Les Etats-Unis refusent d'extrader au Royaume-Uni une femme de diplomate, un "déni de justice" pour Londres

Des fleurs près de la base aérienne britannique de Croughton, le 10 octobre 2019 dans le Northamptonshire, où Harry Dunn a été tué
Des fleurs près de la base aérienne britannique de Croughton, le 10 octobre 2019 dans le Northamptonshire, où Harry Dunn a été tué - © Lindsey Parnaby

Le Royaume-Uni a exprimé vendredi sa déception après le refus des Etats-Unis d’extrader une femme de diplomate américain accusée d’être responsable d’un accident mortel de la route en Angleterre.

"Le gouvernement des Etats-Unis a rejeté la demande du Royaume-Uni", a déclaré un porte-parole du département d’Etat américain, alors que l’information avait déjà été dévoilée par Londres. "Au moment de l’accident, et pendant toute la durée de son séjour au Royaume-Uni, la conductrice, une citoyenne américaine, bénéficiait de l’immunité", a-t-il justifié dans une déclaration transmise à l’AFP.

"Si les Etats-Unis avaient accédé à la demande d’extradition britannique, cela aurait enlevé son sens au fait même d’invoquer l’immunité diplomatique, et aurait créé un précédent extrêmement troublant", a encore estimé la diplomatie américaine, tout en insistant sur "l’étroite coopération judiciaire" avec la Grande-Bretagne et en réitérant ses condoléances à la famille de la victime.

"Nous sommes déçus de cette décision qui apparaît comme un déni de justice", a réagi une porte-parole du ministère britannique de l’Intérieur. "Nous examinons en urgence toutes les possibilités qui s’offrent à nous", a-t-elle prévenu.

Harry Dunn, un Britannique de 19 ans, est mort dans la collision de sa moto avec une voiture dans le centre de l’Angleterre, le 27 août 2019.

La conductrice, Anna Sacoolas, peu habituée à la conduite à gauche, roulait du mauvais côté de la chaussée. Invoquant l’immunité diplomatique, cette mère de trois enfants était repartie aux Etats-Unis.

Tensions diplomatiques

Anne Sacoolas, 42 ans, avait été inculpée fin décembre par la justice britannique pour conduite dangereuse ayant causé la mort. Le parquet britannique avait alors lancé une procédure d’extradition, aussitôt considérée comme un "abus" par Washington. La famille d’Harry Dunn s’est dite "pas du tout surprise" par le refus américain. 

"Le monde entier est du côté d’Harry. Ce n’est pas une bataille que le gouvernement américain va gagner", a déclaré un porte-parole de la famille, Radd Seiger, promettant dans un communiqué de poursuivre le combat judiciaire.

Il s’en est pris au gouvernement américain de Donald Trump, dénonçant "une administration sans foi ni loi" prête "à attaquer jusqu’à son proche allié sur la scène internationale". Cette affaire a en effet provoqué des frictions diplomatiques entre les deux pays, unis par une "relation spéciale" déjà mise à dure épreuve ces dernières années. Donald Trump avait évoqué un "accident horrible", le mettant sur le compte de la fatalité et de la difficulté pour un automobiliste américain de s’habituer à la conduite à gauche.

Le milliardaire républicain, fervent supporter du Brexit, a promis au Premier ministre britannique Boris Johnson un accord commercial bilatéral "énorme" et "magnifique" après la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne, prévue pour la fin du mois. Mais les négociations s’annoncent âpres malgré la proximité affichée par les deux hommes.

D’autant qu’elles risquent d’être parasitées par d’autres dossiers, comme celui de la nouvelle génération de téléphonie mobile 5G : Londres est tenté d’avoir recours à Huawei malgré les mises en garde de Washington, qui fait pression pour que l’équipementier chinois soit exclu pour écarter les risques d’espionnage.

Les parents d'Harry Dunn arrivant à Union Station à Washington, le 15 octobre dernier