Les Euromarches contre le TTIP encerclent le Sommet européen à Bruxelles

Les Euromarches contre le TTIP veulent encercler le Sommet européen à Bruxelles
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Les Euromarches contre le TTIP veulent encercler le Sommet européen à Bruxelles - © Tous droits réservés

Le quartier Schuman à Bruxelles est encerclé ce jeudi à l'appel d'Alliance D19-20 et d'autres réseaux belges (ALTERSUMMIT, Tout Autre Chose, ...) qui manifestent contre l'austérité et les traités de libre-échange, sous la bannière des Euromarches contre une "Europe de la finance".

Ces marches sont constituées principalement d'Espagnols, de Français et de Belges. Partis de Gibraltar au début du mois et se déplaçant en bus entre les étapes, ils ont traversé plusieurs villes de France, du Luxembourg et de Belgique, dont Liège, pour terminer leur périple à Bruxelles, où se tient un Sommet européen ce jeudi soir et ce vendredi.

Le bas de la rue Belliard a été pris d'assaut par les manifestants vers 14h00. Une trentaine de manifestants ont été administrativement arrêtés avant l'encerclement. 

Selon l'estimation des forces de l'ordre sur place, environ 600 manifestants sont dispersés au total dans le quartier européen.

Un groupe a fait une diversion en bas de la rue Belliard avec des fumigènes. Parmi eux, figuraient des militants de la CGSP. Près de 200 personnes occupent la rue Belliard. Un groupe d'une dizaine de personnes est enchainé à un plot en béton.

Bloquer le sommet européen

Martin Willems de la CNE s'attend à une action très visuelle : "Le but de cette action est d'encercler le Sommet européen. Et s'il est possible d'empêcher la réunion, pourquoi pas.

Que veulent les manifestants ? "On veut l'arrêt des négociations du TTIP et l'arrêt du processus de ratification du CETA qui est un traité similaire avec le Canada mais qui permet les mêmes choses", répond Martin Willems. "Parce que le TTIP ne fait pas que du libre échange. C'est un traité qui défend les investissements contre la démocratie".

"Les actions dans la capitale sont prévues pour démontrer notre opposition à la politique d'austérité, à la pauvreté en Europe et au TTIP", précise Paul Blanjean du groupe Alliance D19-20.

 

Pedro Arroyo, professeur d'économie à l'Université de Sarragosse, marche pour demander "d'éradiquer les paradis fiscaux, l'âme noire du système". "Le principe sera : le plus dérégulé sera celui qui commandera; pour l'environnement, pour des salaires dignes."

Des tribunaux arbitraux, privés, seront en outre compétents, "permettant aux multinationales d'attaquer des Etats", pointe aussi Felipe Van Keirsblick (CNE).

 

Manifestation samedi

L'action la plus importante en terme d'affluence devrait être la manifestation européenne du samedi 17 octobre, journée internationale de lutte contre la pauvreté.

De leur côté, les organisations patronales plaident jeudi pour un "débat serein" sur le TTIP.

Selon la Fédération des entreprises de Belgique (FEB), l'Union wallonne des entreprises (UWE), la Chambre de commerce de Bruxelles (Beci) et les organisations flamandes Voka, Unizo et Boerenbond, les négociations en cours doivent aboutir à un "accord commercial et d'investissement large, ambitieux et équilibré".

Créer le plus grand espace de libre échange au monde

Le Partenariat transatlantique avec les États-Unis, aussi connu sous le nom de TTIP (Transatlantic Trade and Investment Partnership), cristallise les craintes des citoyens européens - une pétition contre le TTIP a recueilli plus de trois millions de signatures et une manifestation à Berlin dimanche dernier a rassemblé 250 000 personnes - mais la Commission européenne, qui assure que ce traité commercial est une grande opportunité pour l'Europe, veut arriver à un accord avant la fin du mandat du président américain Barack Obama, fin 2016.

L'idée de base du traité transatlantique est simple : créer le plus grand espace de libre-échange au monde, un espace où les obligations douanières sont réduites, où les démarches administratives sont simplifiées et où certaines barrières - comme la double certification, une fois en Europe, une fois aux Etats-Unis - sont abolies. Il permettrait aussi d'exporter des produits alimentaires que les Etats-Unis refusent pour le moment, comme les huîtres. Tout ceci doit bénéficer aux entreprises et aux consommateurs assure la Commission européenne. Les entreprises consacrent moins de temps et d'argent à des démarches administratives fastidieuses et peuvent ainsi se concentrer sur leur business et exporter leurs produits vers un nouveau marché; les consommateurs voient leur choix de produits augmenter et les prix diminuer.

Lancées en 2013 sous la houlette du Belge Karel De Gucht, alors commissaire européen au Commerce, les négociations progressent par "round", le onzième commençant lundi prochain, dans une opposition qui ne faiblit pas.

Les négociations ont commencé dans un certain secret, avant que la Commission ne décide de publier toute une série de documents, à la demande notamment du Parlement européen. La Commission communique aussi régulièrement sur l'état d'avancement des travaux, faisant de ces négociations commerciales les plus transparentes jamais conduites par l'Union européenne.

La Suédoise Cecilia Malmström, qui a succédé à Karel De Gucht en novembre 2014, n'a eu de cesse de redorer l'image de ce traité transatlantique. Elle parcourt l'Europe afin d'en vanter les mérites et elle a prévu plusieurs arrêts en Belgique. Elle a déjà rencontré des députés et des sénateurs au parlement fédéral, rencontre des députés bruxellois ce jeudi et devrait faire de même avec des députés wallons en janvier, après avoir rencontré début octobre le ministre-président wallon Paul Magnette qui voulait relayer les inquiétudes wallonnes.

Des standards de qualité européens sacrifiés?

La crainte principale est que les standards européens de qualité, élevés, soient sacrifiés et que des secteurs jusqu'ici relativement protégés soient soumis à une concurrence effrénée, voulue et promue par les entreprises privées les plus puissantes.

Le Traité élude également des enjeux importants. Il comporte un chapitre "commerce et développement durable", mais n'évoque pas les changements climatiques ou la supervision des institutions financières, dont la crise financière de 2008 a pourtant montré toute l'utilité. Les droits sociaux des travailleurs sont mentionnés, mais uniquement par le biais de conventions existantes de l'Organisation internationale du travail (OIT).

La résistance au TTIP s'est progressivement organisée et a pris de l'ampleur. Elle a même pris un tour plus officiel. Depuis plusieurs mois en effet, des communes ont commencé à voter des motions pour se déclarer symboliquement "hors TTIP". Une pétition demandant l'arrêt des négociations a récolté plus de 3,2 millions de signatures à travers toute l'Europe.

Outre Atlantique non plus, tous les Américains ne voient pas le Traité d'un bon œil. Certains craignent que le TTIP ne profite qu'aux grandes entreprises américaines, car ce sont elles qui, grâce à l'argent et au lobbying, ont l'oreille des membres du Congrès américain et pèsent sur les orientations politiques.

La commissaire Malmström le répète à l'envi: le TTIP bénéficiera aux petites et moyennes entreprises. Les entreprises de services, aussi, devraient s'y retrouver, d'autant que les négociations portent également sur la possibilité de participer à des marchés publics aux Etats-Unis. Aucune menace de privatisation ne pèse non plus sur les services publics, assure Cecilia Malmström.

Mais jusqu'ici, l'impact économique réel du TTIP en Europe est difficilement évaluable.

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