Les excuses de l'administration néo-zélandaise après une lettre du tueur de Christchurch

Brenton Tarrant (c), l'homme accusé du massacre de Christchurch massacre, fait une apparition au tribunal de Christchurch, le 16 mars 2019
Brenton Tarrant (c), l'homme accusé du massacre de Christchurch massacre, fait une apparition au tribunal de Christchurch, le 16 mars 2019 - © Mark Mitchell

L'administration pénitentiaire néo-zélandaise a présenté jeudi ses excuses pour avoir autorisé l'auteur des tueries des mosquées à Christchurch à envoyer une lettre empreinte de haine depuis sa prison à un sympathisant, qui l'a publiée sur internet.

L'Australien Brenton Tarrant est actuellement détenu dans une prison de haute sécurité d'Auckland, où il attend d'être jugé pour la plus sanglante tuerie de l'histoire moderne de l'archipel, le meurtre de 51 fidèles musulmans le 15 mars.

Alors que le gouvernement veut tout faire pour empêcher cette homme qui se revendique du suprémacisme blanc d'exprimer ses idées, l'administration pénitentiaire a révélé qu'il avait été autorisé à envoyer du courrier depuis sa cellule.

L'une des lettres du détenu, adressée à un Russe nommé Alan, a été publiée sur le site 4Chan.

Rédigée en capitales à l'aspect enfantin, la lettre de six pages évoque un voyage que Brenton Tarrant a fait en Russie, son admiration pour le fasciste britannique Oswald Mosley et sa conviction qu'"il y a un grand conflit à l'horizon".

Ce défaut de surveillance de l'administration pénitentiaire a provoqué la fureur de la Première ministre néo-zélandaise Jacinda Ardern qui, quelques jours après les attaques, s'était engagée à ne jamais prononcer le nom du tueur pour ne pas contribuer à sa "notoriété".

Défi pour la pénitentiaire

"Le département pénitentiaire a reconnu lui-même le dysfonctionnement... Cet individu ne devrait pas pouvoir partager son message haineux depuis sa cellule", a-t-elle dit depuis le petit archipel de Tuvalu, où elle se trouve pour le sommet annuel du Forum des îles du Pacifique (FIP).

La directrice de l'administration pénitentiaire Christine Stevenson a reconnu que la lettre n'aurait jamais dû sortir. "Je voudrais m'excuser pour la peine que cela a causé aux personnes touchées par les événements tragiques du 15 mars", a-t-elle dit.

Christine Stevenson a déclaré que le service de courrier de Brenton Tarrant avait été suspendu pendant que le processus de filtrage serait examiné.

"Il est toujours difficile de trouver le juste équilibre entre le respect de nos obligations légales et le fait de réduire tous les risques potentiels posés par le détenu", a-t-elle avancé.

"Cependant, nous sommes absolument déterminés à faire en sorte qu'il n'ait aucune possibilité de causer le moindre préjudice ou la moindre peine, que ce soit directement ou indirectement".

Le ministre des Services pénitentiaires, Kelvin Davis, a dit qu'avant de se voir interdit de courrier, Brenton Tarrant avait essayé d'envoyer neuf lettres depuis sa cellule: deux à sa mère et sept à des "associés", dont deux ont été bloquées par les autorités.

Kelvin Davis a reconnu que la gestion d'un détenu comme Brenton Tarrant était un défi pour son administration.

"La vérité est que nous n'avons jamais eu un prisonnier comme cela auparavant", a-t-il dit à Radio New Zealand. "J'ai demandé si nos lois étaient adaptées, j'ai demandé à la pénitentiaire ses conseils sur ce qu'il faudrait modifier".

Brenton Tarrant a été inculpé de 51 chefs de meurtre, de 40 chefs de tentative de meurtre et d'un chef d'acte terroriste. Son procès doit débuter en mai 2020.

Son dossier est revenu jeudi devant la Haute Cour de Christchurch pour une brève audience sur des questions de procédure. Brenton Tarrant n'avait pas l'obligation de comparaître par visioconférence, comme il l'a fait par le passé.

L'affaire a été renvoyée au 3 octobre. La cour devrait à cette date se prononcer sur un éventuel dépaysement du procès.

Sujet de notre JT 13h du 18 mars 2019

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK