Les conservateurs au pouvoir en Pologne, un nouveau défi pour l'Europe

Jarosław Kaczyński, le leader du PiS, lors des élections européennes de mai 2014
Jarosław Kaczyński, le leader du PiS, lors des élections européennes de mai 2014 - © WOJTEK RADWANSKI - AFP

En Pologne, les conservateurs du parti eurosceptique Droit et Justice (PiS) ont obtenu la majorité absolue lors des élections législatives ce dimanche.

Ce résultat ne va sans doute pas faciliter la tâche des institutions européennes. Les 28 ont déjà souvent du mal à se mettre d'accord sur des sujets aussi importants que l'accueil des réfugiés, et l'arrivée du parti de Jarosław Kaczyński au Conseil européen ne va pas faciliter la sérénité des débats sur ce point.

Nous avons Budapest à Varsovie

Le PiS a en effet axé sa campagne électorale sur la peur des réfugiés, les accusant de répandre le choléra dans les pays où ils passent ou encore d'installer la charia et de mettre en place des milices pour s'assurer qu'elle est bien respectée.

Bref, la Pologne qui avait finalement accepté du bout des lèvres le plan de relocaliser 160 000 réfugiés en Europe risque d'être bien plus intransigeante à l'avenir. Et peut-être même de se ranger sur la ligne dure de Viktor Orban, le premier ministre hongrois.

D'ailleurs, ce lundi, le quotidien polonais Gazeta Wyborcza titrait "Nous avons Budapest à Varsovie", histoire de souligner la proximité de Jarosław Kaczyński et Viktor Orbán.

Mais la Pologne pourrait tout aussi bien suivre la Slovaquie, qui a également adopté une ligne dure contre les propositions de la Commission sur la question des réfugiés. Cela dit, la Hongrie et la Slovaquie ne sont pas les seuls alliés du nouveau parti au pouvoir en Pologne. Le PiS est un parti ouvertement souverainiste. Ses députés européens par exemple siègent avec les conservateurs britanniques au sein du groupe des Conservateurs et Réformiste. Leur ligne de conduite, c'est la réduction des pouvoirs de l'Union européenne. Ils veulent une Europe plus économique que politique.

Une vision très britannique de l'Europe

La proximité entre le Royaume-Uni et la Pologne risque encore de se renforcer dans les prochains jours. David Cameron, le Premier ministre britannique, devrait présenter la liste des aménagements qu'il souhaite obtenir de ses partenaires européens.

Avec le PiS, il compte désormais un soutien de plus parmi les 28. Mais attention ce soutien n'est certainement pas inconditionnel. Il y a tout de même des questions qui fâchent entre eux, notamment celle de la liberté de circulation des travailleurs. Les Britanniques veulent la freiner alors que les Polonais y sont très attachés. Deux millions de Polonais vivent et travaillent à l'étranger et la plupart sont justement au Royaume-Uni.

Sur le plan économique, on peut également imaginer que l'arrivée du parti de Jarosław Kaczyński ne va pas accélérer l'entrée de la Pologne dans l'euro. D'autant que dans son programme, le PiS déclarait vouloir augmenter les dépenses publiques. Aujourd'hui, la constitution polonaise interdit un endettement de l'état au dessus de 60% du PIB. Les conservateurs aimeraient réunir les 2/3 du Parlement pour changer cette règle dans la constitution.

Pas de #polxit pour une question de gros sous

Mais plus globalement, ce durcissement de la position polonaise va se ressentir sur toute une série de dossiers. On pense bien évidemment aux dossiers climatiques - la Pologne reste un gros utilisateur de charbon - ou encore aux relations entre l'Union européenne et la Russie.

Et puis, dernier élément qui risque bien d'amener une tension supplémentaire entre Polonais et Européens : Donald Tusk, actuel président du Conseil européen et Polonais. Donald Tusk était le principal rival politique de Jarosław Kaczyński en Pologne et les deux hommes ne s'apprécient pas.

L'atmosphère pendant les sommets européens risque d'être pesante mais par contre, les Polonais ne vont pas ruer dans les brancards comme les Anglais. Pas question de "polxit". Et ce pour une raison très simple : l'argent. La Pologne est en effet le premier bénéficiaire de fonds européens. Elle devrait recevoir plus de 82 milliards d'euros rien que pour la période de 2014 à 2020. Pas question de tordre le cou de la poule aux œufs d'or.

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