Les Belges de Grande-Bretagne dans l'incertitude du Brexit: "Ma maman m'envoie des colis de survie avec des médicaments"

En 2011, on dénombrait près de 21.000 ressortissants belges au Royaume-Uni
En 2011, on dénombrait près de 21.000 ressortissants belges au Royaume-Uni - © DANIEL LEAL-OLIVAS - AFP

Pour la troisième fois consécutive, Theresa May s’est heurtée à un refus de son Parlement sur l’accord qu’elle a négocié avec l’Union Européenne. Un nouveau revers qui laisse tout un pays dans l’incertitude. Sur le sol britannique, des dizaines de milliers d’expatriés belges doutent avec le Royaume-Uni, entre inquiétude et lassitude.

« J’en avais un peu marre de mes études, je ne savais plus très bien quoi faire et je rêvais de cinéma », répond Manon Hendrick pour expliquer ce qui l’a poussée à s’installer à Londres le 6 septembre 2017. Arrivée après le référendum du 26 juin 2016, elle confie son incertitude sur sa situation : « Au début, je ne savais pas très bien ce qu’il allait advenir de moi, indique la Verviétoise de 23 ans. Mais plus le temps passe, plus c’est le bordel et plus on se détache de la situation. »


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Martin Do Quang, 25 ans, a posé ses valises outre-Manche en septembre 2018. Après un stage de trois mois dans une entreprise internationale basée à Londres, il obtient un CDI. Depuis, il scrute avec attention l’évolution des relations entre la Grande Bretagne et l’Union. « De l’extérieur on a l’impression qu’il y a beaucoup de choses qui se passent et que c’est un gros bordel quotidien, s’amuse-t-il. Mais au final, je dois dire que je me sens très peu affecté par la situation. »

Mais le Brexit n’est pas aussi stérile pour tous les Belges vivant en Grande Bretagne. « Pour le moment personne ne veut lancer de nouveaux produits ou restructurer donc ça a un impact direct sur moi », se plaint Denis Cops. Ce directeur artistique indépendant a vu chuter ses affaires de près de 50% depuis l’an dernier et l’avancée vers la date du retrait. Alors qu’il vit outre-Manche depuis 25 ans, c’est la première fois qu’il a songé à rentrer en Belgique.

La situation stagne, l’incompréhension aussi

En 2011, on comptait près de 21.000 Belges, exilés sur les terres des Beatles. Cela fait au moins autant de citoyens suspendus au vote du Parlement de Grande Bretagne. Quoique, avec les multiples blocages survenus et votes organisés, l’incompréhension a pris le dessus. « Tout le monde est un peu dans le flou, même les Anglais. C’est très technique ce qu’il se raconte au Parlement, on ne comprend pas toujours pourquoi c’est refusé, pourquoi c’est repoussé, pourquoi ça continue », raconte Manon.


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« On ne sait pas ce qu’il va advenir de nous. Je suis en Angleterre depuis 25 ans. J’ai une maison, un appartement, une compagnie enregistrée en Angleterre et je ne sais pas ce qu’il va arriver après, vais-je pouvoir garder tout cela ? », s’interroge Denis. En tant qu’indépendant, il redoute d’être plus touché si les négociations sur le retrait de son pays d’accueil de l’Union Européenne finissent mal.

On ne sait pas ce qu’il va advenir de nous

Ce n’est pas le cas de Martin qui compte sur les garanties données par les autorités britanniques concernant l’emploi des ressortissants européens. Il relativise : « J’essaye tous les jours de lire des articles mais même en y mettant des efforts, c’est très difficile. » Il constate même que ce flot d’incertitudes a laissé place à l’humour dans les conversations. « Il y a beaucoup de blagues ici qui circulent autour du Brexit », témoigne le Belge tandis que Manon confirme qu’elle trouve la succession de revers de la Première ministre « risible ».

De vrais risques

De son côté, Denis rit moins de la situation. Il aimerait que tout se termine pour pouvoir enfin, être fixé sur sa situation. " On peut dire ce qu’on veut mais le gouvernement représente vraiment le peuple car le peuple est divisé donc le parlement est divisé aussi, dit-il avec amertume. Il y a des votes et des votes et des votes et on ne sait même pas pourquoi cela prend autant de temps. "

Le parlement est aussi divisé que le peuple

"Je peux partir mais après 25 ans, je me suis vraiment enraciné ici, j’ai fait un crédit pour ma maison, je possède un appartement, …", déclare ce Liégeois d’origine qui s’est installé à Douvres, à l’extrême sud-ouest de l’Angleterre, il y a trois ans. Face à la situation, il avoue avoir déjà songé à rentrer en Belgique. "Même si je le voulais, ce ne serait pas évident, ne serait-ce que pour vendre ma maison. Avec toutes les incertitudes, les gens sont aussi plus frileux à investir et à acheter des maisons ici et puis même, revenir en Belgique ne sera pas évident professionnellement car j’ai 56 ans."

Des questions qui ne se posent pas pour Manon. Néanmoins, ce sont ses proches qui lui rappellent qu’elle pourrait se trouver dans une situation délicate une fois que le divorce entre Grande-Bretagne et UE sera acté. « Ma maman est une grande stressée, à chaque fois qu’elle entend parler de quelque chose, elle m’envoie des milliers d’articles par mail. J’avoue que je ne les lis pas tous, rit la Verviétoise. Elle m’a envoyé des colis de survie avec des médicaments au cas où il n’y en aurait plus. »

En tout cas, toutes les options sont ouvertes pour ces trois expatriés belges en Grande Bretagne. Manon a déjà prévu de s’installer à Edimbourg en mai. Martin compte profiter de son expérience dans sa nouvelle entreprise le plus longtemps possible. Enfin, Denis attend de voir quel impact aura le Brexit sur sa vie quotidienne et son travail mais garde à l’esprit cette phrase, prononcée par l’un de ses collaborateurs au lendemain du référendum « sois content parce que toi au moins tu peux te tirer ».

Une tirade qui en dit long sur le fait que les principales menaces pèsent sur les Britanniques eux-mêmes.

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