Les Kurdes de Syrie veulent juger eux-mêmes les djihadistes étrangers

Les Kurdes de Syrie veulent juger eux-mêmes les djihadistes étrangers
Les Kurdes de Syrie veulent juger eux-mêmes les djihadistes étrangers - © DELIL SOULEIMAN - AFP

"L’administration autonome de la Syrie du Nord et de l’Est jugera les combattants étrangers de l’Etat islamique au printemps, que leurs gouvernements participent ou non au processus", indique dans un tweet le Rojava Information Center, organe de communication proche des autorités kurdes syriennes.

Plus de 1000 djihadistes étrangers du groupe terroriste Etat islamique sont pour l’instant détenus dans des prisons au nord-est de la Syrie. Outre ces hommes, plus de 4000 femmes et 8000 enfants sont retenus sur place selon les autorités locales qui précisent que ces personnes sont issues de 53 pays. Concernant la Belgique, une quinzaine d’hommes sont emprisonnés alors qu’environ 25 femmes et 55 enfants se trouvent dans des camps.

Pourquoi cette annonce de procès sur place ?

Les autorités kurdes appelaient jusqu’ici à la création d’un tribunal international dans la région ou au rapatriement des djihadistes étrangers. Annoncer vouloir juger les djihadistes sur place, "que leurs gouvernements participent ou non au processus", est donc clairement un changement d’attitude et une manière de mettre la pression sur les pays concernés.

Fener al-Kiki, ministre adjoint au ministère des Affaires extérieures de la région semi-autonome explique que "de nombreux États n’ont pas répondu à nos appels. Par exemple, nous avons jusqu’à présent remis moins de 10% des enfants liés à l’Etat islamique dans leur pays" et ajoute qu’il est "urgent de trouver une solution à ce problème dans notre région et de faire pression sur les États pour qu’ils reçoivent leurs ressortissants".

Comment fonctionne le système judiciaire local ?

Selon les informations rapportées par le Rojava Information Center, "des combattants locaux de l’Etat islamique ont été jugés via une version mise à jour de la loi syrienne qui correspond davantage aux normes internationales des droits de l’homme". La peine de mort a été abolie à la suite de la déclaration d’autonomie de la région. Pour les membres locaux de l’Etat islamique, dont plusieurs milliers ont déjà été jugés, les sanctions prononcées vont de 1 à 20 ans de prison.

Ce ne sont donc pas les lois de l’État syrien dirigé par Bachar Al Assad qui s’appliqueraient aux djihadistes étrangers mais bien celles de la région semi-autonome. Pour des avocats et des magistrats belges que nous avons contactés, de nombreuses questions se posent néanmoins sur les droits de la défense, les méthodes de récolte des preuves et sur la validité des jugements qui seraient rendus par la justice de cette région ne bénéficiant pas d’une reconnaissance internationale.

Solution de facilité ?

L’administration locale demande le soutien de gouvernements étrangers, d’avocats, d’observateurs, etc., "afin d’assurer un processus aussi équitable et transparent que possible" et de garantir "le financement des infrastructures nécessaires".

La demande est formulée mais dans la mesure où l’autorité kurde syrienne n’est pas officiellement reconnue, il est peu probable que les pays européens se ruent pour apporter leur concours à l’organisation de procès qui pourraient apparaître comme une légitimation de l’autorité kurde au nord-est de la Syrie.

Philippe Goffin, le ministre belge des Affaires étrangères, se montre très prudent et ne souhaite pas commenter cette annonce des Kurdes de Syrie, souhaitant "prendre le temps de l’analyser".

Si la tenue de procès sur place peut apparaître comme une solution facile pour les pays d’origine des djihadistes, les obstacles sont en réalité nombreux.

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