Les Britanniques ne veulent pas céder une part de la production des vaccins AstraZeneca à l'Europe

C'est une vraie partie de bras de fer qui s'est engagée entre la Commission européenne et AstraZeneca. L'entreprise pharmaceutique anglo-suédoise a annoncé ne plus être en mesure de livrer toutes les doses commandées par l'Europe, seulement un quart de ce qui était prévu. Et cela, parce que ses usines aux Pays-Bas et en Belgique connaissent des difficultés de rendement.

L'UE a signé un accord avec AstraZeneca en août pour 300 millions de doses, avec une option pour 100 millions de plus. Elle ne recevra que 25% des 100 millions de doses prévues pour mars.

La Commission rétorque que dans le contrat, il est prévu que les vaccins soient fabriqués sur quatre sites différents, dont deux situés au Royaume Uni, et qu’il suffit d'adapter la production. Bruxelles a donc demandé à AstraZeneca de réorienter certaines commandes au profit de l'Union européenne.

"No way", les Britanniques ne lâcheront pas l’affaire

Le patron d'AstraZeneca, Pascal Soriot, affirme de son côté que le Royaume-Uni a signé le contrat avec la société trois mois avant l'UE et que ce temps supplémentaire a été utilisé pour "corriger tous les problèmes que nous avons connus" concernant le Royaume-Uni. Et il a ajouté que la production des usines britanniques est réservée au marché britannique.

Sur ce dernier point, les Britanniques semblent être d’accord avec lui. A commencer par le gouvernement qui a exigé jeudi de recevoir tous les vaccins qu'il a commandés et payés. "Nous devons nous assurer que la livraison des vaccins achetés et produits pour le Royaume-Uni a bien lieu", a déclaré le ministre d'Etat Michael Gove, au micro de la BBC. "Notre priorité doit être de nous assurer que les habitants de notre pays qui sont vulnérables et que nous avons décidé de vacciner, reçoivent ces injections", a-t-il poursuivi.

Prié à plusieurs reprises de dire si le gouvernement britannique empêcherait AstraZeneca de réorienter certaines commandes britanniques vers l'UE, Michael Gove a répondu : "Je pense que la bonne approche à adopter avec nos amis européens est de favoriser un dialogue coopératif pour voir comment nous pouvons les aider". Ambiance…

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"Non, l'UE ne peut pas avoir nos bons coups !", tranche le Daily Mail, tandis que le Daily Express, tout aussi partie prenante, titre : « Attendez votre tour ! L'UE, égoïste veut nos vaccins ». © Tous droits réservés

"Non, l'UE ne peut pas avoir nos bons coups !", tranche le Daily Mail, tandis que le Daily Express, tout aussi partie prenante, titre : "Attendez votre tour! L'UE, égoïste, veut nos vaccins". Le spectre du "nationalisme vaccinal" a fait son apparition pour la première fois cette semaine regrette pour sa part Business Insider.

De son côté, le premier ministre Boris Johnson met la pression sur son champion national pour ne pas céder. "Je suis confiant dans nos approvisionnements et nous continuerons à déployer les vaccins aussi vite que possible. Je suis très heureux que nous ayons le déploiement de vaccins le plus rapide en Europe ", a-t-il déclaré. Boris Johnson, qui a particulièrement mal géré la deuxième vague, se repose entièrement sur le succès de la campagne de la vaccination.

Message bien entendu : Pascal Soriot a assuré qu’AstraZeneca serait en mesure de produire 2 millions de doses de vaccins par semaine au Royaume-Uni afin d’honorer dans les temps une commande totale de 100 millions de doses.

Visite des sites de production en Belgique

Une première visite de responsables de l'agence fédérale des médicaments et des produits de santé (AFMPS) a eu lieu hier, sur l'un des sites de production d'AstraZeneca, à Seneffe, dans le Hainaut. Des échantillons et des registres ont été prélevés dans l'usine et une nouvelle inspection de l'installation est prévue dans les prochains jours.

Le gendarme sanitaire belge a indiqué jeudi avoir été chargé par la Commission européenne d'inspecter l'usine où est produite une partie des vaccins anti-Covid d'AstraZeneca. Bruxelles n'étant pas convaincu par les justifications d’AstraZeneca pour justifier les retards de livraisons, les jugeant "insatisfaisantes".

Hasard du calendrier, c’est demain que l'agence européenne du médicament devrait donner son feu vert au vaccin AstraZeneca. Ce sera le troisième vaccin disponible sur le marché européen. Un vaccin moins cher et plus facile à transporter que les deux autres, mais un vaccin qui risque de se faire attendre en Europe…

Que dit le contrat ?

En attendant, seule la transparence du contrat passé entre la Commission et AstraZeneca permettrait de savoir qui est dans son droit.

AstranZeneca vient d'accepter de le publier et fera des propositions vendredi pour améliorer les termes du contrat, c'est ce que rapporte le Frankfurter Allgemeine Zeitung citant des sources européennes.

Selon le quotidien allemand, AstraZeneca ne sera certes pas en mesure de livrer les doses promises au premier trimestre, comme prévu, mais les volumes augmenteront pour atteindre des chiffres bien supérieurs aux 31 millions de doses qui avaient été précédemment annoncées. Wait and see...
 

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