Les coulisses du bras de fer entre Pékin et Hong Kong

Les coulisses du bras de fer entre Pékin et Hong Kong
Les coulisses du bras de fer entre Pékin et Hong Kong - © XAUME OLLEROS - BELGAIMAGE

La tension monte entre la Chine et Hong Kong. Hier soir, une vingtaine de militants pro-démocratie ont été arrêtés lors d'une manifestation. Ils prévoient d'autres actions ces prochains jours, comme celle de paralyser le quartier des affaires. Ce qu'ils reprochent à Pékin, c'est de limiter la portée du suffrage universel dans l'ancienne colonie britannique. Les enjeux de ce bras de fer en quatre questions à Philippe Paquet, spécialiste de la Chine et journaliste à la Libre Belgique.

Comment expliquer ces tensions entre Hong Kong et la Chine?

Hong Kong est une ancienne colonie britannique. Avant qu'elle ne soit rétrocédée à la Chine en 1997, les Anglais et les Chinois se sont mis d'accord sur plusieurs points. Et notamment sur le fait que le suffrage universel était le but ultime à atteindre dans cette région. L'échéance est fixée à 2017 et la prochaine élection du chef de l'exécutif de Hong Kong. Beaucoup pensaient que la Chine ne se résignerait pas si facilement à passer à une démocratie pleine et entière comme ça se fait en Occident. Et ces inquiétudes se sont confirmées parce que Pékin a prévu plusieurs restrictions. Concrètement, il y aura bien un suffrage universel puisqu'a priori, tout le monde pourra se prononcer sur le choix du chef de l'exécutif - et c'est déjà un grand pas en avant parce qu'aujourd'hui, ce responsable est choisi par un collège électoral restreint - mais en contrepartie, les restrictions porteront sur le nombre de candidats qui pourront se présenter à ces élections. Ces candidats devront aussi être adoubés par un comité restreint qui lui, sera essentiellement constitué de membres à la dévotion du régime communiste chinois.

Pourquoi la Chine tient-elle à limiter ce suffrage universel?

Cela montre en fait que la Chine n’a pas entièrement confiance dans le processus démocratique en général et dans l’évolution politique de Hong Kong. C’est que la Chine est elle-même convaincue que Hong Kong n’est pas seulement habitée et peuplée de démocrates patriotes qui aiment à la fois "la mère patrie" et Hong Kong. Pékin se rend compte qu’un certain nombre de gens y compris dans la classe politique à Hong Kong seraient désireux d’avoir encore plus d’autonomie voire plus d’indépendance à l’égard de Pékin.

Hong Kong jouit pourtant déjà d'une certaine indépendance par rapport à Pékin?

Oui, son statut est celui d’une région administrative spéciale. Ce qui veut dire qu’à la différence d’autres régions autonomes de Chine, comme le Tibet, Hong Kong jouit d’une plus grande autonomie. Pratiquement, les habitants et le gouvernement sont quasi maîtres chez eux. Hong Kong vit vraiment comme dans une bulle, relativement bien protégée du reste de la Chine populaire. C’est une entité commerciale et économique à part entière, elle est membre de l’OMC, séparément de la Chine populaire. Elle a sa propre monnaie, le dollar hong kong qui est toujours en vigueur. Elle a ses propres frontières douanières. Elle a vraiment une autoniomie très grande. Un plus grand degré de liberté. Même s'il y a toujours une certaine prudence lorsque l'on évoque là-bas le pouvoir de Pékin.

Pourquoi la région de Hong Kong jouit-elle de ce statut si particulier?

Clairement, les autorités chinoises se sont rendues compte que Hong Kong était une poule aux œufs d’or. Et qu’il n’y avait pas d’intérêt à tuer cette poule. Hong Kong, depuis la fondation du régime communiste en 1949, était vraiment pour la Chine un sas entre le monde communiste et le monde capitaliste. C'était par Hong Kong que transitait quasiment tout le commerce extérieur de la République populaire à l’époque. Cela a fait la prospérité de Hong Kong mais c’était aussi un atout majeur pour la Chine qui avait là un accès facile au monde extérieur et au monde capitaliste. Parce qu’à Hong Kong se trouvait des gens qui étaient dans les deux cultures : des gens qui étaient Chinois mais aussi occidentalisés; qui parlaient l'anglais et qui connaissaient les pratiques occidentales. Donc il y avait là une caste d’intermédiaires qui était indispensable à la Chine dans ses relations avec le monde extérieur.

Il y a aussi un autre facteur qui se greffe là-dessus: Hong Kong est aussi un laboratoire aussi pour la Chine. On ne se fait pas trop d’illusions sur la démocratisation de la Chine communiste, en tous cas dans un court ou moyen terme. Néanmoins, c’est à Hong Kong que les dirigeants chinois peuvent tester un certain nombre de formules de gouvernement qui se rapprocheraient de plus en plus d’un système démocratique. Ces élections qui pourraient se dérouler au suffrage universel pourraient être une sorte de préalable à une formule qui serait par la suite étendue au reste de la Chine.

A.W.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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