de l'ONU.

AFP

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