Les Jeux Olympiques de Tokyo sont-ils maudits ?

Nous sommes à 100 jours du début des Jeux Olympiques de Tokyo… Si tout va bien. Alors que ces JO ont déjà été décalés d’un an à cause de la crise du coronavirus, certains s''interrogent et se demandent s’il y a une malédiction entre les jeux olympiques et le Japon !

Pendant l’année 2020, Taro Aso, le vice Premier ministre du japon et ministre des finances a eu une parole qui donne à réfléchir :

C’est un problème qui se produit tous les 40 ans. Les Jeux Olympiques sont maudits et c’est un fait

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Taro Aso, vice Premier ministre et ministre des finances du Japon © AFP or licensors

Taro Aso fait référence aux Jeux de 1940 et 1980. En 1940, l’événement n’avait pas eu lieu à cause de la seconde guerre mondiale. Ces Jeux avaient initialement été attribués à Tokyo. Quarante ans plus tard, les Jeux Olympiques de Moscou sont boycottés par de nombreux pays occidentaux ce qui fait de ces jeux une bien triste édition. Selon l’homme politique japonais, retour de la malédiction pour 2020 avec Tokyo 2020. Pourtant, tout avait été lancé comme il se doit ! La fierté et l’ambition japonaise ! Ces jeux devaient être parfaits ! C’est sur la fiabilité japonaise que le CIO a choisi Tokyo face à Istanbul et Madrid en 2013. A l’époque, c’est la joie chez les Japonais. 7 ans avant les jeux, on fond en larme, on exulte et on pense que cette bonne nouvelle va effacer les images de la catastrophe de Fukushima qui a eu lieu 2 ans plus tôt. Mais tout ne se passe pas comme prévu ! Les déconvenues s’enchaînent.

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Annonce de la ville hôte des jeux de 2020 par le Belge Jacques Rogge, président du CIO (2013). © AFP / FC
La joie des Japonais © yt/rix

Le raté du Stade Olympique

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Projet de stade signé par Zaha Hadid © yt/RAB
Projet de stade signé par Zaha Hadid © yt/RAB

La première malédiction concerne le stade olympique. Le stade des jeux de 1964 a été démoli. Du coup il faut en construire un autre neuf, ultramoderne. Le japon veut montrer son avance, sa technologie et il choisit un projet de l’architecte Irako-Britannique Zaha Hadid. Figure renommée et importante du courant déconstructiviste, elle a reçu le prix Pritzker (sorte de prix Nobel d’architecture) en 2004.

Selon les autorités japonaises, le coût double et atteint les 2 milliards d’euros, 5 fois plus que le stade des jeux de Pekin. Plus de 80% des Japonais s’opposent à cette facture mais aussi à son esthétique. Les organisateurs s’obstinent mais le Premier ministre est contraint d’annuler et de choisir un projet plus modeste nettement plus classique et réalisé par un Japonais.

Par voie de communiqué, la réaction de l’architecte est cinglante : " Les autorités nippones, avec le soutien de certaines personnes qui exercent la même profession que nous au Japon, ont comploté pour fermer les portes du projet aux propositions internationales. Ce traitement est choquant car des éléments de nos deux années de travail et les économies de coûts que nous avons proposé ont été validés et la configuration du nouveau projet possède même des similitudes avec notre concept. Les travaux seraient déjà entrés dans la phase de construction du Stade si l’équipe initiale avait simplement pu développer son projet, en évitant l’augmentation des délais et le risque de ne pas pouvoir livrer l’enceinte sportive à temps pour les Jeux de 2020″

Le stade est finalement prêt pour 2020 mais il n’a pas pu accueillir le mondial de rugby en 2019 comme cela était prévu à l’origine.

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Stade Olympique de Tokyo © AFP or licensors

Un logo plagié à Liège ?

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Logo des JO © yt/tbr/VL
Logo du théâtre de Liège © Tous droits réservés

La deuxième malédiction concerne le logo ! Le comité d’organisation des jeux est fier de présenter son logo sous la forme d’un T stylisé. Mais lorsqu’il découvre ce logo, un graphiste liégeois boit son thé de travers. Olivier Debie découvre que le logo des Jeux de Tokyo ressemble fortement à un logo qu’il avait dessiné, quelques années plus tôt, pour le Théâtre de Liège. Un logo qui est toujours utilisé aujourd’hui par l’organisme culturel Belge. 

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Le graphiste Olivier Debie compare les deux logos © BELGA PHOTO SOPHIE KIP

Les réseaux sociaux s’emballent, le Liégeois est assailli par la presse japonaise et les médias du monde entier. Les organisateurs s’obstinent mais face au plagiat, ils sont contraints de retirer le logo à la grande surprise du graphiste liégeois. Olivier Debie nous confirme que ce retrait c’est ce qu’il souhaitait : " en fait, on a eu ce que l’on voulait. Jusqu’à la fin […] le comité olympique et Tokyo disaient qu’ils ne voyaient pas où état le problème. Et du jour au lendemain, ils ont retiré le logo. C’est une victoire symbolique même s’ils n’ont jamais reconnu le plagiat, ni dédommagé de quoi que ce soit."

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Logo définitif des jeux © AFP or licensors

Le Covid 19 remet en cause l’organisation des jeux

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Logo des JO + 1 © AFP or licensors

La malédiction du covid, il y a un an, quand le monde se débat avec le Covid, par fierté, il faut mordicus maintenir les jeux à la date dite :

The games must go on !

Pas question de décaler. Le Premier ministre Shinzo Abe déclarait à l’époque souhaiter la tenue des Jeux comme “preuve que la race humaine l’emportera sur le nouveau coronavirus”. Le pari est perdu. Face à la gravité de la situation et après l’annonce fracassante des Canadiens et des Australiens de se retirer des jeux, les Japonais se remettent en question et envisager après de longues discussions de décaler. Du coup les jeux de 2020 ont lieu en 2021 ! Nouvelle contrariété, il faut se rendre à l’évidence, le risque est important de voir débarquer les fans du monde entier à Tokyo. Les autorités japonaises prennent une décision radicale. Pour la première fois de l’histoire, les JO n’accueilleront pas de spectateurs étrangers dans les tribunes. Le nombre de spectateurs japonais sera également limité.

Un patron gênant

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Appel à la démission © AFP or licensors
Yoshiro Mori, ex-président du comité d’organisation des jeux de Tokyo © All Rights Reserved
Appel à la démission © AFP or licensors

Des propos ont fait bondir plus d’une femme. Le patron des JO de Tokyo avait affirmé que si certaines réunions prennent parfois du temps, c’est à cause des femmes qui ont du mal à finir leurs interventions. Des propos sexistes qui ont provoqué un tollé. Yoshiro Mori s’est excusé mais il refuse de démissionner.


Je regrette profondément mes propos et je tiens à les retirer. Je souhaite aussi présenter mes excuses auprès de ceux que j’ai pu offenser.

Monsieur Mori a reconnu que ces déclarations allaient à l’encontre de l’esprit des Jeux olympiques et paralympiques, qu’elles étaient inappropriées. Il affirme avoir parlé sans réfléchir et avoir été grondé par sa femme et sa fille. Les propos choquent la société japonaise. La parole se libère et les femmes dénoncent une société japonaise conservatrice dominée par les hommes. En matière d’égalité des sexes, le Japon est à la traîne. 121e sur 153 pays. Et il dégringole encore de ce en ce qui concerne la proportion de femmes à des postes à responsabilité dans les entreprises, la politique et l’administration. Finalement, face à la catastrophe en termes d’image, Yoshiro Mori, le président du comité d’organisation des Jeux olympiques de Tokyo n’a pas eu d’autre choix que de démissionner.

Le prix en vaut-il la peine ?

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Jeux en mode Covid © AFP or licensors
Jeux en mode Covid © Copyright 2021 The Associated Press. All rights reserved
Jeux en mode Covid © AFP or licensors

Alors que les jeux doivent offrir une belle vitrine, montrer le meilleur de soi-même pour une ville ou un pays, le japon a accumulé toutes ces contrariétés. Le Japon a l’habitude de faire face à l’adversité comme il a toujours su le faire lors des tremblements de terre, tsunamis et typhons, mais c’est quand même beaucoup pour un seul pays. Alors quand elles regardent tout cela, les villes du monde réfléchiront peut-être à 2 fois avant d’être candidates notamment pour les jeux de 2060.

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