"Les jeunes noirs et d'origine nord-africaine ont 20 fois plus de chances d'être contrôlés"

Un jeune homme brandissant une pancarte lors d'une manifestation contre les violences policières ce dimanche 12 février à Bordeaux
Un jeune homme brandissant une pancarte lors d'une manifestation contre les violences policières ce dimanche 12 février à Bordeaux - © MEHDI FEDOUACH - AFP

Le deux février dernier, Théo, un jeune Français de 22 ans, a été grièvement blessé lors d'une interpellation par quatre policiers à Aulnay-sous-Bois, en région parisienne. Lors de ce contrôle, un des policiers lui aurait introduit une matraque entre les fesses. Le jeune homme souffre d'une blessure rectale de dix centimètres. Il a dû subir une opération et s'est vu prescrire 60 jours d'incapacité de travail.

Violences verbales, insultes ou violences physiques

Pour Georgina Siklossy, responsable de la Communication au Réseau européen contre le racisme (ENAR), cet événement est loin d'être un cas isolé, même si les actes ne sont pas toujours d'une telle gravité : "Pour nous, c'est une tendance qui se confirme. C'est un problème qui est récurrent en France. D'ailleurs, récemment, le défenseur des droits en France a sorti une étude qui constatait que les jeunes noirs et d'origine nord-africaine et arabe ont 20 fois plus de chances d'être contrôlés que les autres. Cela montre vraiment que c'est un problème qui va au delà du cas de Théo".

Du côtés des violences spécifiques aux banlieues, l'ENAR pointe des violences verbales, notamment à caractère raciste, des insultes, ou des violences physiques plus sérieuses : des brutalités, des coups, etc.

Au Royaume-Uni, les personnes noires ont six fois plus de chance d'être contrôlées

Cette tendance aux violences policières à caractère raciste ne se vérifie pas uniquement en France. Pour le Réseau européen contre le racisme, le constat est le même partout en Europe, à des différents niveaux de gravité : "Au Royaume-Uni, les personnes noires ont six fois plus de chance d'être contrôlées que les blancs. On a des cas en Belgique, en Espagne. C'est vraiment quelque chose qui se passe partout en Europe".

Et l'Allemagne n'échappe pas non plus à la tendance. Lors du réveillon de nouvel an de cet année, et suite aux événements de l'année précédente à Cologne, la police a clairement fait du profilage ethnique : "C'est la police elle-même qui a admis qu'elle avait contrôlé 650 personnes d'origine nord-africaine simplement parce qu'elles avaient les caractéristiques nord-africaines, mais qui n'avaient absolument pas commis d'actes répréhensibles".

Interdire le contrôle au faciès et mettre en place des récépissés

La Belgique n'a pas fait l'objet d'une enquête par l'ENAR mais Georgina Siklossy rappelle une enquête récente de la Ligue des Droits de l'Homme: "Il en est sorti que les personnes noires et d'origine nord-africaine avaient plus de chances d'être contrôlées ou arrêtées par la police depuis les attentats de Paris et Bruxelles. Ils ont constaté une augmentation des contrôles au faciès. De même, Human Rights Watch a fait une enquête sur les opérations antiterroristes en Belgique, et il en est ressorti plusieurs cas de violences verbales et physiques dans le cadre de ces opérations qui ciblaient spécifiquement les personnes qui étaient perçues comme musulmanes".

L'ENAR propose des recommandations aux Etats membres afin d'éviter les contrôles abusifs: "Notre première recommandation, c'est bien sûr d'interdire les contrôles au faciès par le biais de législations ou de réglementations pour la police. La deuxième chose c'est d'au moins mettre en place un récépissé, ce qui permettrait d'évaluer les pratiques de contrôles au faciès et ensuite d'offrir un meilleur recours aux victimes. Dans les endroits où ces récépissés ont été mis en place, on a constaté d'une part qu'il y avait moins de contrôle au faciès et d'autre part que les contrôles étaient plus efficaces parce qu'ils étaient mieux ciblés".

Des normes pour empêcher les pratiques policières discriminatoires

Parmi les pays européens qui pratiquent déjà des politiques pour éviter les abus policiers, le Royaume-Uni est le seul Etat membre à avoir mis en place, au niveau national, ce système de récépissé. En Espagne, plusieurs municipalités ont aussi pris des mesures pour éviter les contrôles au faciès. "Cela a des impacts positifs sur les relations entre la police et les communautés, et leurs pratiques de contrôles sont plus ciblées et plus efficaces".

Au niveau de l'Union européenne dans son ensemble, le Réseau européen contre le racisme souhaiterait que la Commission européenne propose des normes pour empêcher les pratiques policières discriminatoires: "Cela donnerait une impulsion au changement pour les Etats membres. Et cela permettrait à la Commission de mettre en oeuvre la législation qui est déjà en place et qui interdit les discriminations raciales".

Favoriser la compréhension interculturelle et l'inclusion sociale

Il existe en effet des directives européennes sur l’égalité entre les races et sur l'égalité dans le monde du travail. Et dans la foulée des attentats de Paris et de Bruxelles, la Commission européenne avait également présenté en juin dernier une série de propositions pour éviter la radicalisation des jeunes. Parmi ces propositions, notamment des projets favorisant la compréhension interculturelle et l’inclusion sociale des jeunes en décrochage. Pour Georgina Siklossy, c'est positif, mais elle pointe quand même les écueils liés à la lutte contre le terrorisme: "La Commission a proposé une directive de lutte contre le terrorisme qui est extrêmement préoccupante. Elle pourrait mener à des abus en termes de pratiques discriminatoires dans le cadre d'opérations antiterroristes. Il y a des mesures positives mais les mesures de lutte contre le terrorisme n'ont pas de dispositions suffisamment fortes pour lutter contre la discrimination".

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