Les bombes nucléaires stockées en Belgique sont militairement inutiles

Les bombes nucléaires américaines présentes en Belgique bientôt retirées d'Europe?
Les bombes nucléaires américaines présentes en Belgique bientôt retirées d'Europe? - © Tous droits réservés

Le groupe de réflexion américain Stimson Center a recommandé à l'administration du président Barack Obama de renoncer à acquérir la nouvelle version de la bombe nucléaire B-61 déployée en Europe - notamment en Belgique - et de retirer ces armes "immédiatement" du Vieux Continent, dans un récent rapport.

Les Etats-Unis ont lancé le développement d'une nouvelle version de cette bombe nucléaire larguée d'avion, la B61-12, sous le nom de "Service Life Extension Program" (SLEP). Elle est destinée à remplacer les cinq versions actuellement en service: les B-61-3, -4, et -10, considérées comme "tactiques" (à emporter par des avions de combat à court rayon d'action) et les B61-7 et -11, qualifiées de "stratégiques".

Cinq pays européens, dont la Belgique, abritent 180 de ces engins

L'Administration nationale de sécurité nucléaire (NNSA) a récemment annoncé le début de la production en série de la B61-12 à partir de 2020 après avoir entamé l'an dernier les essais en vol et de largage de ce nouveau modèle - mais inerte. Elle projet d'étendre la durée de vie de quelque 480 des environ 800 B-61 de l'inventaire américain, pour un coût qui pourrait dépasser les dix milliards de dollars.

Cinq pays européens - la Belgique, l'Italie, l'Allemagne, les Pays-Bas et la Turquie - abritent, selon des experts quelque 180 de ces engins, sur des bases équipées de chasseurs-bombardiers à double capacité (conventionnelle et nucléaire), comme des F-16 ou des Tornado.

Des armes sans utilité militaire

Citant des questions de coûts et les risques posés par le stockage de ces armes - la base belge de Kleine-Brogel (Limbourg) qui en accueillerait une vingtaine, selon des experts a fait l'objet de plusieurs intrusions dans le passé -, le rapport du Stimson Center, un "think tank" apolitique basé à Washington, recommande l'abandon de l'achat des quelque 240 bombes modernisées à emporter par les chasseurs-bombardiers et le retrait "immédiat" de toutes les armes nucléaires tactiques déployées en Europe. "Ce qui libèrerait les escadrilles chargées de les emporter pour des rôles strictement conventionnels", selon les auteurs, Barry Blechman et Laicie Heeley.

Selon eux, les armes nucléaires tactique n'ont (plus) d'utilité militaire et, en raison du caractère très improbable de leur emploi, leur valeur politique présumée est une "chimère".

Et si les défenses anti-aériennes russes et chinoises se renforcent suffisamment significativement pour justifier la construction d'une nouveau bombardier pour des missions de pénétration à longue distance et celle d'un missile à longue portée, il y a peu de raisons de croire que les chasseurs-bombardiers actuels ou nouveaux seront capables de pénétrer ces défenses.

Risque de capture par des terroristes

"Le maintien de la présence de ces armes sur cinq sites en Europe, particulièrement en Turquie, provoque de sérieux risques de leur capture par des terroristes ou d'autres forces hostiles", ajoute le rapport, daté du 1er août.

Deux semaines plus tard, Laicie Heeley, avait souligné que "d'un point de vue sécuritaire, stocker approximativement cinquante armes nucléaires américaines sur la base aérienne d'Incirlik (situé dans le sud de la Turquie à 110 km de la frontière syrienne) revient à jouer à la roulette russe".

Le renoncement à l'achat de plus de 200 B-61 et le retrait de celles présentes en Europe permettraient aux Etats-Unis d'épargner 3,7 milliards de dollars pour les années fiscales allant de 2017 à 2021 et six milliards de dollars sur la durée du programme, selon les auteurs.

Ces sommes pourraient être utilisées "de manière plus productive" pour renforcer les forces conventionnelles américaines, soulignent-ils.

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