Les élections en RDC: "On doute très fort de l'impartialité de la Cour Constitutionnelle" affirme Bob Kabamba

Qui est sorti vainqueur de l'élection présidentielle en République Démocratique du Congo ? Du côté de l'opposition, chacun présente son vainqueur. Alors que la CÉNI, la Commission électorale nationale indépendante, annonçait hier que Félix Tshisekedi avait provisoirement remporté le scrutin, l'Église et d'autres instances affirment que c'est Martin Fayulu, le leader de la coalition de l'opposition, qui a sort vainqueur des suffrages. Chaque camp avance d'ailleurs ses chiffres pour argumenter sa position. La CÉNI parle de 38% des voix pour Félix Tshisekedi. Mais ce matin, Human Rights Watch déclarait Martin Fayulu vainqueur avec 47% des voix, alors que le camp de ce dernier affirme qu'il aurait convaincu 61% des électeurs, contre 18% pour chacun de ses deux adversaires.

Face à ces différents constats, dans le clan Fayulu, on ne compte pas laisser les choses en l'état. Le leader de la coalition de l'opposition a d'ailleurs annoncé ce vendredi qu'il déposerait ce samedi une plainte pour fraude devant la Cour Constitutionnelle. Mais est-ce réellement une alternative fiable ? Bob Kabamba, professeur de sciences politiques à l'université de Liège et spécialiste de la région des Grands Lacs, émet de gros doutes. "Lorsque l'on sait, via le système qui a été mis en place, le fonctionnement de la direction de la CÉNI et le fonctionnement de cette même Cour Constitutionnelle, on doute très très fort de son impartialité, comme elle l'a déjà prouvé à plusieurs reprises depuis plusieurs mois. Plusieurs décisions qui ont été prises par cette Cour ont été contestées, aussi bien par les gens de la majorité que de la société civile, par rapport même à des faits liés au processus électoral."

Alors, si la Cour Constitutionnelle est acquise par le pouvoir en place, par le clan Kabila, serait-elle tentée de rejeter le recours qui va être introduit par Martin Fayulu ? Ou risque-t-elle de simplement invalider complètement les élections ? "Ce sont des scenarii qui courent ici, à Kinshasa. On se dit que, effectivement, si Fayulu a recours à la Cour Constitutionnelle, il se pourrait qu'elle décide d'annuler le processus électoral. Ce qui voudrait dire qu'on revient à la case départ, et que le président Kabila reste encore au pouvoir, jusqu'à l'organisation d'autres élections qui pourraient avoir lieu dans quelques mois", explique Bob Kabamba.

En attendant, faut-il craindre des tensions violentes en RDC ? Pour Bob Kabamba, elles ont déjà lieu. "Il y a déjà des violences ! Il y a certaines parties de la RDC où on a dénombré déjà des victimes. Dans la province proche de Kinshasa, la province de Bandundu, il y a quand même déjà plus de 12 morts qui ont été recensés, suite à l'annonce des résultats de la CÉNI et des manifestations qui ont eu lieu. (...) Je pense que, dans toute la République, il y a une tension manifeste chez les gens qui attendaient une alternative par rapport à ces élections, et qui espérait pouvoir avoir autre chose que ce que la CÉNI a annoncé." De son côté, l'Organisation des Nations Unies fait désormais aussi pression, et demande que la CÉNI sorte les procès verbaux du scrutin tel qu'il a été effectué dans les différents bureaux de vote.

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