Les indépendantistes catalans organisent une gigantesque chaîne humaine

Des indépendantistes de Catalogne rassemblés à Barcelone, le 10 septembre 2013 à la veille du Jour de la Catalogne
Des indépendantistes de Catalogne rassemblés à Barcelone, le 10 septembre 2013 à la veille du Jour de la Catalogne - © Josep Lago

Les indépendantistes de Catalogne organisent mercredi une chaîne humaine de 400 kilomètres à travers cette région du nord-est de l'Espagne, à l'appui de leur projet de référendum d'autodétermination, dans un nouveau défi au pouvoir central qui refuse cette consultation.

A l'occasion du traditionnel Jour de la Catalogne, la Diada, la chaîne, baptisée "Voie catalane vers l'indépendance", doit parcourir 86 villages et villes du nord au sud de la région, le long du littoral, affirme l'Assemblée nationale catalane, l'association indépendantiste organisatrice.

Portant des maillots jaunes, les participants se donneront symboliquement la main à 17h14, en référence à 1714, la date incontournable pour les indépendantistes de la prise de Barcelone par les troupes franco-espagnoles à l'issue de la guerre de Succession qui a réduit l'autonomie de la Catalogne.

Cette journée "sera historique", a assuré Carme Forcadell, la présidente de l'ANC, qui attend plus de 400 000 personnes et a prévu 1500 bus pour tenter de remplir les chaînons manquants.

Symboliquement, les indépendantistes veulent "refaire la chaîne humaine qui avait traversé les Pays baltes en 1989 pour réclamer leur indépendance", au moment du démantèlement de l'ex-URSS.

25 petits avions privés devraient réaliser une "gigaphoto" de la chaîne. Un dispositif de quelque 4000 policiers est prévu.

Pression pour un referendum

Les indépendantistes espèrent ainsi faire pression sur le président de la région, le nationaliste conservateur Artur Mas, pour qu'il organise en 2014 un referendum sur l'autodétermination de la Catalogne, en dépit de l'opposition de Madrid.

Cette consultation est aussi exigée par la gauche indépendantiste de l'ERC, devenue la deuxième force politique de cette région de 7,5 millions d'habitants lors des élections de novembre 2012.

Une idée totalement balayée par le gouvernement conservateur de Mariano Rajoy. Un referendum serait "une déclaration unilatérale d'indépendance qui aurait des conséquences gravissimes pour l'Espagne mais aussi pour la Catalogne" qui devrait dire "adieu à l'Union européenne", a affirmé mardi le ministre des Affaires étrangères, José Manuel Garcia Margallo.

Les indépendantistes entendent donc répondre en réitérant le succès de la manifestation du 11 septembre 2012, qui avait réuni plusieurs centaines de milliers de personnes à Barcelone.

Décidés à attirer l'attention de l'opinion publique internationale, l'ANC a diffusé des photos des chaînes humaines organisées par le passé sur tous les continents dont une sur la grande muraille de Chine. Ou encore en Grande-Bretagne où Londres a autorisé un referendum en 2014 sur l'indépendance de l’Écosse.

La chaîne passera d'ailleurs par des lieux mondialement connus comme le Camp Nou, le stade du FC Barcelone, ou la basilique de la Sagrada Familia, et a reçu le soutien de personnalités dont l'ex-entraîneur du Barça, Pep Guardiola.

La crise n'affecte pas l'indépendantisme des Catalans

La Catalogne connaît une forte poussée indépendantiste aiguisée par la crise économique, la récession et un chômage qui frappe 23,85% de sa population active.

Elle croule sous une dette colossale - près de 51 milliards d'euros au premier trimestre 2013 - et avait dû demander 9,073 milliards d'euros au Fonds d'aide aux régions espagnoles fin janvier.

Mais, soucieux d'apaiser les tensions avant ce nouveau rendez-vous des indépendantistes, Mariano Rajoy et Artur Mas se sont rencontrés en secret le 29 août pour négocier une sortie de crise, selon la presse.

Rien n'a filtré officiellement de la réunion mais Madrid serait prêt à revoir la fiscalité de la Catalogne, principal point de friction, selon la presse.

Le gouvernement de Catalogne affirme en effet que la répartition des rentrées fiscales est nettement défavorable à la région et qu'elle souffre d'un "déficit fiscal" d'environ 16 milliards d'euros par an.

M. Margallo a d'ailleurs reconnu mardi que le système fiscal recèle des "principes qui ont veilli".

Artur Mas, conscient qu'une partie de la Catalogne et de sa propre coalition CiU est contre l'indépendance, a dit soutenir la chaîne humaine, mais n'y participera pas.

Selon une enquête de Metroscopia publiée dimanche dans le journal El Pais, une majorité relative de Catalans (49%) serait pour le principe d'indépendance (contre 36%) mais les pro-indépendance deviendraient minoritaires (41% contre 44%) si la rupture signifiait sortir de l'Union européenne.

AFP

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