Les indigènes du Brésil appellent le Parlement européen à ne pas ratifier l'accord de libre-échange avec le Mercosur

Une délégation de chefs indigènes brésiliens manifestent devant le Parlement européen, à Bruxelles.
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Une délégation de chefs indigènes brésiliens manifestent devant le Parlement européen, à Bruxelles. - © Tous droits réservés

Une délégation de chefs indigènes brésiliens, huit au total, est à Bruxelles en ce moment. Pendant un mois, ils visitent 12 pays européens dans le but de sensibiliser les parlements et les gouvernements sur la déforestation en Amazonie et sur les violations des droits humains au Brésil, avec un slogan, "Sang autochtone : pas une goutte de plus”. Lundi, ils étaient au parlement fédéral. Mardi matin, ils ont manifesté devant la Commission européenne, au rond-point Schumann, où ils ont installé un tronc d’arbre géant, coupé et carbonisé, encore fumant.

Plus qu’un symbole, c’est une réalité au Brésil. Depuis l’investiture du président Jair Bolsonaro en janvier dernier, plus de 8000 km2 de forêt ont été détruits. Comparé à l’an dernier, le nombre de feux a presque doublé. Ces pratiques sont encouragées par le gouvernement brésilien pour favoriser l’élevage de bétail ou la culture de soja destiné à nourrir le bétail…

En plus de provoquer un désastre écologique, ces pratiques s’accompagnent de violations des droits des humains. Les attaques contre les indigènes sont de plus en plus fréquentes. Vendredi dernier encore, dans la réserve d’Arariboa, au Nord-Est du Brésil, le militant indigène Paulo Paulino, a été tué d’une balle dans la tête par des trafiquants de bois. Il était le chef des 'Gardiens de la forêt', une milice qui mène des patrouilles armées dans les réserves pour empêcher l’exploitation illégale de la forêt. Parce que l’Etat ne le fait pas.

Ces produits sont vendus en Europe comme s’ils étaient des produits légaux

Concrètement, les indigènes du Brésil appellent le Parlement européen à ne pas ratifier l’accord de libre-échange avec le Mercosur. L’accord définit une zone économique qui réunit l’union européenne et quatre pays d’Amérique du sud : l’Argentine, le Paraguay, l’Uruguay, le Venezuela et le Brésil"Nous sommes ici pour demander au Parlement européen de ne pas ratifier l’accord avec le Mercosur", explique Nara Baré, coordinatrice générale du COIAB, une communauté qui réunit 300 groupes d’indigènes, dans 9 régions de l’Amazonie du Brésil. "En tout cas pas le texte tel qu’il est aujourd’hui. Parce que tel qu’il est aujourd’hui, le texte entraîne un génocide des peuples indigènes… La demande qu’a l’Europe, en termes de consommation de produits en provenance du Brésil, accroît la déforestation et la prise de nos territoires au profit de l’agrobusiness. La croissance de cette demande en Europe, a un impact direct chez nous.

L’Europe et notamment la Belgique, consomme beaucoup de soja et de bois… Des produits qui sont extraits de nos territoires. Vendredi dernier, un grade forestier a été tué… les exploitants prétendent que les produits qu’ils vendent à l’Europe sont les leurs et qu’ils sont légaux… malgré le label, ils ne le sont pas ! Ces produits sont vendus en Europe comme s’ils étaient des produits légaux".

L'accord du Mercosur ne permet pas de lutter contre les atteintes aux droits humains et aux dégâts environnementaux

Pour entrer en vigueur, le texte doit être ratifié par le Parlement européen et par chaque Etat de l’Union. L’Union européenne s’est engagée à respecter les droits humains dans le cadre de ses relations avec des pays tiers. La Commission, par la voix de sa commissaire Cecilia Malmström, dit que ces accords commerciaux doivent assurer "un développement durable". De fait, l'accord UE-Mercosur repose sur "le principe que le commerce ne doit pas se faire au détriment de l'environnement ou des conditions de travail". Au contraire, il doit promouvoir le développement durable, selon un "principe de précaution".

Pour autant, cet accord prévoit-il des mesures contraignantes en cas de non respect de cet engagement ? "Absolument pas", répond Marie Arena, députée européenne, présidente de la sous-commission 'droits de l’homme'. "L'accord du Mercosur déclare vouloir respecter la question environnementale et la question des droits humains, mais il n'y a pas de mécanisme à l'intérieur de cet accord qui permet d'atteindre ces objectifs. Ça veut dire quoi ? Si vous le respectez, tant mieux. Si vous ne le respectez pas, nous n'avons pas les moyens de vous contraindre. Sauf si on écrit une seule phrase dans le texte, qui dit : le chapitre du Développement durable peut donner lieu à une suspension d'accord s'il n'est pas respecté. Mais aujourd’hui, la Commission européenne ne l'a pas proposée dans les négociations avec le Brésil".

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