Les Belges au Burundi: "Des tirs, puis des manifestations de joie"

Des manifestations de joie cet après-midi à Bujumbura.
Des manifestations de joie cet après-midi à Bujumbura. - © LANDRY NSHIMIYE - AFP

Calmes, prudents, mais pas effrayés. Les quelques centaines Belges expatriés au Burundi, principalement dans la capitale Bujumbura où des coups de feu ont été échangés, vivent la tentative de coup d'Etat de chez eux, en sécurité. Coup de sonde en fin d'après-midi.

A l'école belge de Bujumbura, on a donné cours aujourd'hui. Comme chaque mercredi, de 7h30 à midi. Mais la cloche a sonné en même temps qu'ont résonné des premiers coups de feu dans le voisinage. "Nous avons très vite mis les enfants en sécurité, tous étaient chez eux vers 14h30. De l'école, nous pouvions voir des snipers et les entendre tirer, à quarante ou cinquante mètres de l'école", raconte Luc Germain, enseignant à l'école belge et éditeur, appelé sur le coup de 17 heures. "Ici, le soir tombe déjà, et les manifestants, surtout venus de la périphérie, regagnent leurs quartiers", explique-t-il. Placide. "Après avoir vécu les années 94 à 96, très difficiles, je peux voir les événements d'aujourd'hui avec du recul. Je ne me suis donc pas vraiment senti en danger, mais tout le monde n'a pas le même recul..."

Vincent Vlerick, son confrère de l'école française, située juste à côté du palais de la Présidence, avait commencé une journée normale. Tellement normale qu'il était rentré déjeuner, au moment où les échauffourées ont éclaté. "On a entendu, de chez nous, des tirs pendant une grosse heure et demie. Ca devait se passer à quelques centaines de mètres. Après, ça s'est calmé, et nous n'avons plus entendu que des cris de joie. Maintenant. Je suppose que les manifestants sont rentrés chez eux fêter ça maintenant." La soirée de cet expatrié récent, père d'un enfant de six ans, se dessine encore en pointillés. "Je comptais aller voir la Ligue des Champions ce soir au café avec des amis. J'espère que ce n'est pas annulé..."

"Je suis rentré chez moi: je commençais à avoir faim"

Pierre France, petit industriel installé depuis bientôt quarante ans au pays, avait lui aussi entamé une journée ordinaire, "même si depuis quelques jours nous sommes un peu plus prudents: on évite par exemple de sortir à la nuit tombée". Un message de l'ambassade, en fin de matinée, l'invitait, comme tous les Belges expatriés, à rentrer chez lui. Il a donc traversé Bujumbura au moment le plus chaud. "Je l'ai aussi fait parce que je commençais à avoir faim", ironise-t-il. "Le trajet du quartier industriel à ma maison, sur les collines de Kiriri, a été long. J'ai évité de passer par les rues qui voyaient des manifestants aux prises avec la police. Aux carrefours, les militaires avaient l'air d'attendre de voir ce qui allait se passer." Une fois à la maison, et une fois l'estomac calé, Pierre France a rassuré son personnel. "Vers 14h30, j'ai appelé le bureau. J'ai conseillé à mes employés d'attendre encore un peu, puis d'eux aussi rentrer chez eux." Depuis, l'industriel attend. "Comme tout le monde ici", poursuit-il. "J'en ai connu d'autres. Pour l'instant, c'est surtout à l'étranger que l'on est inquiet. Pas ici..." Tranquillement.

"On ouvre une bouteille de Crémant"

Tranquille, Luc Toussaint, ancien journaliste et député fédéral, qui vit depuis six ans avec son épouse à Bujumbura, l'était lui aussi. Même si sa paisible promenade matinale dans le centre-ville était guidée d'un pressentiment. "Je sentais que si ça devait se passer, ça serait pour aujourd'hui, le président étant à l'étranger." Bien vu: il avait à peine terminé ses boulettes sauce curry à une table belge de la capitale qu'un tweet l'avertissait du putsch attendu "avec enthousiasme et excitation". "Je pense que nous étions un certain nombre de Belges dans le même cas. Nous espérions que l'armée fasse quelque chose, et c'est ce qui arrive, même s'il reste encore de la confusion. Il n'y a pas de raison de craindre quoi que ce soit: il n'y a jamais eu de pillages au Burundi" De confusion, pour ce soir, il n'en sera pas question chez Luc Toussaint. "On va ouvrir une bouteille de Crémant pour fêter ça", dit-il. A défaut de champagne. 

"Une population en liesse"

Walter Costa est lui au Burundi depuis 49 ans. Comme ses autres compatriotes, il est à la fois tranquille et dans l'expectative. "De quoi serait-on inquiet? Les expatriés ne seront pas inquiétés, sauf si certains éléments proches du régime deviennent incontrôlables, ce dont je doute. Pour le reste, on attend de voir comment ça tourne", explique ce gros distributeur de pneus du quartier industriel. Il a vu cet après-midi, après avoir libéré son personnel, "une population en liesse, et beaucoup de militaires déployés", mais aucune scène de violence. "Je n'ai eu aucun souci pour circuler dans la ville, pour prendre la température ici ou là. Tout au plus a-t-on bloqué la route d'une de mes équipes, vers treize heures. Elle a gentiment rebroussé chemin." Jeudi, jour férié au Burundi, il passera au bureau voir s'il se passe quelque chose. "Mais à mon avis on n'en saura pas plus avant lundi", estime-t-il.  

RTBF

Et aussi