Les incendies en Australie sont-ils une conséquence du réchauffement climatique ?

En Australie, on commence peu à peu à respirer de nouveau. Alors que depuis des mois, les départements de Nouvelle-Galles du Sud et de Victoria retiennent leur souffle, déconcertés et impuissants face aux immenses incendies qui font rage depuis plus de trois mois, on commence à y croire. Les prévisions météorologiques et la pluie attendue redonnent de l’espoir. Les gouttes tombées du ciel ne permettront pas d’éteindre les incendies, mais au moins de limiter leur propagation.

Si l’espoir semble renaître de ses cendres, le débat est aujourd’hui ailleurs. On semble s’interroger sur les véritables causes et l’origine de ces incendies. Plusieurs thèses s’affrontent. Alors que depuis des mois les scientifiques incriminent le réchauffement climatique, d’autres thèses circulent. Pour certains, le coupable est ailleurs. La diminution des feux préventifs prôné par les Verts australiens aurait aggravé la saison des feux. Sur les réseaux sociaux on parle aussi du rôle des pyromanes dans la création de feux gigantesques. Qui détient la vérité ? Décryptage.

1) Le réchauffement climatique ?

On en parle partout. C’est la thèse la plus présente dans les médias. Depuis le début des incendies, scientifiques et environnementalistes pointent du doigt le réchauffement climatique. Des précipitations en baisse, une sécheresse sévère et des températures records, sont des conséquences du réchauffement climatique. Le lien entre ces feux de brousses d'une intensité inégalée et le changement climatique ne semble donc ici pas faire de doute

Le 4 janvier dernier, Jean-Pascal Van Ipersele, climatologue et professeur à l’UCLouvain, ancien vice-président du GIEC, était l’invité du journal de 13heures. Face aux téléspectateurs il confirmait : "Les effets du réchauffement climatique sont maintenant visibles de tous, avec les incendies en Australie, par exemple."

En Australie, Dale Dominey-Howes, professeur de sciences des dangers et des risques de catastrophe à l'Université de Sydney, a déclaré au HuffPost qu'il y avait un lien entre le changement climatique et à la fois l'allumage et l'exacerbation des incendies de forêt. Il confiait que "La majorité de ces feux de brousse ont été générés par des éclairs associés aux effets du temps et du climat. Le temps et le climat sont dominés par des processus qui sont affectés par le changement climatique. Il existe donc un lien entre le changement climatique et le déclenchement ou le démarrage de ces incendies."

Les ingrédients de départ de ces incendies sont des terres asséchées et des températures bien au-delà des moyennes de saison. Le lien avec la météo et le réchauffement climatique est donc assez clair.  D’autant plus que depuis le début de l’été, les températures australiennes battent des records, et le pays fait face à une sécheresse sévère.

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Les pics de températures se multiplient ces dernières années et vont globalement croissant. © Australian Bureau of Meteorology

Robert Vautard, chercheur au laboratoire des sciences du climat et de l’environnement du CNRS, préfère tempérer. Il n'attribue pas directement les incendies au changement climatique mais il affirme que l’accroissement des vagues de chaleurs est une condition plus propice à ce type de feu. Si le réchauffement n'est peut être pas la seule cause de ces incendies dramatiques, restent qu'ils n'arrangent rien à la situation.

2) Les normes environnementales

En Australie, une thèse est de plus en plus présente, largement médiatisée et de plus en plus débattue sur la scène publique. Pour les défenseurs de cette théorie, le réchauffement climatique a bon dos. Les véritables coupables sont les défenseurs de la biodiversité et l’idéologie verte qui s’opposent à la réduction des brûlis préventifs. Des feux volontaires qui visent à nettoyer la forêt en éliminant tous les combustibles de sorte a éviter la propagation des incendies et à créer des zones coupe-feu. 

Sur le site de l'association des pompiers volontaires australiens, on y retrouve un billet de Alan Jones, un ancien rugbyman australien de 78 ans, connu pour ses positions ouvertement climatosceptique. Publié à l'origine sur le site du Daily Telegraph en novembre 2019, ce billet développe en effet la thèse selon laquelle les incendies massifs ne sont pas causés par le réchauffement climatique, mais à l'inverse, par "des normes environnementales".

En France, ces critiques ont été relayées par Laurent Alexandre. Sur Twitter, ce chroniqueur, assure que " selon les pompiers, les incendies australiens n'ont rien à voir avec le réchauffement climatique [...] mais sont dus aux nouvelles règles environnementales qui rendent l'entretien du bush impossible pour augmenter la biodiversité. Les Verts nous intoxiquent! ".

Or, comme le pointe le journal Le Monde, les chiffres officiels viennent contredire ces affirmations. Les objectifs des feux de contrôles ont été dépassés par les différents états australiens. En Nouvelle-Galles du Sud, le service des parcs nationaux a dépassé son objectif de 680.000 hectares depuis 2011, une surface qui représente plus du double des cinq années précédentes. 

En plus de cela, un porte-parole du ministère de l'industrie et de l’environnement de la Nouvelle-Galles du Sud affirme que les feux de contrôle ne sont ni une cause des incendies, ni une solution face à la menace. Comme elle le confiait au Gardian, "la réduction du combustible forestier n’est qu’une façon de se préparer aux incendies, ça n’élimine pas la menace". 

Certaines recherches scientifiques viennent également contrebalancer cette thèse: les feux de contrôle ne seraient pas efficaces face à des conditions climatiques extrêmes. 

3) Les pyromanes?

Dans un troisième temps, certains pointent du doigt des criminels cherchant à mettre volontairement le feu à des zones asséchées. Cette information a notamment été relayée par le fils du président Américain, Donald Trump Jr., sur son profil Twitter. Un tweet partagé près de 15.000 fois depuis le 7 janvier et qui évoque plus de "180 pyromanes présumés arrêtés".

Une information qui a aussi circulé dans certains médias comme dans "The Sun" en Grande-Bretagne.

Cependant, il s’avère que cette hypothèse serait avant tout une "Fake News" partagée massivement sur les réseaux sociaux. Le chiffre de 183 incendiaires arrêtés est bien mentionné dans ce communiqué de police de la Nouvelle-Galles du Sud. Mais la police précise que parmi ces 183 personnes arrêtées, seulement 24 d’entre elles ont été accusées d'avoir délibérément allumé un feu de brousse.

Certes, les incendies criminels ont joué un rôle dans plusieurs incendies. Reste que leur impact semble minime face à l'ampleur de ces incendies. S'ils ont aggravé la situation, les pyromanes ne sont pas coupable de tous les feux qui ont pris sur le territoire australien, et certainement pas de leur intensité dévastatrice.

4) Sécheresse et dipôle de l'Océan indien

L'Australie connaît une sécheresse sévère, notamment à cause d'un phénomène : le bouleversement dipôle de l'océan indien (DOI), qui vient alors diminuer les précipitations du côté des iles indonésiennes et de l'Australie. Comme l'explique cet article du Monde, le DOI est une circulation atmosphérique prenant place entre l'Océanie et l'Afrique, aux environs de l’Équateur.

L'eau de l'Océan étant généralement plus froide du côté est, les vents soufflent alors d'ouest en est. Certaines années, cette interaction entre l'océan et l'atmosphère est modifiée, et la remontée des eaux froides de surface à l'est de l'océan indien est plus importante, alors que du côté des côtes africaines, la température augmente. On parle alors de phase positive du dipôle, entraînant une baisse des précipitations : c'est ce qu'il s'est passé en fin d'année 2019, aggravant la sécheresse. Et cette phase positive est même une des plus puissante jamais enregistrée depuis le début de l'étude de ce DOI, il y a 35 ans.

Ce bouleversement de ces courants atmosphériques est donc en partie à l'origine de l'intensité des feux en Australie. Est-il accentué par le réchauffement climatique ? Le DOI étant étudié depuis peu de temps, les experts restent prudents sur la question.

Mais ce qui est sûr, c'est que la hausse des températures, donc le réchauffement climatique, a réellement aggravé la sécheresse.

Alors, où se situe donc la vérité ? De quel côté penche la balance ? Qui est le coupable de cette catastrophe ? La réponse se trouve dans un ensemble de facteurs, sans unique coupable : mais le réchauffement climatique est bien un des responsables.

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